Littérature     Essais 

Foyer à ciel ouvert de littérature contemporaine européenne

Présentation    Textes    Livres    Presse    Archives    Proposer    Contact

Fil littérature : 

Fil littérature (RSS 2)

Crocrodile

Jean Figerou

janvier 2004

1

J’aime quand tu parles, tu parles pas, tu manges la langue. Et la recraches en la suçant. Elle est plus jolie quand elle sort de ta bouche. Elle est toute fondue de tendresse.



L’heure pleure. Elle pleure même à chaudes larmes. Il pleut tellement que j’en ai même honte. Les nuages sont en pagaille. Tu sais, il… C’est la Sainte Fleur aujourd’hui. Mais il pleut de l’eau, pas des roses, du temps vague bouffi au brouillard. Jeudi 5 octobre. L’heure est trop tôt aussi pour se lever ! Peut-être fait-elle la grasse matinée avec toi mon amour. Tu dormais et je t’éveille. C’est un peu comme si je t’écourtais la vie. J’ai honte. Je raccroche.



*



Je, je t’ai prise au soleil, tu étais couleur d’automne. J’ai remonté toutes les saisons de bonheur. On ne se fait jamais au bonheur.

J’ai peur, je tremble, je suis frémi. Tout en émoi de sentiment. Sera-t-il à la hauteur de sa beauté ? D’elle, la peur est en lui. Sera-t-il capable ? La peur est en lui. C’est si fragile la beauté. Il suffit d’un rien pour l’insulter et qu’elle se fane sur pied. Oh ! Je serais si fière de la rendre heureuse. J’aurais tellement honte si je ne lui portais pas le bonheur, si je n’étais pas à la hauteur. C’est comme une dette d’honneur. Et l’on doit toujours honorer sa dame. L’échec me châtre d’avance.



Parfois, souvent, tout le temps, je me demande comment tu fais pour vivre sans dépit, toute bouffée de bonne humeur avec un mari si vieux et toi qui es si jeune. Tu ne connais pas le dégoût ? C’est un peu comme si la vieillesse gangrenait ta vie.

— Tais-toi !



*



Pourvu que le facteur ne tarde pas trop. Il faut qu’elle le reçoive dans le jour. Demain ce sera plus pareil. Comme réchauffé avec un goût de cigarette froide dans la bouche.

Tu sais je viens de te quitter. C’est sot. Je sais. Mais j’ai dû partir. J’étais en overdose d’amour. J’étais folie. Tout en décès. Je t’ai vue. Je t’ai sentie. Je t’ai regardée, je t’ai embrassée. Ca brûlait dans mon ventre. Je t’ai regardée. Je t’ai regardée parce que je voulais être toi. Je t’ai regardée intense. À te perdre. Et j’ai vu l’amour. Sais-tu ce que j’ai vu derrière l’amour ? L’amour.

L’amour tout nu. Entièrement nu. J’étais à bout de souffle. Ca cognait si fort. Un nuage se tordait dans le ciel. Pas un mot n’est tombé. Silence noir. Gêne nucléaire. Explosion liquide. Langue sèche. Tous les mots étaient morts. Je suis parti ne pouvant dire.

Je n’ai pas osé te le dire, alors je te l’écris. C’est pour ça que je suis parti. Je t’ai regardée. L’amour de ton corps, l’amour dans ton corps. Je t’ai regardée. Tu m’as regardé. J’ai chaviré. Je t’ai embrassée. J’étais dans ton regard. Ca brûlait feu dans ma tête. C’est pour ça que je suis parti, assommé, saoul d’amour, comme un vertige en malaise de trop aimé. Je te le promets, je te le jure. Cela ne sera plus.



Je suis fou de joie, demain je rencontrerai ton corps.



*



Le dimanche 6 octobre creuse le monde. Six. C’est un beau chiffre. Le soleil est en prière dans le ciel. Derrière la fenêtre les heures sont en récréation. L’air est en bonbon et défunt de vent. Dans le ciel un nuage étire sa ouate et deux nuages comme deux paires de fesses. Le temps chaloupe le monde. La lune est défunte, toute neuve. Saint Bruno. À Bordeaux c’est la fête des cimetières.

Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Je répète ton nom pour moins t’aimer, pour user ton amour. Je t’aime tellement que je meurs à l’étouffée. Je ne peux plus vivre qu’asphyxié. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mais comment peut-on aimer autant ? Comment ? On peut pas vivre longtemps sans crever avec autant d’amour dans le ventre. C’est pas possible ! Mon amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour guéris-moi, guéris-moi de toi. Je suis en détresse d’amour.



Non mon amour je ne peux pas vous faire l’amour. Non. Je ne me suis pas lavé. Il faut d’abord que je me purifie. Oui. La tête quand je vous ai dit ça. Oh là là, là là ! T’étais en tornade. Ta tête mais ta tête, dressée vipère ! Hi ! J’en ris encore quand je m’en souviens. Hi, hi !

Hi ! Hi ! T’en revenais pas. Mais c’est très simple, je ne le méritais pas. J’étais pas assez propre au dedans du dedans de moi. Je suis allé prendre une douche avant de m’offrir à toi. Hi ! Ta tête mais ta tête !!! Hi ! Ta tête ! Je ne te méritais pas. Il faut se purifier tout propre avant de rencontrer son amour. Pour en être digne. C’est tout simple, c’est tout simple. Et je ne me sentais pas assez pur, c’est tout. C’est comme quand ?

Oh ! Oh ! Tu as fait la même tête. Hi hi ! Tu m’as demandé l’heure. T’étais comme épuisée dans ton regard. Hi, hi ! Tu m’as demandé quelle heure est-elle ? J’ai sorti mon réveil et je t’ai dit l’heure. Elle était pas très tard. Mais ta tête, ta tête ! Si tu avais vu ta tête quand j’ai sorti le réveil ! C’est comme si j’avais sorti un fétiche. Ta tête ! Mais ta tête ! Un… Hi, hi, hi ! Hi ohhhh !

Tu m’as demandé pourquoi j’avais un réveil et pas une montre ? Pour passer plus de temps avec toi. Vous avez ouvert des yeux plus ronds qu’un feu rouge. Avec un réveil j’ai l’impression que le temps est plus gros, plus long. J’en ai plus avec toi. Bée de bouche t’étais. Tu as tu le silence. Et puis tu t’es éclaboussée de rire. Oh là là là ! Oh là là !



On dit que l’on tombe amoureux par nécessité.

— Par survie en quelque sorte.

— Un peu.

Quand on en a besoin d’urgence et très profondément envie, au plus profond du secret de soi. Moi je crois que l’on tombe amoureux par masochisme dans un irrépressible désir de mourir brûlé d’amour.

— Pour se regarder dans le miroir de l’autre en miroir aussi.

— En fait il n’y a pas plus égoïste que l’amour.

— Oui. On dit tant de choses aussi.

Je vous embrasse.



*



Le ciel se décalque du lac. Le soleil éclabousse le ciel. Dans le parc ils ont abattu un arbre. Le parc est un peu en deuil. Lundi 7 octobre. Saint Serge est fêté. La lune est un fil, hier elle était morte, très morte. Le soleil n’en finit pas de croître sur les arbres, il monte les heures. Il a fait la vidange des nuages, à part la traîne d’un avion qui fait péché dans le bleu du ciel. Que fait-elle à cette heure-ci ?

Oh ! Le miracle des malheurs la chance des hasards. J’en suis tout contaminé de bonheur. Si mon téléphone n’était pas tombé en panne, si je n’étais pas venu le faire réparer, je ne vous aurais pas rencontrée et je ne vous aurais jamais connue. Je serais mort à la vie sans jamais être tombé dans votre sourire comme on tombe en flamme. Il faut bénir le Dieu des hasards. Grâce à mon téléphone j’ai rencontré votre corps et fondu dans votre âme. Ce téléphone que j’ai failli jeter de colère-dépit, m’a fait vous rencontrer. Et ce petit malheur ridicule s’est transformé en joie et bonheur-miracle.



Pourquoi ? Pourquoi pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi je vous vouvoie. Je ne sais. Si je sais, je sais, je le sais parfaitement. Pour moins souffrir. Vous n’êtes pas là. Vous êtes loin, vous n’êtes qu’au bout du fil. Et vous vouvoyer vous éloigne. Enfin vous éloigne un peu. Et ainsi j’ai l’impression de moins souffrir en résidant à la bonne distance de votre éloignement, de moins souffrir de votre absence. Illusion. Que voulez-vous on barbouille toujours un peu la réalité pour moins souffrir. On met de la distance dans les mots pour accompagner la distance dans l’espace et le temps. Et moins souffrir. On essaie toujours de souffrir petit et pas immense. Même dans les grands amours. Surtout dans les grands amours.



Il y a un pays creusé de nuages et givré de gel où une fleur au nom latin change de couleur chaque jour que Dieu fait, chaque jour de la semaine et c’est merveille. Ton corps est le fruit de cette fleur.

Mais il est moins latin.



*



Ouvre la bouche.

En grand.

En plus grand.

Encore.

En très grand.

Voilà.

Écarte les dents.

Encore.

Lève la tête.

Oui.

Tire la langue.

En grand.

En très grand.

Oui.

Encore.

Tire encore la langue.

Oui.

Monte bien la langue.

Attends !

J’introduis la cuillère.

J’appuie.

Fais Ah !

Fais Ah !

Tu portes la fièvre.

Oui. C’est bien ce que je croyais, tu as la maladie d’amour.



On a le soleil. On est béni des Dieux. Un amour comme le nôtre ça se mérite. Ce n’est pas du hasard, c’est chèrement acquis. C’est une récompense. On a tellement rayonné. Si on s’aime à folie, c’est parce qu’on l’a gagné. Ne pas le gâcher. Surtout ne pas le gâcher. Mais le laisser porter des fruits hauts, très hauts. Il faut être enceinte de son amour. Il faut.



Je m’approche, je m’approche. Doucement. Feulement. Je m’approche imperceptiblement. Je la tends. Je la tends encore et la redresse. M’approcher. Au plus près. Son oreille. Sa petite oreille tendue d’attente. M’approcher encore. Le monde est brouhaha. Je me poste bien perpendiculaire et j’approche mon oreille de son oreille. Au plus près. Encore. Y adhérer. Bien m’y coller. Être tangent partout tout partout. Mon oreille adhère à son oreille, en tout point. Bien m’y coller et m’y tenir accolé. La toucher partout. Attendre. Mon oreille contre son oreille. Attendre et laisser monter la rumeur. Peu à peu monte le ressac. Oui. Coller mon oreille contre son oreille très exactement. Attendre. J’entends la mer. Son oreille est coquillage. Elle est le petit cauri de l’amour. En la conche de son oreille bat l’amour.



*



Merci d’être née.



*



Je suis ton bébé mais ton bébé d’amour. Tu es ma gardienne.

Sainte Pélagie. Mardi 8 octobre. La lune est infime, avant-hier, elle était éteinte. Le ciel est assis sur ses nuages. L’heure fait la gueule. Le temps est maussade, il s’étale dans la grisaille, la repasse et s’y vautre. Lui apprendre à sourire.

Je suis comme un enfant dans ses mains, suspendu à sa voix.



Je. Je. Che. Che. Je suis comme un chat dans ses mains tout feulé de contorsions, comme torsadé de fourrure. Le temps est silence, le temps est caresse. Je suis comme un chat sur ton corps et n’arrête pas de ronronner l’amour, tout miaulé de caresses, veule de baisers, feulée de poses et de transes, transi de ton corps à feuler, à frôler, effleuré, frotté en extase de caresses, tout griffé, châtré d’amour. Che. J’en chuinte de langue encore.



Elle était, elle sera, elle est. Je était il et très solennel. Il s’agenouille prosterné, lui baise le pied avec une infinie vénération et la rechausse. Normal qu’il s’agenouille, qu’il l’adore puisqu’elle est déesse, hi ! Elle était étonnée et bée. Elle n’a pas ri, elle a gloussé quand elle l’a vu. Le souvenir lui remonte à la tête. Il en est tout dépouillé de bonheur. Il était encore tout fière de l’avoir honorée. Elle la reine de son corps. Jusqu’à l’humiliation.

Tu te souviens ! Tu te souviens ! J’en jubile encore comme un communiant. J’ai rencontré Dieu dans l’amour.



*



Mercredi 9 octobre. Saint Denis, le jour sera-t-il décapité ? Le soleil pointe l’heure. Elle sonne 11 heures. La lune croît vers sa pleine naissance en courbe encore de mauvais goût, avant le jour d’avant-hier elle était nouvelle. Ciel en feu de bleu, il éblouit. Seuls les avions de l’aéroport font des nuages dans le ciel en traînées rectilignes. Ils alignent de croisées le firmament. Le chaud crame la terre. J’aime, j’aime ce temps, je serai plus chaud à force de chaleur. Dans la cour le hiement d’un réa descend des madriers. Le soleil est en urgence, il cristallise le ciel. Et elle ? Elle est là mais enfouie derrière sa fenêtre. Elle n’est que reflet en reflet de reflet. Soleil ardent, joyeux, soyeux, mais un peu vicieux de nuées. Le ciel joue les Magritte. Le soleil éclabousse les toitures. Le vert des arbres vibre automne. Je suis en deuil de ma moitié, je ne vois pas mon aimée. Elle ne viendra pas dans mon regard ce jour.



J’ai juste écrit le silence.



*



8 heures. Le ciel tombe. Le ciel est plus bleu de s’éteindre avant la nuit. Mais il s’offre un grand éclair de nacre blanche avant de sombrer dans la nuit en sursis de jouir, pardon ! en sursis de jour. Je voulais prendre de tes nouvelles pour la nuit. Alors…

Je ne savais pas que l’on pouvait aimer autant. Et je ne savais pas que ça pouvait faire aussi mal le bonheur. Je sais si peu de chose dans le fragile de l’intime aussi. Je suis moi-même si fragile en ce domaine. Aimer avec cette fulgurance c’est à vivre en suicide, à vous détruire.



Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Mon Amour. Je le répète et le répète, je peux plus me contenir. Et j’espère qu’à force de le dire et de le redire, il sera plus gros, plus fort. Indestructible.



C’est son truc à lui, son obsession. C’est mon désir. C’était devenu mon obsession. La faire jouir première, première. Lorsqu’ils avaient fait l’amour la première fois, qu’ils avaient été liés ensemble par leur sexe la première fois après des jours et des jours de rencontre et d’échange de regards, très tard, très tard, après beaucoup et beaucoup de temps. J’en ai fait une affaire personnelle. Une affaire d’orgueil. Je voulais par décret qu’en notre première rencontre de corps à corps tu jouisses la première. C’était un vœu. Un vœu d’amour. Un vœu aveu. Et surtout, surtout. Oui, la première fois qu’on connaissait le bonheur ensemble. Je voulais que ce soit toi qui jouisses, qui jouisses la première. Surtout. Et c’est toi qui as joui. Je suis un héros. J’en étais plus que fière. Excuse-moi de t’écrire ainsi, ça me fait tellement de bonheur. Me souvenir, me souvenir, c’est revivre la première fois.

Tu en étais un peu surprise, comme éparpillée d’interrogation. J’avais gagné. Pour une fois que l’homme ne jouissait pas le premier ou seul dans sa chair d’égoïsme. J’en rayonne encore d’orgueil. Jouir à mourir du plaisir de l’autre, du seul plaisir de l’autre, c’est tellement plus fort. Je jouissais de ta jouissance. Moi je jouirai la fois d’après, mais après vous. Une autre fois ce n’était pas d’importance. J’ai tellement jubilé quand vous avez joui. À éclater. Normal, vous êtes ma souveraine.

Je t’embrasse.



*



Jeudi 10 octobre 2002. Sainte Ghislaine ou Saint Ghislain, mais il vaut mieux honorer les dames. Lune insipide et brume, dans trois jours elle atteindra son premier quart. Très tôt dans l’aube. Le matin sent encore la nuit. Grise mine grise dans le ciel qui croise ses eaux. L’heure suppure l’ennui et le gris des jours. Il pleut. Il pleut comme s’il coulait du vice. Les arbres font la gueule, ils se jouent le jour terne. D’habitude les fenêtres ouvrent sur le monde, aujourd’hui elles ferment sur le dedans des corps. Il pleut en crevasse, pourvu qu’il ne pleuve pas en cataracte dans les sentiments. Le soleil est en congé, il tresse misère. Le ciel s’est déversé marécage. L’air se froisse.



Elle a de toutes toutes petites oreilles adorables. On dirait des oreilles en jouet tant elles sont menues. Si petites qu’on dirait des oreilles d’infirmes. Ne pas lui dire ou elle me lynche. Je n’ai jamais vu d’oreilles aussi petites ni aussi jolies. Ni aussi infirmes. Je me demande comment on peut entendre avec des oreilles aussi petites ?

Des oreilles de bébé d’amour, ennemies de la symétrie. Le lobe droit percé deux fois et le gauche trois fois. Elle doit avoir la boucle d’oreille asymétrique. Ca doit donner de la fantaisie à la coquetterie.



Viens ! Viens ! Tu me manques. Viens ! Je voudrais faire plaisir au plaisir aujourd’hui, oh Dieu !

Tu te souviens ? Je suis rentré dans ton magasin. Tu m’as demandé ce que je voulais. J’ai dit toi.

— C’était un jeudi arrosé de pluie.

— Tu m’as dit que tu n’étais pas tout à fait à vendre. Et tu t’es éclaboussée de rire en cascade. C’est comme ça qu’on s’est connu. Tu te souviens ! Ce rire, ce rire que tu avais. Il m’enchante le ventre encore quand je m’en rappelle. Quand je suis triste, je m’en souviens et ça me remonte haut.



Pourquoi on tombe amoureux ? Comment ça tombe la foudre ? La couleur d’une voix ça suffit ? Ou un simple sourire ? Ou un regard, ça suffit. Ou elle est là. Elle est là seulement et c’est la grâce, rien que sa manière de tourner la main dans le corps de l’air et elle crée l’amour. Il en faut pas plus. Oui un peu tout cela à la fois sans doute. Mais rien juste le geste de son bras aurait suffi. Je sais. Sa main qui s’offrait comme un verre, toute fraîche.



*



Il pleut comme il pleure. Le parc est triste du ciel. Ils ont éradiqué un tilleul dans le jardin. À la tronçonneuse à le faire périr. J’en suis malade. Le ciel pleure l’éradication de l’arbre. L’heure est à la vidange des pleurs et des âmes. Quatre heures pétantes et pétées, il pleut trop pour qu’elle survive. L’après-midi est pleine d’elle-même dans le temps qui fait la grimace. Le ciel est dans l’œil de la pluie. Que fait-elle à cette heure ? Elle arraisonne encore les magasins à se ruiner ? Plus coquette qu’elle tu meurs ? Elle crée mon petit décès. Vendredi 11 octobre. Saint Firmin. Lune croissante et cornue, après-demain elle atteindra son premier quartier qui la révèle.

— Pourquoi tu écris toujours la lune.

— Pour qu’elle protège notre amour. Elle porte l’amour dans son ventre. Elle est déesse Amour.



Elle se reflète en reflets dans le reflet de la glace et se mire d’un coup d’œil et revient même imperceptiblement sur son pas pour se mirer à nouveau et se regarder de se regarder.

Vous vous rappelez cette après-midi dans le café vous étiez très accaparée par votre image, très affriolée par votre image, vous regardant tout le temps, comme en conversation avec votre corps et en adoration de votre image, vous remontant tout le temps la mèche et vous caressant de regards. Il y en avait que pour la glace. Vous n’étiez que femme au miroir. Vous vous butiniez de regards. Ne vous fâchez pas. Non non ne vous fâchez pas. Vous êtes très coquette. Bravo, bravo ! Ce serait un crime de ne pas l’être quand on est aussi belle. J’aime, j’aime beaucoup, j’adore même que vous soyez amoureuse de votre corps. J’en profite tellement.



Je suis tellement fier d’être amoureux de toi.



Mamour Mamour, tu es la fièvre de mon corps.



Le couvrir. L’enduire de crème, tout ton corps. Tout ton corps. Tu es nue sur le drap. Tout ton corps sous la caresse de ma main oint de crème. Tu as du velours sous la peau qui court comme le lait. Ta peau caresse, l’ensevelir de crème, l’enliser d’amour. Je te masse comme on porte l’amour. La tartiner d’huile. La faire plus belle. Non, c’est pas possible, elle est déjà la beauté. La rendre encore plus belle, toute lisse. Toucher ta peau, c’est toucher Dieu. Te porter la caresse de la crème. Je suis ta servante. Je vous pétris de crème. Je la modèle de crème. J’ai l’impression de la créer. Je la façonne. Je la masse et la remasse, caresse de l’onguent. Elle naît sous mes doigts. Oh Dieu ! Elle est plus nue de mes caresses. Toujours chaque jour je l’enveloppe de crème pour l’ensevelir de mon amour. Promesse de nacre. Gelée royale.

Amour. Amour. Amour. Mioufh ! Mioufh ! Mioufh ! Mioufh ! Je pourrais passer ma vie à t’embrasser les mains. Encore et encore.



Amia ! Amiia !



*



J’ai le cœur tout pincé, haletant de désir dans l’angoisse stressée. C’est bête, je t’aime tellement, je vais faire un infarctus, d’amour. Je défaille. Mourir d’amour. Si ça existe, ça existe ! Et pas seulement chez les marquises.



Comment te dire ? Je suis tout épuisé de douleur d’aimer, écartelé d’amour. Je ne savais pas que l’amour pouvait ruiner autant. C’est comme une implosion dans mon ventre. Je t’aime tellement avec tant de folie et si furieusement que t’aimer est pour moi manière de me suicider. Oui, ma manière de vivre suicidé.

Avant. Avant de vous connaître. J’étais un homme actif, un homme, avec toute sa connerie de mâle, un normal. Et puis je vous ai vue et je suis tombé dans l’amour. Depuis je vis à la forme passive. Je vis pas, c’est mon amour qui me vit. Je subis. C’est comme si ma vie était sucée de l’intérieur. J’y ai perdu mon ventre. Je suis un implosé du dedans. L’amour est un cataclysme.



Saint Wilfried, prénom froid pour jour froid. Samedi 12 octobre. Aujourd’hui le temps s’aime incertain, il porte l’automne. L’heure est au beau mais avec un goût d’échec tant le vent engrosse les nuages. Le soleil ruisselle dans le ciel couleur de bénitier. L’air est grenouille. Demain la lune atteindra le premier quart de sa valeur. Dehors l’air est arôme, le ciel en incartade, le temps sauvage, l’heure buissonnière et l’atmosphère éphémère. Le jour fait grise mine. Il porte la nuit en plein corps du jour.

Je voudrais t’écrire autrement avec tellement plus de couleur, avec du rouge, du bleu, du feu et plein de gribouillis d’amour avec une langue neuve pour écrire un amour neuf mon amour. Inventer des lettres neuves pour te chanter neuve. J’écris trop pâle et j’ai honte. C’est comme si j’étais aveugle et que je ne pouvais te dire dans ta splendeur. Je suis un avorté de la plume et chacun de mes misérables mots ne chantent pas un millimètre d’étincelle de ta galaxie de beauté. Je suis si pauvre de vocabulaire que je ne t’éclaire qu’au néon.



Je suis incandescent d’amour.

Toi.



Oh ! Oh ! Oh ! Je souffle. J’évacue tout ce bonheur. Ca bout dans mes cuisses. Je respire long, large, grand, profond, haut. Encore. Je t’aime tellement que ça m’asphyxie. Je ne peux plus respirer neuf, je suis tellement à toi, tout ligoté. Je suis un enfant poule. Ton homme et ton enfant. Mais poule. Je te picore.



Je t’embrasse partout.

Et balourd.



*



Saint Juste, pourvu qu’il le soit vraiment. Lundi 14 octobre. La lune croît dans ses formes au lendemain de son premier quartier. Le ciel se vautre dans la grisaille, l’heure dans la mauvaise humeur, le temps marine. L’automne pèle l’automne. Il est des pluies qui sont des pleurs. L’air s’égoutte. Le ciel se roule dans la complaisance de ses pleurs. Il est des jours qui se bâtissent comme des erreurs. Le temps nous tient rancune. Il…

Non, il devrait être interdit de faire aussi mauvais. Absolument interdit. C’est pas sain. S’il se mettait à déteindre sur notre amour. Aïe aïe aïe ! Et que notre amour se déliquète de pluie ce serait criminel. On devrait avoir le droit de censurer le temps et choisir ses beaux jours pour habiller joliment son amour, le griller de soleil, le gorger d’amour, le…



Je m’excuse d’être parti si tôt mais j’étais tellement submergé de bonheur que je n’ai pas pu rester, envahi de jouissance jusqu’à l’impuissance. C’était trop fort, ça m’a bouleversé, comme la chasse dans le chenal, en mascaret. J’en suis encore tout labouré.



Oh ! Je t’embrasse, je t’embrasse, remonte à l’ourlet de l’oreille. Oh ! Une tare. Enfin du laid dans ta chair, enfin ! Comme un nævus derrière l’oreille, un repli de caroncule écarlate tout plissé en jabot de dindon cyanosé d’iode avec un revers de chair sanguinolent, couleur méduse iodé de croupion. Un peu comme si tu avais un deuxième vagin derrière l’oreille. Quelque chose d’ignoble et de dégoûtant-glaireux. Enfin. Je l’aime. Je l’adore. Enfin quelque chose de monstrueux dans ton corps. Je t’adore. L’embrasser, l’embrasser, l’embrasser encore et encore. L’adorer. Embrasser ce lupus vermiculé. Merci Amiia, je te suis infiniment reconnaissant de cette tare. Je suis heureux comme un ange. J’ai enfin vu un petit bout raté dans ton corps, une petite chose laide même. Enfin. Enfin. J’en suis effroyablement heureux. Je vais pouvoir t’aimer jusque dans ta laideur. Jusque dans une petite sanie. Hosanna ! C’est tellement facile d’aimer quelqu’un dans la perfection, la beauté absolue. Mais aimer quelqu’un jusque dans le laid ça vous a une autre… Allô ! Allô ! Ah merde ! Ces portables ! Ca a encore coupé. Putain de tunnel de merde il me fait communiquer en impasse.



Vous croyez qu’il y a au monde une femme plus belle que vous ? Oui ? Non, je vous défends de le croire. Les mauvaises pensées enlaidissent.



*



Le jour est rouge. L’heure se lève. Elle se lève dans le jour, plénitude du matin. Le jour est écarlate. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je le répéterai jusqu’à la fin du jour. Ainsi le jour sera plus long. Et peut-être même éternel si je t’aime assez. Si je l’aime à crever la peur. Le ciel se tord dans le jour qui le peint. Il se maquille. Je veux dire les femmes se maquillent au matin du matin pour être belle tout le jour, le ciel fait de même dans les ors des aurores. Il leur pourlèche le minois de lumière.

Et elle comment s’est-elle poudrée ce matin ? Comment ? En blanc. En très blanc, qu’elle soit lumineuse. Le ciel porte son teint. J’aimerais tellement la voir pour toucher sa beauté et la boire des yeux. Toute maquillée. Elle est neuve. Elle se lève lentement défaite de nuit, un peu froissée, légèrement fripée des draps. Elle se lève, va à la salle de bains, tire la lumière et se crème, l’eau ruisselle de bonheur sur son visage. Puis elle se tamponne d’un lait. La main délicate meut le coton. Elle étale la crème de jour sur ses joues la peau souple et fraîche de matin. Elle l’étire et l’embellit de massées de doigts. Elle porte le matin sur son visage en sa crème. Puis le rouge, le rouge écarlate sur ses lèvres fait merveille. Remonter l’éclat de l’œil. Elle se pomponne, elle se pourlèche, j’adore, malheureusement je ne suis pas là. L’antimoine remonte la courbe haute de sa paupière à l’ourlet à se damner. Elle est parfaite, toute laquée de minois. Impeccable, lisse, pas la moindre bavure, nickel. Excellence de beauté, oh Dieu ! Avec ce regard envoûté de noir. Elle sort, elle éclaire le jour. Et maintenant le temps passe.



L’attente, l’attente du coup de fil, l’attente haletante. L’appeler mais il n’ose pas. C’est la troisième fois dans la journée, il pourrait l’indisposer. Non. Il sombrerait. Si jamais elle répond, si sa voix tremble et porte tempête, il en sera malade. Le moindre ton d’impatience, il se noie de dépit. J’ai peur. Avant même d’appeler il est tout remords. Non. Ne pas prendre le risque. Il n’ose pas. Si jamais… ? Non.



Mardi 15 octobre. Le temps est jouissance de beau temps. Air plus bleu que bleu, très blanche est la lumière qui broie le ciel. Un nuage dégouline du ciel où les avions font injures. Le ciel est dans le soleil, il habite parmi nous. Il va tomber dans son ombre. Il prépare sa couche. Dans son bleu ses nuages sont des chants. Humer le ciel, il sent la jungle. L’heure est soleil et l’instant lumière. Le ciel reflet et l’air vibre le son. La lumière hurle le jour. Le nuage éclat de lait. La terre est lumière. Le ciel monte sur la terre. Sainte Thérèse d’Avila, l’amour est dans les chairs et au corps de Dieu. Lune croissante et presque gibbeuse à défaut d’être giboyeuse.



*



Sainte Edwige. J’aime lorsque les jours célèbrent les femmes. La lune n’en finit pas de croître mais n’atteindra sa plénitude que dans cinq jours. Mercredi 16 octobre. L’heure pétille l’instant. La lumière toujours se vit au présent. Le temps soupire l’après-midi. Ciel tendre qui enlumine ses gris de souris qu’il croise de perle. Nuages joyeux. Le verbe des arbres paraît éteint. Vent chaud et sombre. Cri d’enfant dans le parc.

Le jour est jour. Elle est là au bout du fil et je m’ensemence de bonheur. L’amour bat tambour dans mon corps jusqu’au tonnerre. Recommencer le jour.

Mon regard qui se perd dans ton regard qui me regarde. Ton regard dans mon regard dans ton regard. Oh ton regard pétille ! Et pétille mon regard. Ton regard qui touche mon regard et me caresse et me crée. J’ai les yeux tout neufs grâce à toi ma grâce.

Il faudra inventer des téléphones avec des fenêtres où l’on se voit pendant qu’on parle. Ca existe mais ils ne l’ont pas encore commercialisé. Qu’est-ce qu’ils attendent les vaches ? Que notre amour soit mort ? Les imbéciles. Je voudrais tellement vous voir même avec des yeux électroniques.



Gloire, gloire, gloire et hommage. Lui rendre hommage. Seul. Elle est seule. Loin, je suis loin. Je suis seul. Au très loin de son corps, c’est pas une vie. Mon délice est à sept kilomètres. Non, sept kilomètres et demi. Au moins. Au moins. Peut-être huit. Oui, peut-être huit. Oui au moins. Mon amour vit à huit kilomètres. Lui rendre hommage pour raccourcir l’espace à défaut de raccourcir le temps. On ne se reverra pas avant… avant… ? Je ne préfère pas calculer, ça allongerait encore le temps.

Je. Tu. Je ne sais pas comment te le dire. Mais on pourrait… Comment dire ? Parce qu’on est souvent seul. Enfin je veux dire, on n’est pas tellement ensemble tout le temps. Très éloignés. Alors j’ai pensé. On pourrait. Enfin c’est possible. On pourrait se masturber ensemble. Je veux dire en même temps au téléphone à une heure fixée d’avance. Au moment haut, au moment chaud je te téléphonerai pour qu’on jouisse juste à la même seconde, au même moment dans le même intense. Oh la crise de bonheur dans la jouissance en solitaire à deux ! Non mais à défaut. À défaut.

Je suis liquide. Liquide d’amour tant elle me liquéfie d’amour. Élixir.



*



Jeudi 17 octobre. Saint Baudouin. Lune en son milieu, il y a quatre jours elle visitait son premier quartier, dans quatre jours elle connaîtra sa plénitude. L’été n’a pas arrêté de faire la gueule mais ce jour le soleil hurle les verts. Le ciel est dans le ciel tout peint en bleu. Les arbres se lovent frémis dans le bonheur. Le soleil est en miroir dans le ciel. Il hurle ses ors bleus comme on éclate de joie. Qu’est-ce qui est plus beau dans l’amour ? On parle toujours d’un beau ciel, on devrait dire un ciel belle ou au moins un ciel bel.

Attends, attends, goûte le silence. C’est tellement beau la naissance d’un amour, le prolonger, le prolonger, le prolonger l’instant jusqu’à plus soif. Il palpite. Juste attendre. Attendre l’attente. Ne rien faire juste attendre et laisser venir. L’amour va monter. Il va monter au matin comme monte le soleil dans le ciel Mamour. Je te regarde et je me perds d’amour. Attendre. Je te regarde et il est au zénith. Attendre. Non il n’y a plus rien à attendre. Le soleil est dans mon ventre.



Le temps est plus large. Je respire plus large avec toi. Je veux dire ce que j’aime chez toi mon amour, ce que j’aime beaucoup, c’est que tu t’aimes. Tu t’aimes beaucoup. Tu t’aimes tellement que tu peux aimer les autres. Ca j’adore j’adore. Tu es tellement sourire tant tu es comblée par ton amour. Chez nous je ne crois pas que les femmes savent s’aimer avec tant d’amour. Aussi elles donnent moins.



Le monde est large. Mon sexe dans sa main dressé. Elle l’illumine.



Je suis liquide. Liquide d’amour tant elle me liquéfie d’amour. Élixir. Je me répète mot à mot à mot. Et alors ? C’est ça l’amour. L’amour ressasse à l’infini l’amour. Il rabâche à vie et toujours tout le temps, il ne sait faire que ça. C’est même la marque de l’amour. Les je t’aime, je t’aime, je t’aime en procession chenillère sans fin sont le flot de l’amour. Toujours, toujours, je t’aime, je t’aime encore et encore à satiété sans jamais s’en rassasier. C’est ça l’amour. Jamais rien de nouveau dans les je t’aime et pourtant quoi de plus neuf quand on aime ? On se serine de mots d’amour tout plats, tous rapiécés d’usure à force d’avoir été rabâchés, mais qui semblent toujours neufs quand on déborde d’amour. C’est le secret. C’est l’élixir. C’est comme ça qu’on sait qu’on s’aime quand on rabâche sans s’ennuyer. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Tu es ma métamorphose.

Je. Non, tu.



*



Attends, attends, goûte le silence. C’est tellement beau la naissance d’un amour, le prolonger, le prolonger, le prolonger l’instant jusqu’à plus soif. Il palpite. Je l’ai déjà écrit et je l’ai déjà dit, je sais, mais j’ai envie de le dire et de le dire. Quand je le dis il est toujours neuf, jamais je ne le redis. Grâce à toi, grâce à mon amour pour toi et votre amour pour moi. Juste la naissance d’un amour. Juste.

Ne rien faire. Juste attendre pour prolonger sans fin cet instant prodige, cet instant souverain, cet instant sans fin qui se perpétue dans un éternel présent, juste à la naissance de l’amour. Oui se tenir tout le temps juste juste à la naissance de l’amour, là où il se niche pour la première fois, juste.



Vendredi 18 octobre. Saint Luc, le jour se tient au cœur des Évangiles. Lune gibbeuse et conquérante dans trois jours elle comble sa forme. Le temps a des états d’âme. Le temps grumelle, l’eau grommelle, l’air ruisselle. Le ciel gémit de pluie, grince de rhumatismes et geint de brume, bordé de nuages, enlisé de brouillard. Sa mauvaise humeur est de mauvaise grâce, elle n’en finit pas de pousser dans une grimace de nuées. Les nuages jouent colère et se répandent de pluie comme on chie. Parfois. On y est. Quand le ciel se lâchera-t-il de bonheur ?

À la naissance d’un amour le monde est neuf, tout neuf. Chaque matin le jour se lève neuf. Un corps dans l’amour s’offre 365 mondes par an. Mama mia ! Quelle merveille ! Oui ce sont des jours merveilles que des jours où l’on monte amoureux.



Si je pense à elle fort, fort, très fort et que je tourne quatre fois de suite à droite je la rencontrerai, sûr, juré. Suffit d’y penser avec intensité. Là à droite. Bien. On marche un peu. À droite encore. Voilà. Bien. Deux de fait. Penser, penser à elle, penser à elle en permanence, à m’y confondre, à m’y fondre. Tiens, une nouvelle route encore à droite, la prendre. J’ai tourné à droite pour la troisième fois. Encore un coup et c’est bon. Elle est là. J’avance, j’avance et je la sens déjà. Elle est là, j’ai gagné. Penser encore plus intensément à elle la quatrième route arrive. Je vais bientôt tourner pour la quatrième fois, pour la dernière fois. C’est ça. Oui. Le miracle est là. La quatrième route, je tourne. Elle se révèle, le… Personne. Merde ! Ca accroché quelque part. C’est… Zut ! Idiot ! Tu n’as pas pensé assez fort à elle. Recommencer.



*



du même auteur chez Hache:
précédent | suivant

Assommé d’amour, fier, ému, lucide et enfantin, le narrateur veut être à la hauteur : il pense à sa belle, la célèbre, l’imagine en son absence, s’impatiente de la retrouver, n’en revient pas, explique pourquoi il est parti précipitamment. Inspiré (et rageant de ne pas l’être assez), il ressasse, drôle et déterminé, en un grand gribouillis d’amour interminable.

Imprimer ce texte

PDF à imprimer

PDF à imprimer (ensemble du texte avec tous ses épisodes)

 

© Hache et les auteurs sauf mention contraire - Flux RSS : Littérature | Essais
Paysage 150 : ( ).