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Dame pipi

Jean Figerou

mai 2005

C’est que ? C’est que ? Y a pas à discuter. C’est comme ça et puis c’est tout. C’est un décret de moi. C’est moi qui l’ai décidé de mon propre chef et c’est ainsi. D’ailleurs je me demande si, si l’on remonte au plus secret des temps anciens, si c’est pas un avantage acquis. Si. Absolument ! Si l’on remonte au plus ancien du temps. Oui. Aussi que vous le refusiez, c’est disgracieux. C’est fait pour me déplaire et pas pour me plaire cette exclusion des droits acquis. Non il n’y a pas à discuter ! C’est ainsi et c’est ainsi. Il est absolument inenvisageable de revenir là-dessus. Parole écrite est parole donnée. C’est ainsi et pas autrement. Ah mais ! Manquerait plus que ça ! Ebé mon vieux ! non mais ? Qu’est-ce qu’il croit ? Non mais qu’est-ce qu’il croit ? Faudrait pas venir à voir, c’est non et c’est non. C’est un non indéracinable et même inextirpable. Indécrottable ! N’insistez pas, ça me fait papiller les neurones, retrousser les mandibules à mordre et remonter la révulsion !

Non je suis pas butée, je suis comme ça c’est tout. Je suis ni butée ni obstinée. Je suis pas caduque non plus. D’ailleurs j’aimerais bien vous entendre me dire à dire qu’est-ce que ça veut dire caduque ? Qu’est-ce que vous entendez par caduque ? Pourriez-vous avoir l’insigne et l’infinie bonté de me confier ce que vous entendez par caduque ? Je ne vois pas pourquoi je serais surannée ringard obsolète parce que je suis dame pipi. La préposée à la soucoupe si vous plaît m’ssieurs-dames ! Faudrait voir à pas voir à voir à pas être insultant sous prétexte de supériorité hiérarchique ! Pas de racisme social s’il vous plaît, mon petit Monsieur ou je vais me voir dans la triste obligation de poser réclamation et me plaindre à mes syndicats et aux droits de l’homme. On est des agents d’entretien sans paroles, pas des esclaves patentés ! Quoique ? Quoique, parfois on se le demande ! Déjà qu’on est antillais, 100% créole. On n’a pas plus de droit qu’un buvard, on n’est là que pour éponger la pisse des mémés à loulous et de leurs méfaits aboyés. On a que des obligations toilettées. Mais bien que l’on soit plus bas que macadam, on est pas des esclaves. Non. Enfin en principe. L’esclavage est aboli depuis le 28 avril 1848 grâce à Schoelcher Victor, grâce à Dieu ! Que son nom soit loué aux cieux pour des siècles et des siècles et par des générations et des générations d’esclaves putatifs affranchis d’exclusion ! Je rajoute exclusion parce que c’est un mot de mode.

Vous dites ? Non ! Autant interroger les papillons. Je m’y oppose formel. De toute la masse de mon corps. Non. Non, de toute façon je ne reviendrai pas la-dessus, y a pas à revenir là-dessus, de toute façon toute. Non. C’est décidé. Je sais défendre mes droits moi Monsieur. C’est pas la peine d’insister Monsieur, vous allez me faire fondre la gélatine. Hein ? Quoi ?

Pas d’horaire aménagé. Pas d’horaire aménagé ? Comment pas d’horaire aménagé ? Ebééé ! Y manquerait plus que ça ! Comment ça pas d’horaire aménagé ? Il manquerait plus que ça ! Non mais si vous croyez que je vais me laisser faire ? Si vous croyez ! Vous vous bourrez le bénitier dans le fond de l’œil qui louche en presbyte ! Faut pas croire que je vais vous laisser jouer au petit chef ! Non mais ! Non mais ! Non mais ! Ah bé ! C’est que c’est que, on a sa gloriole aussi. Non mais ? On a beau être dame pipi, on n’en a pas moins sa fierté cossue. Qu’est-ce que vous croyez ? Non mais qu’est-ce que vous croyez ? On est des humains non mais ! On n’est pas que du papier cul et de l’effiloché de cuvette ! On n’est pas des assises à chiottes ! Non mais ! Ah bé ! Non mais ! Arrêtez de me harceler avec vos reproches trop proches, vous me défrisez l’indéfrisable. C’est un droit acquis l’horaire aménagé et je me refuse à revenir là-dessus de quelque manière que ce soit, détournée ou directe, que ce soit bien entendu à bon entendeur. Aménagé par qui ! Aménagé par qui ?

Hé bien, aménagé aménagé. Aménagé par moi. Je l’ai gagné de haute lutte. Quoi ? C’est pas un avantage acquis parce qu’un avantage acquis c’est collectif, octroyé après un dur combat syndical. Ce ne saurait pouvoir être dû à un combat personnel ! Mais attendez, attendez ! Avec le double quintal que je pèse et les kilomètres de mes gras, je suis un collectif à moi toute seule. Comment ça, ça n’a rien à voir avec la surcharge pondérale ? Je suis un monde à moi toute seule, une foule tant je grouille de gras ! Et vous prétendez que je suis pas une collectivité à moi toute seule ? Non mais, c’est du racisme social à tendance aggravante ultra-intégriste et de l’apartheid individuel que cela ! Absolument ! Vous ne pouvez pas nier que je suis un collectif à moi toute seule vu ma charge pondérale ! Indubitablement. Et vous me refusez le droit acquis parce que je suis obèse ? Non mais, faudrait voir à voir ! Qu’est-ce que c’est que ce racisme individuel ? Parce que je suis noire, j’ai pas le droit de penser, parce que je suis noire, j’ai pas le droit d’avoir un droit acquis par ma personne ? Non mais on aura tout vu ! C’est pire que n’importe quoi ! Vous piétinez les droits de l’homme et de la femme réunis. Je vais vous faire dégorger en prison moi. On va en prison à guillotine en France pour moins que ça vous savez ? Vous savez pas ? Ebé, je vais vous l’apprendre à vos dépens !

L’horaire aménagé que ça n’existe pas vous dites. Que c’est une invention de ma part que vous dites ? Peut-être mais c’est plus efficace. Non moi je fais l’hiver 9 heures-5 heures au lieu de 11 heures-19 heures l’été. Parce que je l’ai décidé un point c’est tout. Y a pas à discuter. Y a pas à revenir là-dessus. C’est un décret de ma part. Qu’il soit autorisé ou non peu importe. C’est ainsi et c’est pas autrement. D’ailleurs c’est mieux. Les gens s’en accommode beaucoup mieux, si, si !

Ca m’arrange ? Evidement que ça m’arrange. Mais ça arrange tout le monde. Si, si, si. Vous n’avez qu’à faire un sondage. Demandez, demandez à toutes les nounous à gosses ! Et les roulettes à patins. Sondez, sondez, vous verrez ! Et puis d’abord je trouve que ça fonctionne mieux. Ca rend plus service aux gens comme ça. Si. Si. Comme ça les soirs d’été ils peuvent se soulager à toute heure du jour de la nuit et du plaisir du soir. Oui ! Mais ça sert à rien parce que le parc est fermé ? Ebé, ébé ! Vous n’avez qu’à l’ouvrir plus longtemps ! Voilà ! C’est votre faute si les gens sont en malaise dans ce parc-square.



Bon ! Enfin y a pas que conflit dans ce parc avec les chefs. Faut pas exagérer. On n’est pas tout le temps en guerre. Non. Bien. Parce que… J’arrive tôt le matin. A 9 heures, enfin même trop à mon goût mais c’est le travail que voulez-vous, on n’a pas le choix. Mais je ne travaille pas tout de suite, non, j’ouvre pas trop vite. Non, j’ouvre pas les toilettes de suite. Hé non hé non ! Pas pour avoir moins de travail, non ! Enfin si un peu, mais surtout pour choisir les clients. Hein ? Les clients ? Oui, depuis la globalisation à ascendance mondialisation on s’est mis au marketing en marchandising dans le même paquèdje au service des Parcs clos et des Jardins de la capitale dans le cadre de la déformation permanente des préséances de marketing avenirs. Et depuis on n’a plus des passants dans les squares mais des clients. C’est ça le changement. Mais en fait ça n’a rien changé, ça n’a changé que dans les mots. Et les mots vous savez ça change pas grand chose dans le mouvement social. J’ouvre à 9 heures l’hiver. L’été c’est à 11 heures que j’ai décrété, c’est plus agréable et plus appréciable, ça fait des nuits plus longues si on se lève pas au tôt. J’aime parce que j’aime pas démarrer en intense à cravacher dru dès l’origine. Surtout l’été. C’est pour ça. Et il voudrait me contester ce droit acquis par moi le goret de chef. Non mais. Il va voir de quel contreplaqué je me chauffe ! Il va voir à quelle tourterelle pachyderme il a affaire ! Je vais me le lameller-coller s’il poursuit sa campagne de dénigrement contre le bien vivre d’aise des agents de sécurité, de surveillance, d’entretien et de maintien.



Enfin bon ! Quoiqu’il en soit, j’aime pas rencontrer n’importe qui dans mes toilettes. Je choisis mes clients. Je ne prends que les propres. Si ! Enfin dans la mesure du possible ! Je choisis, je sélectionne. Par exemple si on ouvre trop tôt, on a plein de clochards qui viennent faire toilette. C’est pour ça que je n’ouvre pas trop tôt. Parce que j’ai pas une passion pour les clodos moi. C’est pas que j’ai peur qu’ils finissent par me contaminer de leur misère de paresse à force de les fréquenter au petit matin de leur pisse de la nuit mais on n’est pas des assistantes de misère, ni des culs de charité. Je suis pas mère Térésa ! Dans les parcs on est dans le botanique, pas dans le social !

Non c’est pas que j’ai peur qu’ils me fassent peur d’avoir peur d’être dans la peur ! D’eux et de leur misère misérable. Enfin si un peu malgré tout. J’ai surtout peur qu’ils me fanent le moral. C’est contagieux la misère. C’est même la syphilis sociale. Mais enfin bon, faut pas exagérer exagérer le danger. Je ne prends pas de risques vraiment majeurs avec les clodos parce que j’ai quand même ma garantie de l’emploi, moi je suis fonctionnaire municipale catégorie D bis alinéa 11 quater. Ca rassure dans la vie. Y a pas de risque intense quand on est fonctionnaire municipal catégorie D. Remarquez, je cause de clochard et de clochard mais y en pas beaucoup de clochards ici ! Y en a pas beaucoup trop. C’est pas comme aux Buttes Chaumont où que ça pullule comme grenouilles aux bénitiers du curé. Mais il en suffit d’un pour vous boucher les toilettes pour toute la journée. Et qui les débouche après les toilettes ? Qui c’est, hein ? Je vous le demande ! Hein ? Qui c’est ? Hein ? Le préposé au débouchage, absolument. Et il est pas content, il en a après moi. Il crie après moi après parce que les WC sont bouchés. Comme si c’était moi qui les avais bouchés, comme si c’était de ma faute, comme si j’étais la mère de ses clodos. Alors il a gueulé tout très fort que je bouchais toujours les WC, que je le faisais exprès pour l’emmerder, comme s’il n’avait déjà pas assez de boulot comme ça et patati et patata. Ceci dit, je me demande ce qu’il a comme travail à part déboucher les WC et jouer à la belote en tétant le Pernod en géant toute la malsaine journée ? C’est un grincheux de la joie et un grignoté de la prostate de l’âme ce pistil à broutille ! Mais il me bouscule les sentiments en cataracte à m’engueuler comme ça le mécréant du tempérament. Ca me renverse dans tous mes états et me fait monter la tension des artères. Et c’est très mauvais pour ma santé. Alors que c’est pas la peine que je me donne un mal fou à m’occuper de ma santé pour que la première engueulade venue me la mine et me lamine et foute par terre tous mes efforts entrepris depuis quarante ans pour embaumer ma santé dans le plein salubre. Navrant n’est-ce pas ! Ca frise même le malheur quarante ans d’efforts sanitaires et cosmétiques anéantis par son caprice colérique comme je lui ai dit au déboucheur de bouchés. Si c’est pas malheur ! Mais il m’a dit qu’il en avait rien à foutre de ma santé. Il est très mal embouché. Et puis c’est un cercle très vicié ! Parce qu’il est en colère après moi alors il met toute la journée pour me réparer les WC. Quand ce n’est pas la semaine. Pour bien manifester son humeur mauvaise. Alors les gens ils m’engueulent parce que les WC sont bouchés et que je ne fais rien pour les restaurer sains, que bailler derrière les corneilles. Ils m’engueulent même en anglais, c’est vous dire s’ils m’injurient en démesure. Mais c’est pas moi qui suis préposée au débouché alors je ne vois pas pourquoi je le ferais. On est des humains quand même et pas que des balais à chiottes ! Alors c’est la pagaille dans les odeurs et les matières dans les sanitaires insalubres qui stagnent violés par les matières fécales et pestilentielles. Ca remugle pendant plus d’une semaine.



Houhhhhh ! Donc oui, j’arrive à 9 heures et j’en profite pas pour ouvrir les toilettes au public tout de suite dans l’urgence. Non non ! Loin de moi cette idée ! C’est que j’ai à faire ! Hé oui ! Hé oui ! D’abord à 9 heures du matin je me sens toute endormie et toute ankylosée de la nuit à plein. Hé oui ! Alors il me faut un café pour me réveiller. Enfin deux en fait. Un premier pour me réveiller puis un second pour me tenir éveillée. Parce qu’avant je suis zombie très zombie. Dans l’autobus qui me mène au parc pour prendre mon travail je suis en léthargie apathie, toute somnolence, je suis automate, toute endormie d’ensommeillé. Alors il me faut trois cafés d’affilée pour m’assommer d’éveillé. Voilà. Voilà ma vie au matin. C’est ça. Je prends mes cafés avec les collègues ensemble on aime bien, dans le petit kiosque qui nous est imparti. Hé oui le matin quand on arrive on discute pour se donner du courage pour aller travailler. On s’échange les nouvelles, les petits ragots de la vie, tous les petits potins échangés qui vous font une petite vie agréable, c’est ça. Ca nous prend bien deux heures. Oh oui ! Deux heures au bas mot. Oui, on s’en fourre trois en deux heures, au moins, oh oui au moins de café ! On s’échange et se dispute de plaisanteries et se tisse des amitiés conflictuelles pour donner du vivant à nos journées. C’est là où qu’on bâtit des intrigues en bisbilles pour pimenter nos vies. C’est que l’on en a des choses à dire depuis la veille qu’on s’est pas vu ! Et puis surtout, surtout, et ça c’est très important, on se récite la télé de la veille défois qu’on aurait pas bien compris tout ce qui de quoi il s’agit avec toutes ces subtilités et ces hiérarchies de nuances dans la télé en couleur ligaturée aux lieux communs. Parce qu’on se chamaille tout le temps du temps puisqu’on est un petit monde en vase clos dans un bocal de verdure et qu’on se connaît tous depuis beaucoup trop longtemps. Même que parfois les querelles sont drues, qu’y en a qui se font la gueule pendant des quinze jours, c’est qu’avec tous les cafés qu’on prend, on est plus excités que piles électriques.

On a la cervelle qui sent le renfermé à force de vivre en grappe, tous les uns dans les autres dans ce petit kiosque. Y en a même qui s’agonisent de médisance tant ça jase cru. Y en a même qui ont changé de square tant ils ne se supportaient plus d’être toujours agglutinés ensemble, ils ont demandé leur mutation pour ne pas mourir de haine. Si, si ! Savez-vous, c’est pas toujours drôle et enrichissant la vie pour les agents publics du service public des jardins publics pressurés par la promiscuité et exacerbés par l’attente permanente du rien au cœur du vide de leur vie vide. Faut pas croire, fonctionnaire municipal de la municipalité c’est pas toujours la sinécure absolue, faut pas croire à faire accroire. Ca peut aller jusqu’à la haine la proximité. Je le sais d’expérience. Hein ? Vous voulez savoir ! Non je vous dirai rien par discrétion. Et puis ça me fait encore beaucoup trop mal pour en parler encore tant c’est vif. Y en a même une surtout une gardienne de gardienne, une antillaise sèche, elle a la langue empoisonnée chaque fois qu’elle crache un mot, elle accouche de deux vipères. C’est pas croyable. Plus méchante qu’elle, t’es enceinte du diable ! Elle a la gueule ravagée d’envies et le cul ouvragé à la vacherie. C’est sa matière la haine, elle en a le ventre tout tapissé de. D’habitude les noires portent le soleil sous la peau mais elle, elle porte le gel.

Bon ! On va pas faire remonter le souvenir. Et puis alors après le troisième café on va pour commencer à travailler après avoir bien entamé la matinée à se batailler plus des trois quarts de la matinée. On n’a pas beaucoup de temps à encore passer à s’ennuyer avant la cantine de midi. C’est bon. Ca peut aller. Après tout les clients ils peuvent attendre. Ils n’ont rien à faire puisqu’ils se promènent dans le parc alors c’est pas qu’ils soient pressés.



Oui mais je cause, je cause mais en fait je causais des clochards qui débordent dans les parcs au petit matin, oui. Faut éviter, faut éviter, c’est le drame des sanitaires les clochards. Un jour un clochard très clochard il m’a chié une catastrophe du sanitaire. Il m’a laissé la cuvette aussi sale que chez moi. C’est dire ! C’est dire ! C’est vous dire ! Parce qu’on croit que chez moi c’est nickel et chrome, mais pas du tout, pas du tout. Pas du tout du tout ! Oui en tant que spécialiste de l’entretien, les gens croient que c’est super Monsieur Propre chez moi, comme qui dirait par vice professionnel, alors que c’est l’ordure. Oui ! Si ! Absolument. Oh, je laisse causer ! Je laisse causer, pour une fois que l’on me prête vertu pourquoi refuser ? Etre honnête en ce cas serait imbécile et des plus bête puisqu’on vient m’encenser comme dame pipi pour une fois qui n’est pas coutume ! Mais c’est hyper-sale dégueulasse chez moi. Pensez, je passe toute ma journée à laver la crotte des autres, alors chez moi répit. J’ai pas le goût à briquer briquer. Je laisse la vermine gangrener mon chez moi pour changer. Ca me repose un peu de crasse après toute cette propreté imposée dans mes sanitaires publics que l’on dirait une clinique tant ils sont propres comme faïence immaculée. Qu’ils sont plus propres que le cul de la Vierge mes toilettes, c’est simple. Ca me lève l’angoisse trop de propreté. C’est simple. C’est cauchemar pour moi le nettoyage. C’est pas la grâce. J’ai pas le complexe de l’immaculé moi. J’ai pas épousé Ariel Omo. Non parce que je veux bien nettoyer d’accord mais pas jusqu’à l’asepsie, faut pas exagérer énorme quand même ! On est laveuse pas une clinique amidonnée à l’hygiène sanitaire à moi toute seule.



Oui, c’est ça que je leur dis toujours à mes collègues, les agents de haute surveillance du matin. Faut pas ouvrir trop tôt le matin si l’on veut limiter le désastre. A cause des clochards qui vont à mes toilettes le matin comme les lavandières vont au lavoir. Je n’arrête pas de le rabâcher à mes collègues agents de surveillance maintenance. Mais ils s’en foutent, ils s’en foutent. Enfin certains, toujours les mêmes, rien que pour me taquiner le tempérament et me contaminer l’humeur. C’est des maquereaux de la mesquinerie quotidienne comme je dis.

Hé ! Parce que ! Hé ! C’est que c’est pas eux qui lavent les toilettes après ! Hé non ! Hé non ! C’est ça ! C’est ça ! Oullala ! Ca me remonte les amygdales tout ce travail supplémentaire qu’ils me font faire par leur négligence insouciante à toujours vouloir faire plaisir au client. A me précipiter l’ouverture des cabinets pour me martyriser le bonheur et me ramoner l’humeur comme ils disent. Ils disent même, ils disent même, les goinfres, qu’un peu d’exercice en sus ça ne peut que me faire du bien pour mes gras. Comme ça je doublerai moins le quintal, les ignobles ! Ca va un peu me faner mes graisses en graillou et me flétrir mes bourrelets charcutiers qu’il rajoute le salaud saligaud. Les salauds ! Les porcs à saindoux ! Est-ce ma faute si j’ai un dérèglement glandulaire et suis médicalement obèse ? Hein ? Hein ? Hein ?

C’est clair non ? Je leur ai dit de ne pas ouvrir les toilettes tant que je ne suis pas arrivée. C’est clair, non ? Mais y en a qui les ouvre encore avant. Ahllala ! On voit bien tout à fait que c’est pas eux qui soient obligés de laver les toilettes après. Hé ! Oui mais ils me disent les gens rouspètent. Et alors ? Et alors ? Laissez vagir. Les gens de toute façon ne sont jamais contents. Ils sont toujours en disgrâce d’eux-mêmes. C’est des presbytes du point de vue chaque fois. Ils ne voient pas plus long que le bout de leur vignette. Si jamais on ouvre avec une petite minute de retard, ça hurle, ça hurle et ça hurle. « Si vous croyez qu’on a que ça à faire, à attendre votre bon vouloir d’ouverture pour pisser ! Vous êtes payée à ouvrir les chiottes pas à vous trousser les fanons et vous écosser les ongles ! » Et encore ça c’est la litanie quand ils sont polis. Enfin relativement polis. Mais défois, défois, on entend chanter des petits oiseaux. Je ne vous dis pas, je ne vous dis pas. Je préfère pas vous le répéter tant c’est mal élevé. D’ailleurs au jour d’aujourd’hui et de demain les gens n’ont plus d’éducation. Elle est défunte l’éducation au jour d’aujourd’hui, si ! Malade. Elle est défunte depuis que tout le monde est éduqué. Maintenant que tout le monde a reçu une éducation pour tous, obligatoire et gratuite, y a plus d’éducation de ce fait ! Si c’est pas malheureux ! C’est à vous dégoûter d’entreprendre quoi que ce soit ! C’est pour ça que les gouvernants du gouvernement ils n’entreprennent plus rien du tout. Ils se contentent de survivre politiquement en faisant le moins de vague possible avant de faire à nouveau trempette dans le prochain scrutin de vote. Ils sont découragés.

Ohllalla ! Et eux ils ouvrent quand même. C’est ça qui l’indispose jusqu’au malaise mon tempérament. Ca m’indispose même à outrance tout à fait. De toute façon il y a déjà une toilette ouverte, ça suffit, c’est pas la peine d’en cochonner deux. Ils en massacrent déjà une, c’est pas la peine de leur en donner deux à ruiner ! C’est donner des seaux au désert et arroser la mer. Surtout que y a quoi ? Y a quoi ? Le matin tout au plus deux par quart d’heure, et encore et encore ! C’est pas comme l’après-midi où l’après-midi c’est plein de bonnes d’enfants et de marmaille et de retraités qui jouent au chat au soleil en grignotant le temps entre eux pour refaire la soirée télé de hier. Oui, le matin c’est le vide sidéral, quand au milieu de l’après-midi c’est la queue comme au cinéma le dimanche. Si !



Oui, oui, oui, oui. Qu’est-ce qu’on fait nous ? Tout le saint jour. Qu’est-ce qu’on fait ? Que fait-t-on ? On attend. On attend en regardant le ciel et sans le ciel les jours de pluie. On est les abonnés du temps qui passe. Passe le temps. C’est ça. Qu’est-ce qu’une dame pipi sinon une passoire à temps. Il faut le laisser passer sans trop y penser pour ne pas désespérer. C’est si vide la vie, si vide nos vies. C’est comme une petite targette sur une porte. Qu’elle soit ouverte ou fermée, qu’est-ce que ça change ? Ou si peu. Hein ? Que fait-on de toute la journée ? Rien. Accueillir le temps tout le temps jusqu’à ce qu’il vous vide. Et le cueillir aimable quand on s’offre une petite fête entre nous les agents de surveillance et de maintien jardinier. Pour une anniversaire par exemple où qu’on se chahute de petites taquineries avinées quand on boit le vin mousseux et se grise de petits mots dans le temps vide, d’un peu de vin qui aide à faire passer le temps en sifflant les bulles. C’est fou ce que c’est long le temps. C’est fou. Une vraie passoire. Surtout lorsque l’on travaille. Surtout à rien faire. Ca épuise.

C’est pas calvaire nos vies. Non, on peut pas dire mais ? C’est pire, c’est sans espoir. C’est pas désespéré, c’est pire, c’est sans espoir, rien que tout suinté dans l’ennui à vous noyer de consomption. Ca vous encule au vide et vous masturbe au néant. Ca vaut pas un max, un max, un max ma vie tout réfléchi. Faut bien voir. Elle est pas à maximum. Parce que passer sa vie à déboucher des chiottes, ça vous ménopause le désir. Ca vous épanouit pas des masses le balai de cabinet. Ca n’offre rien d’extra ce genre de vie mort-née bornée. Youyouyouyhhh ! Nos vies me font penser à ces vessies vides qui valent baudruche ou plutôt à ces vessies usées et peu ouvragées qui se vident dans mes urinoirs. Non sans mal. Parce que moi au début, à l’aurore de ma jeunesse, j’ai rêvé d’une vie d’aventure. Oui. Si. C’est étonnant pour un fonctionnaire ? Pas du tout, pas du tout. C’est de guerre lasse, de guerre lasse ! On guerroie, on guerroie et étant charrié continûment de défaites en déboires et de déboires en échecs, on finit par capituler et l’on devient fonctionnaire. C’est une retraite avancée la fonction publique. C’est simple. Oh oui ! J’aurais aimé épouser l’aventure. J’aurais aimé être une tordue de la pétanque par exemple. Gagner la finale à Carcassonne. Puis voyager et voyager. Peut-être faire la finale à Marseille ? Ohlala ! Quelle splendeur ! Et visiter Lyon. Et voyager encore, toujours, avec mes boules pour rencontrer des gens et tout et voir du pays. La grande aventure. Et puis après Marseille, aller disputer un match à Tokyo et Nouva York. Ohlalla ! Quel suspens ! C’est que ça fait voyager les boules ! Quel challenge grand ! Ca me plairait, ça me plairait, oh que ça me plairait ! J’en ai les boules c’est le cas de le dire. Je les ai là les boules rien que d’y penser, en ganglions et pas sous les genoux.



Ce qui me détruit le plus, c’est la blouse de travail qu’on a obligation de porter pour qu’on nous reconnaisse. Comme si avec notre balai à serpillière entre les jambes on pouvait nous confondre avec un chef d’orchestre ! Je hais. Ca m’humilie. Ca fait uniforme. C’est nul. Comme les petites filles dans les orphelinats le long des matins blêmes. Avec cette blouse rayée bleue et blanche on se croirait à Dachau mais en plus petit les raies tout de même pour pas faire trop prisonnier justement. Remarquez, faut pas exagérer, la garde et l’entretien des toilettes c’est pas le STO, c’est pas tout à fait un camp de la mort, mais, mais, par certains points ça frise, ça frise. Par exemple.

Non vraiment c’est peu seyant. Ça se porte pas en oriflamme. On en a plutôt honte. Et vivre toute la sainte journée dans la honte, ça fait pas dans l’euphorie, ça vous fait pas dans la félicité. C’est pour ça qu’elles ont toujours l’humeur moisie les dames pipi. C’est le rayé qui gêne surtout, ça fait entre le bagnard et l’étoile jaune. Non le blanc et le bleu ça va ! Quoique avec ce bleu layette on est cousu dans le ridicule. On a passé l’âge de barboter bébé depuis plusieurs saisons. Je supporte pas. Et le pire, le pire, c’est qu’à une époque il a été question que l’on porte une coiffe sur le chef. Vous vous rendez compte, vous vous rendez compte ? Au XX et unième siècle ! Une dentelle à amidon sur les bouclettes ! Comme les bonnes espagnoles. On serait les petites Bigouden à dentelles à crêpe des toilettes mais sans voilette. Non mais. Comme les infirmières ! Mais on n’est pas des nounous à chiottes. Non mais ! Faudrait pas croire ! Faudrait pas croire à croire et à accroire !



Et lorsque l’on ne fait rien, et l’on n’a rien à faire presque tout le temps, à peu près 95% du temps, on est enfermé dans un local comme poissons dans un bocal à tirer les cartes en faisant des bulles pour libérer l’ennui. C’est plus facile à passer ainsi, plus sociable. C’est moins catastrophique de s’ennuyer à plusieurs, ça fait moins mal à l’âme. Ainsi on n’est pas tout seul. Ca rassure. C’est très égoïste le malheur. On aime bien que d’autres participent de notre disgrâce, subissent les mêmes avatars que vous. Ainsi on se sent moins seul. Ainsi est faite la nature humaine. Que voulez-vous ! La nature humaine est toujours très inhumaine dans le fond. Personne ne nous oblige à y aller, remarquez, dans ce bocal bouché mais on n’a rien à faire d’autres. On manque d’occupation nous autres les gardiens du temps libre en végétation botanique. Il faudrait que la mairie de Paris nous offrent des distractions qui nous occupent pour qu’on s’occupe dans nos temps morts qui sont multiples il faut bien dire, pour ne pas dire permanents. Il faudrait qu’elle crée des agents d’amusements, des agents d’amusement et de distraction pour nourrir le temps pendant nos longs temps morts. C’est ça. Pour pas qu’on déprime dans la déchéance de l’ennui. Et puis, et puis ! Ils pourraient faire jouer les enfants aussi. Comme ça ferait de deux pierres, trois arbres à bourgeons. Ca serait utile, ils feraient plaisir à tout le monde en immense, aux clients et aux vendeurs, pardon, et aux gardiens. Oh c’est affreux, avec ces cours de marchandising j’en ai la langue toute chamboulée au commercial, comme retournée lapsussée ! Ca m’indigeste.

Mais le local qu’on a en cachette de public, j’aime pas beaucoup y aller parce qu’il y a la sous-chef qui y règne. Et la sous-chef c’est pas le petit lot, c’est même pas le lot de consolation, c’est le lot de consomption, c’est la baie Résina à elle toute seule. Elle nous disturbe. Elle nous dispute tout le temps. Parce qu’on saccage son bocal et qu’il lui faudra plus de trois heures après pour restaurer son local. Alors elle est pas buvable. C’est une désastre. Elle est si conne que rien que de la voir, j’attrape une dépression nerveuse, c’est simple. Tant elle est incroquable. Je vous jure, je vous jure ! Si c’est vrai. D’ailleurs rien qu’à la regarder à fond on voit que c’est une perverse accouchée vipère. Elle respire le diable. Ca se voit sur sa gueule sans être obligé d’aller chercher au fond de ses yeux. Si ! Absolument. Moi je vois sur les visages. Si ! Je vois de suite si quelqu’un est honnête ou pas. Ce qu’il vaut. Je jauge de l’œil. Je sais lire les visages. J’ai appris en Guadeloupe. C’est ma grand-mère qui m’a appris. Rien qu’à scruter en surface le regard des gens, je connais leur caractère. Et tous leurs secrets rien ne m’échappe et je ne me trompe jamais. Et la sous-sous-chef je peux vous dire que c’est une goule à ventouse et une poule sans partouze. C’est une vermoulue du sexe, d’où son humeur frigide de bonté. Et elle m’a fait tout un trois films en linceul parce que je mangeais de l’ail.

Je peux pas faire la cuisine sans ail et sans piment. Ca ne passe pas sans ail. Ca m’enlève la faculté du dégluti. J’ai été éduquée comme ça. C’est dans ma culture ; je peux pas bouffer sans ail. Je peux pas digérer autrement si je peux pas me ronger l’ail ! Et elle, elle supporte pas l’ail ; elle dit que j’empeste le bocal avec mon ail. Non mais ! Et alors si on peut pas manger à sa faim, c’était pas la peine de nous avoir aménagé une petite cuisine dans le bocal. Parce que pour midi, plutôt que d’aller à la cantine, on préfère faire notre petit frichti par économie. Alors dans le local on s’est fait aménager un petit coin cuisine où on tambouille. Mais la sous-sous-sous-chef elle a interdit l’ail. Sous prétexte que ça injuriait ses narines. Mais comment peut-on faire de la cuisine sans ail ? Hein ? Je vous le demande ? Hein ? Hé oui ! Elle est de la cuisine au beurre elle. C’est vous dire. Autant dire qu’elle respire la mauvaise humeur dès le palais. Y a rien qui porte le soleil chez elle. Rien. Elle est divorcée avec l’huile. Toutes les huiles, de l’huile de palme à l’huile des arachides. C’est vous dire son niveau culinaire ; elle racle les bas-fonds. Elle touille à la vase de basse mer la bigouden. Et en plus, en plus, elle dit que je mange pachyderme à toujours vouloir doubler mon quintal ! Ebé si alors, si alors, si on peut pas manger à sa faim, c’était pas la peine de nous avoir aménagé une petite cuisine pour nous sustenter de l’inanition ! C’est une tortionnaire de l’âme cette sous-sous-sous-sous-chef. Une aigrie de l’œsophage. Elle dit que je suis pas une femme, que je suis une mangeoire l’écrevisse à varices ! Elle me fout des vergetures au caractère et me laboure les mandibules et me triture les oursins. Elle me laisse l’âme tout en broussailles et me tapine l’huître en vase. C’est un chalut à morue que cette bretonne de trottoir. Sa langue mauvaise n’est jamais au chômage, peux vous dire, peux vous dire ! C’est une pirogue à mangrove, un crabe d’égout ier que cette maquerelle de la casserole. Parce que faut vous dire, faut vous dire ! Elle perçoit gabelle ! Si ! Si ! Oui ! Elle nous fait payer le sel. Si ! Pour se défrayer des petits soucis et des petites dépenses de propreté qu’on lui inflige à cause de notre gâchis culinaire quand on cuisine qu’elle dit. Si ! Si ! Parce que du fait de sa fonction, elle a le gîte et le couvert dans le bocal. Et donc elle nous invite par charité républicaine comme elle dit texto verso à profiter de ses installations, mais c’est une grâce qu’elle nous octroie qu’elle nous dit. C’est une grâce de sa bonté et pas un droit qu’elle dit, juste une faveur qu’elle nous fait comme une fleur. Ouyaialllhe ! Non mais ouhhiaillllhe ! C’est une faveur qu’elle nous fait ? Mais rendez-vous compte, mais vous vous rendez-compte compte ? On est même pas des animaux, on est ses domestiques. Mais d’habitude les domestiques on les nourrit mais elle, elle nous rechigne la nourriture. Vous rendez compte, rendez compte ? Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre à quelle sauce on est humilié. C’est insipide, elle est aride de bonté à vous ramoner tous vos sous la sous-sous-sous-sous-sous-chef et à vous contaminer sa haine de la vie ! D’ailleurs je mange pas dans ses viandes, ça me coupe l’appétit. Je préfère maigrir que l’engraisser avec son impôt à sel. Quelle mentalité ! Non mais quelle mentalité ? Vous vous rendez compte compte ? Elle nous fait payer gabelle et bientôt elle nous fera payer sa dîme ! Sûr ! C’est la crasse absolue de l’âme la sous-sous-sous-sous-sous-sous-chef. Et en plus elle me fait bouffie dès que je pense à elle. J’en ai des fanons qui me poussent sous les joues en bajoues tant elle m’infecte.



Parce que à force de fréquenter les vespasiennes que je récure, que je suis bien obligée puisque c’est moi qui les récure. Hé oui puisque c’est moi qui suis l’agent d’hygiène des vespasiennes, j’ai rencontré. Oui, j’ai rencontré. Oui. Bien. J’ai rencontré à force de fricoter les toilettes. J’ai rencontré. Oui. Il est bien. Il porte costume avec cravate. Il porte bien. J’ai aimé le rencontrer, oh oui ! C’est mon ami depuis. Le lundi et le mardi, le reste de la semaine il rentre chez sa femme. Il m’habite en début de semaine. Oui seulement en début de semaine. Quand je l’ai rencontré au détour de la vespasienne, je m’en souviens encore. C’était le jour de l’Assomption. Quelle élévation ! C’était un jour en fête. Ca m’a plu. Ca porte chance les jours de fête, c’est bon signe comme disait ma mère grand. C’est pour ça que ce jour-là, c’est mon jour de bonheur. C’était un mardi. Oui. Depuis, le mardi, on se rencontre à la chapelle des Petites Sœurs Franciscaines de Sion de Foucauld du Père. Parce que ça me fait glousser le plaisir. Parce que on est pas mariés. Mais si on se fréquente à l’église où que l’on se donne rendez-vous, c’est comme si on était mariés. Enfin ça me fait l’effet comme si. Ca me rassure dans notre couple intermittent. Oui. J’ai l’impression que notre union est un peu sacrée si elle se fait sous la voûte de l’église. Ca la légalise, c’est comme un petit mariage, hihi, hi ! C’est un peu illusion bien sûr mais pas tout à fait ! C’est plus sain. Oui c’est le mardi qu’on fait ça, qu’on va s’aimer à l’église, le mardi, le jour anniversaire de notre rencontre qui est maintenant fréquentée. Et le premier baiser on se le donne toujours sous la statue de Saint Antoine de Padoue. Comme ça il ne sera pas perdu. Depuis combien de temps que ça dure ? Oh depuis plein de lunes et plein de lunes. Oh oui ! Oh oui ! Le lundi et le mardi toujours sans exception sauf l’été quand il part en vacance. D’ailleurs moi aussi j’en profite pour partir en vacance moi aussi à ce moment-là. J’ai moins de regret comme ça.



Parfois il y a des gens si beaux qui entrent dans mes toilettes que j’ai envie de les avaler. Parfois. Si. Mais c’est rare comme l’exception. Je les caresserais partout et les lécherais partout si j’osais. Ils enchantent toute la journée. C’est comme des oiseaux. Ils sont si beaux. Ils prennent tout l’air du ciel. Mais très vite on les oublie parce que le lendemain est lugubre, rien de beau ne vient pénétrer les toilettes et l’ennui nous habille alors toute la journée. On ronronne dans l’ennui du quotidien. Le jour est tellement morose qu’il est en dépression de lui-même. Si. On vit comme évacué, tout vide, sans rêve, on vit à petite mort. Pendant des jours et des jours il n’y a plus de soleil pour les yeux. C’est ainsi. On n’a à se mettre sous les lunettes que Momo qui est le plus petit des gardiens, qui est si malingre qu’il n’est qu’un bout d’homme. Il a toujours l’air d’un petit poulet tout rat bout gris. Sûr que c’est pas lui qui pourrait donner le change ! Ah malheur, malheur ! Il est plus laid qu’une vessie qui papouille ses rides. Dès que vous le voyez, vous avez envie de vous avorter. Quand il parle, on a toujours l’impression qu’il va remonter le cul de sa mère. Si. Dès qu’on le voit c’est pénitence.



Briquer, briquer, encore. Donner le jour au beau. Que le jour soit propre, le briquer de Cif. Oh là une tache ! Revenir. Que le carreau soit nickel pour lui. Qu’est-ce que c’est sale ! Chaque matin il faut recommencer à zéro. Chaque matin les laver et laver les sanitaires pour qu’ils redeviennent vierges, c’est mon boulot ! Je m’applique, il est 10 heures vingt-cinq. C’est tout blanc, plus blanc que le cul d’une vierge. Mais là encore quelques taches. Vite les éradiquer. Les enlever, bien regarder à la lumière. Que les carreaux brillent comme s’ils étaient tout neufs. Qu’ils aient le reflet neuf et de brillance. Oui, je les fais neufs chaque matin tant je les brique. Je les fais immaculés. Qu’il n’y ait plus la moindre tache. Ca me plaît. J’aime que mes sanitaires soient aussi nickel qu’un laboratoire. Ca fait scientifique comme ça mon travail. Mais il faut que je me dépêche, je vais être en retard. Vite, vite, astique vite avant qu’il arrive. Je suis en urgence du chiffon. Oh là ce reflet ! Il faut l’effacer. Un peu plus de Mir ! Hop ! Voilà ! Kidnappé, effacé, enlevé, bravo ! Bien essorer maintenant, là avec le balai à l’espagnole ; bien le tordre qu’il verse sa crasse dans le seau, bien appuyer surtout, c’est le secret. Je préfère le balai espagnol avec son seau incorporé. Le balai avec la serpillière c’est inférieur. C’est moins bien. Ca a ses qualités, je dis pas, mais ça a plus de défauts aussi. Tout comparé, je préfère plus le balai à l’espagnole avec sa grille moi pour travailler. Oui. C’est supérieur. C’est plus pratique et plus efficace, plus rapide qu’on travaille avec. Surtout les rouges, ça donne plus de vaillance. Oui. Je prends toujours un seau rouge, ça me donne plus de courage chaque fois. Ca me lève l’ardeur au travail, si ! Mais le mien il s’effiloche, oui. Faudra que j’en commande un à ma chef. Il est trop élimé. Oui. Non, elle ne pourra pas me refuser, quand je lui montrerai. Je sais bien que j’y ai droit qu’à deux balais par an mais là il est très usagé, elle se rendra bien compte si je lui montre. Non vraiment, elle pourra pas refuser. Un balai à l’espagnole c’est bien mieux. Oui. Et un balai portugais ? Non, je crois pas que ça existe. Il existe que deux types de balai pour les préposés au sanitaires, les balais à l’espagnole et les balais à l’ordinaire. Les portugais c’est les préposés, c’est pas des balais, je pense pas. Voilà !



Oui, voyons ! Bien ! Bon ! Maintenant que j’ai bien briqué les toilettes, il faut que je m’arrange. C’est mon tour. Faut me briquer à mon tour. Oui, jeter son regard dans la glace. Me rehausser le regard. Me… Ca va.

Oui. Bien propres, bien recourbés. Replonger la tige dans le tube, y pomper le mascara. Se refaire les cils, les ripoliner au rimmel. Encore. En abondance. En abus. C’est ça que j’ai de mieux les cils ! Nous les négresses les cils c’est ce qu’on a de plus beau. Faut les mettre en valeur. Bien s’appliquer, voilà ! Bien les ourler et les retourner pour avoir le regard magnifique. En profiter, c’est ce qu’on a de mieux les cils recourbés nous les noires. Nos yeux c’est des pièges à amour. Alors autant les mettre magnifiques en valeur. Splendide, j’ai le regard plus profond que l’océan maintenant !

Bon, arrête ! Ne pourlèche pas trop, tu vas gâcher. Il va venir, tu vas te laisser surprendre. Surtout qu’il ne te voie pas devant la glace à te poupounner. Non l’air de rien, n’aie pas l’air d’être là, sois transparente. Lave en toute innocence comme par hasard et brique le monde l’air de rien, c’est ta fonction. Rends-toi invisible tu l’observeras mieux.

Oh ! Rien qu’à l’idée, ça me chahute dans tous mes ovaires ! Il va être là d’un instant à maintenant. Là. J’en ai tout chaud comme chaque matin. Calme-toi ! Calme-toi ! Pourvu que je n’ai pas le visage en chaleur, assailli de bouffées ? Que ça ne se voie pas ? Oh, je suis morte de honte ! Je…

Parce que je ne supporterais pas d’être pas là quand il va pisser mon bonhomme ! C’est mon amoureux mais pas trop en fait, il ne le sait pas. Surtout qu’il ne s’en rende pas compte ou je serais morte de honte. Je suis timide en amour, en tout d’ailleurs en fait. Mais surtout en amour.

Dépêche-toi, il va arriver, pas tarder. Sois bien là lorsqu’il va pisser. Que je le voie. Il me marque. Tu es prête, nickel ? Toute parée ? Oui ? Bien ! Tout est propre ? La toilette impeccable, prête à l’accueillir, oui ? Rien à rectifier ? Lustrer peut-être un peu là ? Parce qu’il va toujours pisser dans la troisième toilette, c’est la sienne, toujours. C’est son habitude, c’est la sienne. Aussi je m’applique dix fois plus quand je la fais que les autres. C’est la sienne. C’est la sienne et c’est un peu la mienne aussi. J’épouserais bien les carreaux sur les murs tant il me fait envie.

Et puis après quand il sera passé, aura pissé, je pourrai le laver après son départ pour que personne ne le souille, oh non ! Oui, quand il aura fini, vite relaver l’endroit arrosé par son pipi pour le toucher, enfin vivre son odeur quand il sera reparti, vivre sa liqueur pendant que je la nettoie. Et que personne ne pisse sur sa pisse surtout, ne vienne souiller ses humeurs. Son lavabo. Que personne ne vienne y mêler son pipi, ce serait sacrilège. C’est mon odeur, c’est son pipi, ça m’appartient. C’est ma pisse à moi. Mais ne pas laver tout de suite pour pouvoir garder un peu son odeur et s’en pénétrer. L’avoir à moi, rien qu’à moi quelques instants. Hi ! C’est dégueulasse ? Non. Juste quelques instants ! C’est mon mets. Mais laver quand même assez vite avant que personne ne profane sa pisse. S’accorder un peu de grâce mais pas trop pour pas que les gens ne polluent son urine d’or.

Je suis belle là pour le recevoir, les yeux relevés, accouchés d’ombre comme il faut au regard langoureux, la bouche ? Tout est laqué ? Bien ? Encore une petite touche ? Non arrête ! T’es magnifique. Tu vas tout gâcher à vouloir trop… Hi ! Faut pas trop se ripoliner, se méfier. Hi ! Je suis plus lustrée que mes toilettes pour l’accueillir. Arrête de te taquiner dans la glace, sois prête ! Un dernier coup de torchon dans sa toilette, on sait jamais. Voilà. Prête ? Il est déjà immense dans mon ventre.

Je l’attends ! Je l’attends ! J’aime briquer en éclat les sanitaires pour faire passer le temps. Hi ! C’est pour ça que je suis en retard en fait chaque matin, que je nettoie les toilettes avec plus d’une demi-heure de retard au grand dam de ma chef. Je veux être là lorsque mon amoureux va pisser. Je lui sers d’auréole. Hi ! Le voir, le voir, juste le voir, je ne respire qu’à ça ! Je n’ose pas l’aborder bien sûr. Je suis trop timide. Et puis je sais pas, mais ça me gêne. Je me contente de le voir, rien que le voir chaque matin, c’est mon bonheur. Un jour je l’aborderai, promis mais pour l’instant je me contente de le voir, ça me suffit. Juste le voir, le boire des yeux lorsqu’il pisse, c’est mon bonheur. Il vient pisser prostate. Tous les jours à la même heure précise, un maniaque de la vessie. Il va pas tarder maintenant. Il va être là. Oh Dieu ! Rien que d’y penser ça m’émoustille les ovaires ! Il est toujours à l’heure c’est simple, c’est un maniaque de l’horloge. Il est réglé comme du papier hygiénique, pardon, je m’excuse, comme du papier à musique. Est-ce que tu es prête ? Oui ? Un dernier coup d’œil dans la glace. Un petit coup de peigne ? Là ? Et tes lèvres ? Ca va ? Et ses toilettes ? Elles sont vierges de beauté ? Oui ? Oh ! Hi !

Oh le voilà ! Le voilà ! Je, je… Je suis en ruine. Briquer, l’air de rien, c’est ça, faire semblant, faire comme si, ne pas avoir l’air, oui, ne pas avoir l’air d’avoir l’air, oui, continuer, le zieuter par le miroir sans en avoir l’air, se taquiner son désir dans la glace, voilà et poursuivre, faire comme s’il n’était pas là mais le boire des yeux, ne rien dire, surtout, faire son travail, rester naturelle, mais j’en pense pas moins, il pisse, il pisse, il se soulage, cela dure, c’est curieux, comme cela dure, il n’arrête pas de pisser comme chaque fois, mais cette fois-ci plus long, sa prostate a dû s’aggraver, sûrement, c’est ça. Ca dure, ça dure ! Pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé de grave à la vessie ! Houlala ! Houlala ! Mon Dieu ! Mon petit vaudou ne permets pas ça. Grand Baron aide-moi ! Aide-le ! Je t’en prie ! Je t’offrirai trois bouteilles de rhum et six beaux, gros coquillages de nacre si tu le soulages. Ah ! Il rebraguette ! Oh ! Il a fini ! Il est guéri ! Merci, merci Grand Baron, tu m’as exaucée. J’aime, j’aime, il a pissé copieux, tout rentre dans l’ordre, tout ! Oh mes Dieux ! Je suis toute neuve ! Un grand vent tout rayé de joie me décoiffe l’âme. Je suis tout en souffle éperdue. Attends, attends ! Il va… N’oublie pas ! Vite ! Vite ! Glisse-toi dans le passage ! Oui. Qu’il te frôle quand il partira, voilà ! Oh ! Rien que son odeur juste le ressentir un peu lorsqu’il passe, ça m’enchante ! Rien que son odeur quand il passe, la renifler, ça me bouleverse le cœur en boulimie. Brouhhh ! Et le voir quand il s’en va de dos, encore de dos, le regarder, je m’arrête de travailler un instant pour mieux en profiter et j’en frissonne. J’adore. Et puis après, après, il n’y a plus qu’à attendre demain où tout va recommencer. Mais non. Je ressasse. C’est bon. Je me rejoue le film. Il est là, il est là, je le vois, je le regarde, je le vois, il reste et il pisse. Là, il s’est débraguetté, là encore, une goutte est tombée sur le rebord. Hi ! C’est avec grande joie que je vais l’essuyer avant qu’elle ne tombe par terre et s’y souille. Vite ! C’est mon tabernacle gourmand ! Je respire son corps, son odeur, il est à moi. Mais vite bien laver tout, laver avant que quelqu’un d’autre ne vienne souiller ce lieu, le salisse avec sa pisse. Oh mon Dieu ! Recouvrir sa pisse de sa pisse, quelle horreur ! Vite le Cif. Vite. Oulala ! Chaque fois qu’il passe, je perd ma matinée dans la cuvette ! C’est chaque matin pareil ! Je peux pas m’en passer, c’est plus fort que moi. C’est ma vie. Récurer sa pisse de plaisir. C’est ma joie. Je m’y abîme chaque jour, c’est atroce mais c’est ma drogue, mon bonheur, je ne peux pas m’en passer.

Bon ! Mais enfin tu vas pas passer toute ta matinée à récurer ce bout de toilettes. Ca aurait l’air de quoi ? Tu as pas que ça à faire ! Faut que t’aille récurer aussi les autres toilettes à l’autre bout du parc, n’oublie pas ! Dépêche-toi ! Oui, faut que je me dépêche ou je vais me faire chahuter par ma chef. Oui.



Ca me butine la peur, je suis dans le chagrin. Toute chagrinée. Ca me détruit. Il est question qu’on remplace mes toilettes par des WC automatiques, des Decaux technologiques à vertus incrustées. Ca me fait glisser dans la grosse crainte. Parce qu’est-ce qui va advenir de mes toilettes avec tout ça ? Je vous le demande, je vous le demande. Je vais me retrouver au chômage et puis voilà ! Ouh l’angoisse dodue que ça me fait dans tout le ventre et les ventouses des mamelles ! Ca me ronge l’utérus et me gangrène le bassin. Ca m’abonne au malaise. Vous comprenez, on se sent inutile. Si on peut nous remplacer par une machine, c’est qu’on servait pas à grand chose. Et c’est pas très gratifiant. Ca me débusque le bocage des fondations et me crevasse des amygdales et me module la tripaille rien que l’idée de ça. Oui. Oui. Oui.



Oh ! Oh ! Ils commencent sans m’avertir ! Oh ! Ils auraient pu m’avertir au moins ! Je m’y serais préparée. Ca me butine le corazon, ils auraient dû ! Pourquoi qu’ils n’ont pas su, pu, fait, dû ? Oh ! Tout d’un coup, d’un seul coup. Si c’est pas malheur. J’aurais préféré périr que voir ça. Si, si. Absolument ! Ben ma joie est défunte ! J’ai plus de raison de croupir dans la vie, ici maintenant. Je me sens toute vol-au-vent et toute pétrie de colère ! Ils auraient pu quand même m’avertir, alors qu’ils le savaient depuis, depuis plusieurs mois au moins ; au moins, au moins ! Oh oui ! Au moins plusieurs mois. Sûr ! Ebé ! J’en ai le cœur tout bancal. Ils n’auraient pas dû, non. C’est une honte. Oui. Oh ! Quand même ! Quand même ! Je suis toute en marécage. Ebé ! C’est pas à leur gloire ! Non, c’est pas à leur gloire ! Détruire, détruire, c’est tout ce qu’ils savent faire, c’est tout. C’est ruine. Voilà, ils ne sont que ruines. Ohlala ! Avec cette histoire, je vais avoir un passage tout nu dans ma vie ! Rien que d’y penser je suis aride d’avenir. Qu’est-ce que je vais devenir ? Hein ? Qu’est-ce que je vais devenir ? Elle le savait depuis au moins trois mois ? Enfin depuis au moins quinze jours et rien elle ne m’a dit la garce à bouclettes ! Attends, attends ! Je vais lui faire brouter tout le parc à cette chèvre ! Oullala, aujourd’hui c’est vraiment le jour de mon massacre ! J’ai plus de courage, ensevelie de cette nouvelle que je suis. Ouhh Sainte Bartholomé ! J’ai honte pour eux. Comment qu’ils vont faire pour pisser maintenant les gens ? Hein ? Quant à le démolir, ils auraient pu rencarder tout le monde intéressé avant. Que l’on puisse faire le deuil des sanitaires. C’est ça. Nous instruire de la chose, au lieu d’envoyer les bulldozers d’un coup sans nous avertir et tout raser d’un coup comme des sauvages qu’ils sont à la mairie de Paris ces fonctionnaires du divorce entre eux et la nation. Détruire les sanitaires au petit matin de l’aube, comme ça, en catimini, sans rien dire. Que la honte soit sur eux et leurs 36.000 générations ! Je suis anéantie. Qu’est-ce que je vais devenir ? Je n’ai plus que le chômage pour avenir maintenant qu’ils ont détruit mon instrument de travail. On va être rien, que du vide, ils vont mettre un Decaux flambant neuf à la place de nous. On va être remplacé par une machine. Quelle honte ! Et l’on sera plus utilisable ailleurs ! Ouyaillheaillhe ! Oh ! Cette poussière ! Cette poussière ! Qui c’est qui va laver cette poussière maintenant que je suis défunte au chômage ? Hein ? Qui c’est ? On n’a pas idée de souiller autant en démolissant !

Je ne suis qu’une ruine. C’est comme s’ils m’avaient dépucelée-prise en retournée-retroussée une énième et dernière fois. Mais cette fois-ci j’abandonne, je vais me coucher pour mourir. Ca va être ma manière à moi de faire de la réclame à Decaux. Puisque je suis une merde autant finir comme une merde. Decaux n’aura plus qu’à me ramasser et me jeter dans ses chiottes ; la merde revient toujours à la merde. Ca va même être un bonheur de crever dans une cuvette à Decaux, il paraît qu’elles sont plus propres qu’un laboratoire, enfin c’est leur réclame qui le vante. Je vais mourir aseptisée. Allez je me couche devant la porte ; je serai la serpillière du nouveau Decaux !



(9 heures et quart, le ciel pleure, la fenêtre pleure, le temps pleure, le cœur pleure. Vendredi 6 mai 2005. Sainte Prudence, il faut donc agir en fonction. Lune perverse mais très menue, elle dépérit jusqu’à son anéantissement qu’elle atteindra après-demain. Tout est gris même la couleur des âmes. Elle dort encore derrière le gris de la fenêtre la superbe beauté noire, elle a dû encore rentrer à l’aube comme le vice. Elle doit vendre son corps, le soir, dans la nuit, oui, sûrement, vendre son corps d’amour, mais le vendre tout de même. Elle est vice, elle est trop belle pour être honnête. Vivre quand on est si belle, relève de la prostitution, surtout lorsque l’on est de basse caste. Les toits reluisent de pluie. Pourquoi le ciel est-il fâché ce jour avec tant de violence grise de grisaille ?)

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C’est une dame en charge des toilettes d’un jardin public parisien qui assume ici la fonction de narrateur ; on apprend pourquoi elle n’ouvre pas toujours quand ça devrait théoriquement être ouvert, le problème avec les clochards, son ennui et ses émerveillements. Nulle sociologie, nuls « bons sentiments » ; la force gaie de la moquerie et de la vraie douceur, dans une langue pseudo-réaliste personnelle.

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