Hache http://editions-hache.com Éditions Hache Fri, 13 Jul 2018 08:11:52 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.17 Précisions http://editions-hache.com/?p=59 Mon, 15 Oct 2007 11:31:55 +0000 http://editions-hache.com/?p=59 Le cycle pyrénéen de Jean Figerou publié ces dernières semaines trouve ses limites (5 textes en 8 épisodes) et son nom : Cimes en abîmes.

La harangue aux auteurs a été renouvelée.

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Le Dit du temps haut, de Jean Figerou http://editions-hache.com/?p=58 Mon, 24 Sep 2007 19:37:42 +0000 http://editions-hache.com/?p=58

Le soleil se lève comme une honte dans la vallée.

Figerou fait parfois, devant la beauté, s’abîmer la pensée ; soit elle se rompt à force de tension, et bat la campagne, soit elle s’humilie et se replie sur elle-même et se contredit ou se répète. Il nous fait justement le coup à force de sublime en commençant ce texte qui met fin, provisoirement en tout cas, à son cycle pyrénéen, avant de poser la question : Où ? La plaine pollue l’âme de ses miasmes, la montagne étire trop l’âme vers l’éther. Où vais-je me poser ? et d’y répondre. L’odeur douce de l’aimée absente accompagne.

Le Dit du temps haut, de Jean Figerou

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Jean Figerou : L’Agriculture en pot et sans potiron http://editions-hache.com/?p=57 Mon, 17 Sep 2007 14:55:06 +0000 http://editions-hache.com/?p=57

Enfin ces tomates ça nous a valu que pluie de moqueries. Ça nous a dissout l’orgueil.

Hache publie une miniature de Figerou, 2 pages rougissantes toujours du même ensemble en construction. Lundi prochain, du lourd, du final.

Jean Figerou : L’Agriculture en pot et sans potiron

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La Première Dernière Balade, de Jean Figerou http://editions-hache.com/?p=56 Mon, 03 Sep 2007 15:11:57 +0000 http://editions-hache.com/?p=56

Je me demande si la montagne nous aime. C’est idiot bien sûr mais je me le demande ? Je souffre tellement à la gravir, je me demande si elle m’en est reconnaissante ? Je crains que ce soit illusion, y a rien de plus dur que la pierre. (…) D’ailleurs qu’importe qu’elle ne m’aime pas. Il y a infiniment plus de joie à aimer qu’à être aimé en amour. Je suis une fournaise de soleil dans mon malheur ascensionnel. Je souffre tellement que je ne peux l’aimer qu’à déborder. Je souffre le miracle. Aimer c’est avoir le feu dans le ventre, c’est être supplicié de bonheur en enfer de joie incandescente. Être aimé c’est juste un peu de sucre sur le gâteau en cerise, c’est pas l’essentiel.

Au début ça paraît long ; on s’engage et à peine engagé on se sent déjà fatigué. Empêché par une sage fierté de faire demi-tour, gentiment on prend le rythme, on se détend, on se réveille, la joie monte. C’est comme l’ascension d’un 3.000 et c’est la troisième étape du circuit pyrénéen de Figerou, dont le narrateur, après le berger obsolescent et la veuve tapageuse des deux étapes précédentes, pourrait cette fois être l’auteur, alpiniste du dimanche, ami du sublime mais à la condition physique un peu juste.

La Première Dernière Balade, de Jean Figerou, en deux épisodes publiés ce jour.

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Jean Figerou : La Lune d’Espiau http://editions-hache.com/?p=55 Mon, 27 Aug 2007 21:43:26 +0000 http://editions-hache.com/?p=55

C’est toujours malheur la montagne mais surtout cette montagne-là elle l’est en grand, c’est écrit dans ses pierres. Elles sont noires d’être trop blanches. Surtout à la lune mauvaise. D’ailleurs personne n’y monte à la lune mauvaise. Ça hallucine trop là-haut.

Avec La Lune d’Espiau, en deux épisodes publiés ce jour par Hache, Jean Figerou poursuit dans la veine pyrénéenne de Hourquette d’Ancizan. Tragique, radotage, faux proverbes, vraie gnaque, et la saloperie de modernité dans le fond.

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Autour de Hache http://editions-hache.com/?p=54 Wed, 13 Jun 2007 13:53:52 +0000 http://editions-hache.com/?p=54 Méduses (Hache 2005) d’Antoine Brea est republié au Québec par Le Quartanier. Signalons aussi dans la foulée qu’Alban Lefranc (La Vraie Vie, Hache 2001) a publié en 2006 Des foules, des bouches, des armes chez Melville Éditeur.

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L’Europe païenne, entretien avec Guillaume Faye http://editions-hache.com/?p=52 Mon, 02 Apr 2007 16:58:39 +0000 http://editions-hache.com/?p=52 Hache publie L’Europe païenne, un entretien très riche de Christopher Gérard (directeur de la revue Antaios) avec Guillaume Faye, qui nous intéresse notamment aux trois titres suivants.

D’abord, l’entretien introduit, loin de tout folklore, une sensibilité païenne forte et authentique. Les athées que beaucoup d’entre nous sommes oublions parfois que ce fameux christianisme dont nous sommes supposés porter le deuil, échoués sur le rivage lunaire d’un monde absurde, est un apport culturel d’origine extérieure à l’Europe qui n’a fait que se greffer sur la tradition spirituelle européenne du paganisme. Si cette sensibilité et cette morale pré-chrétiennes nous parlent aujourd’hui encore, n’est-ce pas que, d’une façon ou d’une autre, elles persistent en nous ?

Ensuite, il englobe et réconcilie dans ce cadre les deux attitudes apparemment antagonistes que sont l’amour de la nature (et tout le versant traditionnel et d’acceptation, douce ou tragique, du monde tel qu’il est, et de notre existence comme non séparée de lui) et le mouvement prométhéen (dépassement des limites), abondamment illustré par les ambitions techniques grandioses présentées ailleurs sur ce site. Il offre ce faisant un recadrage intéressant de ces dernières par rapport à leur théorisation américaine progressiste voire messianique (Singularité) originale.

Enfin, il manifeste une approche qu’il nous plaît, au moment de démarrer cette nouvelle collection d’essais, de donner en exemple : indépendance d’esprit, liberté, rejet spontané de la lourdeur référentielle et de l’obscurité, et continuité de la pensée avec la vie, inspirée par l’expérience et visant l’action.

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Jean Figerou : Hourquette d’Ancizan http://editions-hache.com/?p=49 Wed, 28 Mar 2007 14:17:32 +0000 http://editions-hache.com/?p=49

On est pittoresque. Tout à l’heure on était que des brebis galeuses maintenant on est pittoresque comme un dépliant touristique et bientôt on sera exotique comme un cul caraïbe vahiné dans leur réserve. On est l’indigène de service à l’étal. Ils vont nous planter trois plumes dans le cul, nous mastiquer des tatouages de serpent, nous faire manger des chenilles, nous broder des jupettes en raphia à l’ouvroir et nous faire danser à la nègre les jours de pluie ces saloperies de fonctionnaires gradés.

Tout en gravissant avec peine la hourquette d’Ancizan (col de montagne), forcé de compléter par quelque cochonnaille le régime démobilisant qu’on lui a prescrit — vraiment toutes ces saloperies-là de végétaux, ça ne vous nourrit pas un homme —, un berger pyrénéen sexagénaire évoque sa situation difficile, les fonctionnaires du ministère, l’ours slovène, l’immigration, et la splendeur de ses bêtes ensonnaillées qui paquent sur le pla.

Drôle, franc, bagarreur, lumineux, le texte est livré en 2 épisodes paraissant tous deux aujourd’hui, et suivi d’un lexique de haut gascon (paquer = paître ; pla = plateau).

Jean Figerou : Hourquette d’Ancizan

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Paul Kodama : La Feuille sacrée http://editions-hache.com/?p=48 Tue, 27 Mar 2007 12:49:19 +0000 http://editions-hache.com/?p=48

Les douaniers te cueilleront sur la passerelle. Mademoiselle, s’il vous plaît. Un jeune homme en civil te demandera ton passeport. Il t’emmènera au fond d’un bureau exigu. Tu penseras le séduire peut-être. Tu te diras, quelle chance, ce garçon si gentil ! Ses mains propres n’auront rien de commun avec celles d’un paysan inculte. Il te posera des questions. Tu ne sauras pas répondre. Il insistera. Tu écarquilleras tes yeux, déçue par ce manque de tact.

Hache publie La Feuille sacrée de Paul Kodama. Reprenant l’univers sud-américain de Derrière la vitre (nouvelle du même auteur, Hache 2005), ce texte bref déroule un drame ordinaire de l’émigration malheureuse, vu et prévu, depuis le pays d’émigration, par un narrateur occidental décadent.

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Essais : nouvelle collection de Hache pour temps critiques http://editions-hache.com/?p=51 Wed, 14 Mar 2007 17:09:34 +0000 http://editions-hache.com/?p=51 Hache démarre ce jour une nouvelle collection Essais.

Plutôt que de partir de zéro, nous reprenons le fonds, ou plutôt le fil du site Transition [en fait seulement quelques textes clés]. Transition, créé il y a 4 ans jour pour jour, s’intéressait au développement technique et à son impact présent et à venir sur nos sociétés. Du pamphlet primitiviste-révolutionnaire de Theodore Kaczynski au manifeste hyper-progressiste du mouvement extropien, un petit nombre de textes clés d’inspirations diverses ont été publiés, souvent dans des traductions originales. Des perspectives extrêmes, telles que l’immortalité physique ou la Singularité (explosion supposée d’intelligence artificielle), ont été envisagées.

Alors que Transition se concentrait sur le développement technique accéléré et les ruptures que celui-ci fait craindre ou souhaiter, la collection Essais de Hache élargit son champ de réflexion, tout en conservant l’idée de crise au cœur de son constat et de ses préoccupations.

En matière de crise la hache nous servira aussi bien que la transition, si on se rappelle que la crise est décision (grec krisis) et décider trancher (latin decidere)…

Crises

Redoutable du point de vue de l’ordre provisoirement établi, mais pas nécessairement négative d’un point de vue surplombant, la crise est le moment décisif où un ordre se défait et où, dans la contradiction, la confusion, parfois la souffrance, un autre ordre se prépare. C’est le temps des décisions et des actes fondateurs ; c’est aussi le temps de la résolution des problèmes par leur absence de solution, dans un retour du réel qui tranche lui-même les contradictions.

La crise se présente d’abord à l’esprit sous la forme de premières fois inattendues indiquant une rupture d’équilibre. Le 11 septembre 2001 vient à l’esprit, mais on pourrait aussi bien mentionner, plus près de nous, le second tour inédit de la présidentielle de 2002, l’arrêt par le peuple du processus d’intégration européenne démarré 50 ans plus tôt, les émeutes des banlieues prenant pour la première fois une dimension nationale, ou même l’élection présidentielle à venir dans un mois, avec pas moins de 4 présidentiables et qui se réclament tous de la rupture.

Un effort modeste d’interprétation permet de dégager, à partir de ces événements et de beaucoup d’autres, des crises multiples, partiellement interdépendantes, sur différents espaces et échelles de temps : crise culturelle (adhésion problématique aux idées de progrès, de modernité, au modèle occidental), crise spirituelle (effondrement du christianisme, évanouissement des fins dans la rationalisation des moyens, contexte égalitariste et marchand prévalant sur les idéaux traditionnels d’élévation et de dépassement), crise politique française (crise de la représentation, crise de la responsabilité, de l’autorité, de la légitimité, faiblesse face aux intérêts économiques, abandon de souveraineté au profit d’une UE trouvée floue et dangereusement impuissante), crise politique mondiale (fin de l’ordre mondial bipolaire après désintégration de l’Union soviétique, montée de l’islam, guerre d’Irak, contestation multiple de la domination américaine), crise économique locale et menace de crise financière, menace de crise écologique (changement climatique et épuisement des ressources), crise démographique européenne et flux migratoires vers l’Europe, crise sociale (atomisation sociale, multiculturalisme et communautarisation, montée des phénomènes d’émeute, des atteintes aux personnes et de la violence gratuite), crise identitaire (colonisation et décolonisation, brassage des populations, perte des repères traditionnels, déculturation).

Nous vivons aussi des crises qui ne nous apparaissent pas comme telles, à cause de leur très grande échelle de temps et du fait que nous n’avons jamais connu autre chose, mais qui s’éclairent quand on les reconnaît comme crises : explosion cognitive et sociale de l’hominisation, prise de conscience par l’homme de sa mortalité, sédentarisation, dualisme monothéiste séparant l’homme de la nature, essor culturel et technoscientifique, urbanisation, industrialisation, informatisation, perspectives de l’autotransformation et de l’autodestruction, transformation par l’homme de son environnement au point qu’il se retrouve, parfois, étranger et inadapté à lui.

Ligne éditoriale

Alors, nous voici, souriants et perplexes, un peu distraits mais pas trop quand même, plongés dans la confusion post-moderne depuis notre naissance, modérément inspirés par la génération qui nous a précédés, et doutant que tout cela puisse continuer ainsi encore très longtemps.

Les essais que Hache publiera fourniront chacun un point de repère possible d’un chemin en construction au travers et au-delà de cette grande zone critique, sans dogmatisme ni souci excessif du politiquement correct, avec l’ouverture, la rigueur, l’intelligence et la clarté qu’on peut.

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Spitzberg, épilogue http://editions-hache.com/?p=3 Mon, 13 Feb 2006 02:04:20 +0000 http://localhost/editions-hache/?p=3

On tiendra pas cinq minutes de plus. On est en congère. Faut lancer un SOS et évacuer le navire.

Épilogue de Spitzberg : la « fortune de mer » redoutée et pressentie, avec un autre équipage. Le texte perd son narrateur, quitte son intériorité et remonte – en même temps que le bateau menace de sombrer – à la surface.

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Spitzberg de Jean Figerou : avant-dernier épisode http://editions-hache.com/?p=4 Mon, 30 Jan 2006 02:07:57 +0000 http://localhost/editions-hache/?p=4

Aucune peur ne se lève, c’est comme si nous touchions l’innocence dans une euphorie froide et donc mesurée, mûre, infiniment adulte, la cervelle ivre de glace mais le corps toute mesure, tenue et retenue, planté sobre de tout désir.

Huitième épisode de Spitzberg de Jean Figerou, où se conclut le voyage accompli par le narrateur et ses camarades autour de Svalbard. On fait face enfin à l’ours fantasmé, et on est saisi d’une prémonition. Le texte lui-même se conclura la semaine prochaine avec un épilogue.

À noter aussi quelques ajouts dans la page des échos critiques, concernant Spitzberg et le texte de Saulnier publié la semaine dernière (L’Amie). N’hésitez pas à nous envoyer vos contributions.

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L’Amie, de Bernard Saulnier, page Critiques, suite de Spitzberg de Jean Figerou http://editions-hache.com/?p=5 Fri, 27 Jan 2006 02:11:09 +0000 http://localhost/editions-hache/?p=5 1. Bernard Saulnier : L’Amie

Je fais une soupe, on la partage tu parles comme une intime des puissants. Ça m’irrite et c’est pire quand tu commences à chanter. Je récite le Notre Père devant la télé, je prie pour toi.

Nouveau texte de Bernard Saulnier, L’Amie évoque les fluctuations d’une relation amicale du narrateur avec une jeune femme qui attend le salut dans la publication de son roman. « Y’a rien de réjouissant à montrer son orgueil dans de l’ouvrage de laissé-pour-compte », cependant. « Tu sais la nature fait pas d’artistes c’est elle l’artiste. Toi aussi dékoncrissée que tu sois tu te bats mais faut cesser. Je les vois partout les petits violents qui veulent te faire la peau. Moi j’habite le quartier des multi-poqués. Je me sens bien avec mes semblables dans l’arc-en-ciel de la misère. C’est un asile à ciel ouvert. »

2. Page Critiques

Hache a donc ouvert une page Critiques, qui accueille vos commentaires sur des textes publiés (et en contient déjà quelques uns).

3. Jean Figerou : Spitzberg (7)

La sterne arctique n’est qu’une boule de courage.

Suite de Spitzberg !

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Costes chez Fayard, Spitzberg de Figerou, Gendron chez Zinc Editions http://editions-hache.com/?p=6 Mon, 16 Jan 2006 14:11:13 +0000 http://localhost/editions-hache/?p=6 D’abord une information : Fayard publiera le 15 février un roman de Jean-Louis Costes, Grand Père, qui reprend le thème du récit publié par Hache (Mon grand-père, immigré fasciste raciste anti-français, Hache 2001).

Site consacré au roman

Ensuite, et après une brève interruption…

Là, devant, à tutoyer l’étrave une longue grève de sable, blonde et oblongue, à la conche parfaite, jusqu’au vertige. Et la mer de l’ourler de friandises d’écume. Cette plage de sable connaît le clair blond, le blanc, le lait, l’ocre, le jaune lumière, le beige doux, la nacre luminescente, le bleu, le beurre très frais et le rance et même parfois le rose jusqu’au sang du rouge. Mais seulement pour les cœurs purs. Elle n’en finit pas de s’allonger sous le vent, libre de toute glace.

Ensuite donc (chance !) c’est deux nouveaux somptueux épisodes de Spitzberg de Jean Figerou, qui lui non plus, certes, n’en finit pas de s’allonger. Beauté se densifiant et s’affinant encore des évocations naturelles, manoeuvres et mouillages périlleux, et inopinée et brûlante au milieu des glaces, la rencontre d’une jeune femme.

Signalons aussi, dans un registre plus léger, que la nouvelle de Sébastien D. Gendron Le feu est une invention de gonzesse, les vrais hommes vivent dans le noir (Hache 2001) est publiée dans un format original et illustré sous le titre Miss Acapulco par Zinc Editions, avec une bande annonce vidéo à consulter sur le site réalisée par Sébastien D. Gendron…

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Jean Figerou : Spitzberg (4) http://editions-hache.com/?p=8 Mon, 02 Jan 2006 10:29:57 +0000 http://editions-hache.local/?p=8

Le temps est blond, le courage de glace. Demain s’ouvre.

Suite de SPITZBERG.

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Jean Figerou : Spitzberg (3) http://editions-hache.com/?p=9 Mon, 26 Dec 2005 10:33:23 +0000 http://editions-hache.local/?p=9

Entassés, délabrés, encaqués, moisis, ils vivaient culbutés les uns sur les autres sans jamais connaître le moindre répit de solitude, le moindre geste attendri, la plus petite volupté d’amour ou même de sympathie. . . C’était l’ère de la graisse cétacée. Le temps était à l’orgie. Partout des champs de dépouilles, des cimetières de cadavres, hommes et bêtes pêle-mêlés, des ruines de four à fondre le gras, de mini-villes pour mini-communautés hargneuses et bagarreuses. Vie d’enfer, dans un bagne permanent de gras, rongés de scorbut comme l’écrivent les tombes d’hommes et de cétacés mêlés sans fin sur la caillasse du crime au fond de baies ravagées.

3e et particulièrement bel épisode de SPITZBERG de Jean Figerou, qui revient sur l’histoire de la fréquentation humaine sanglante de l’archipel de Svalbard. Puis l’équipage s’arrête dans une cabane, repart, accoste à nouveau. Le paysage est décrit. Le narrateur mange une pomme, fait du pain. Quand tout à coup…

Ceux qui aimeraient s’y retrouver géographiquement peuvent suivre le parcours du bateau sur cette carte, avec les points de passages : Norvège (pas sur la carte), île aux Ours (pas sur la carte), cap Sörk, Hornsund, Bellsund, Van Mijenfjord, Longyearbyen, terre du Prince Charles, dépassement du 80e parallèle, Verlegenhuken.

À ceux qui sont sincères et qui sont sensibles, je souhaite un 2006 moins confus que 2005, même si je crains que les éclaircissements se fassent encore un peu attendre.

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Jean Figerou : Spitzberg (2) http://editions-hache.com/?p=10 Mon, 19 Dec 2005 00:34:50 +0000 http://editions-hache.local/?p=10

La banquise est immense. L’heure est à la prière.

Suite de Spitzberg de Jean Figerou, qui alterne récit et contemplation et voit l’équipage, qui fait toujours cap au nord, atteindre l’archipel et le longer à l’ouest ; mettre pied à terre, prendre des risques, être méprisé.

Joyeux, ou pas trop pénible selon les cas, Noël.

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Jean Figerou : Spitzberg http://editions-hache.com/?p=11 Mon, 12 Dec 2005 00:35:41 +0000 http://editions-hache.local/?p=11

La mer est longue. Et toujours cette gîte éternelle, tribord amure ! Mais quand ce bateau se relèvera-t-il ? Les estomacs maronnent. Ça joue pagaille dans les ventres. La mer jette ses paquets à la face. Trois jours que ça dure le petit calvaire, trois jours que l’on est parti. Certains dans l’équipage ont rendu leur âme.

Deux choses :

1. Jean Figerou : Spitzberg

D’abord, début ce soir du grand poème païen euphorique SPITZBERG de Jean Figerou, journal de bord stylé d’un voyage en Hyperborée (après ceux de Stephane Ilinski), c’est-à-dire au nord du nord de la Norvège et donc de l’Europe, dans l’archipel de Svalbard, autour de la banquise, immense de corps et d’échos. On y reviendra.

Svalbard vue du ciel

2. Vos commentaires critiques

Ensuite, sans volontarisme excessif ni intention de débat, Hache s’entrouvre aux lecteurs et invite les plus attentifs d’entre vous à nous communiquer de petits textes critiques concernant des textes publiés sur le site. Parlez de ce qui vous importe. Il est probable (obscurité des critères et totale absence de justification garanties) qu’ils seront publiés dans une page ad hoc.

À l’envoi, vous préciserez si votre critique, au cas où elle serait retenue, doit être publiée avec votre nom (voire email, voire lien vers votre site web) ou non.

On se réjouit de vous lire.

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Antoine Brea : Méduses – 11e et dernier chapitre http://editions-hache.com/?p=12 Mon, 28 Nov 2005 00:37:29 +0000 http://editions-hache.local/?p=12

Tu suffoques d’être le plus repoussé des êtres, mais tu n’as pas un sourire pour autrui et sans arrêt soupires à propos de l’atrocité de ta position ou de ces grands rêves excédés qui te vandalisent.

On termine ce soir la publication de MÉDUSES d’Antoine Brea, avec, en épilogue, une lettre à Jimmy, double imaginaire du narrateur encore plus mal en point que lui, déjà apparu sous forme d’ami d’enfance, de frère, de la mort elle-même, mort lui-même et à présent interné.

La lettre relate un entretien du narrateur avec le psychiatre responsable : les sentiments de celui-ci sur Jimmy et son analyse de ses troubles vitaux. Magistral, parlant, d’une ironie délectable, le chapitre apporte au roman une conclusion ambigue.

Méduses – 11e et dernier chapitre

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Antoine Brea : Méduses – chapitre 10 http://editions-hache.com/?p=13 Mon, 21 Nov 2005 00:43:05 +0000 http://editions-hache.local/?p=13

Toute de pensionnaire vêtue, la mort racaille me demande si ça va. Ça va merci, et je continue. Dans la cuisine les odeurs sont louches, puant l’ail, l’urine, suffocantes. L’intelligence me pique mais ça banque. J’ai un peu mal à la cécité mais ok. À l’époque, m’adressé-je à la mort — maintenant clairement identifiée, sans l’ombre d’un doute, malgré mes yeux émondés —, à l’époque les filles sont veuves en général et les hommes massacrés.

Voici le très bel avant-dernier chapitre de MÉDUSES d’Antoine Brea, dense en écriture et en actions. Le narrateur, qui continue à reconnaître la mort dans le moindre de ses interlocuteurs, retrouve la pensionnaire (du trio précédemment évoqué), se confie à elle et lui fait un récit clé du temps de la guerre. Arrive ce qui arrive. À lire.

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Antoine Brea : Méduses – chapitre 8 et 9 http://editions-hache.com/?p=14 Mon, 14 Nov 2005 00:43:37 +0000 http://editions-hache.local/?p=14

Par convention je t’appellerai maman, de temps à autre si tu permets.

10 000 voitures brûlées plus tard, et après une interruption d’une semaine en ce qui nous concerne, Hache reprend ses publications avec une livraison importante, soit deux nouveaux chapitres inédits de MÉDUSES d’Antoine Brea. Dans le premier, le narrateur évoque un temps mal situé où, sortant d’un séjour supposé réparateur, il envisage rendre visite à sa mère ; dans le second cette visite se confirme, se répète, devient hebdomadaire, tandis qu’un étrange trio se forme par l’adjonction d’une aide à domicile engagée par la mère. Lyrique.

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Antoine Brea : Méduses – chapitre 5 à 7 http://editions-hache.com/?p=15 Mon, 31 Oct 2005 00:44:16 +0000 http://editions-hache.local/?p=15

Je ne suis pas vétérinaire, mais le sujet me paraît devoir être sanglé bien à l’horizontale, placé sous appareils à électrocution, calmé-choqué en tri-injections sublinguales, ramené loin de nos femmes et des habitations.

Suite de Méduses d’Antoine Brea avec les chapitres 5 à 7 (les deux premiers avaient été publiés en extraits, tandis que le dernier, le 7, comme tous ceux à venir, est inédit).

Chapitre 5. Une nouvelle jeune fille, qui conclut la série. Montée confuse et contrainte de son désir, évoquée-perçue de façon belle et délicate, et son dénouement. Puis nouvelle rencontre du narrateur, dans le métro, avec le morbide Jimmy Namiasz, frère / ami d’enfance / amant / double halluciné du narrateur : Dans son sommeil, les yeux de Jimmy sont éteints. De grands phalènes viennent pourtant s’y poser, qui vivent dans les excavations. Jimmy les ôte mécaniquement, il les dévore sans se réveiller ce qui fait rire tout le monde.

Chapitre 6. Le narrateur affronte Jimmy, identifié à la mort (c’est de lui que parle le narrateur dans l’extrait donné plus haut).

Chapitre 7. Début de la seconde partie du roman. Visite du narrateur à sa mère et à son père malade (mentalement absent). La mère a un problème avec son fils, le fils avec sa mère. Le texte reprend la forme épistolaire, d’écritures aux personnes qui existent : Je ne me sentais pas bien ma mère et, comment dire, ulcéré.

Dans la langue, les écarts s’accentuent et se systématisent, à la fois précautions pour évoquer une névralgique intimité et outils pour l’approfondir et la transformer.

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Antoine Brea : Méduses – chapitre 4 http://editions-hache.com/?p=16 Mon, 24 Oct 2005 00:45:19 +0000 http://editions-hache.local/?p=16

Et il faut le croire, le lendemain tu marchais, loin de moi tête basse, des égards plein le corps, et sur la plage on s’allongeait, nus, à distance, nus pratiquement, hystériques, frigides comme des sphinx. Si bien que quelquefois je m’interroge : tout cela s’est-il vécu ? Dans ma matière instable là-haut n’ai-je pas fantasmé ?

Suite de Méduses d’Antoine Brea, avec aujourd’hui le quatrième chapitre, inédit (4 pages dans le format PDF compact proposé sur le site pour l’impression, soit une dizaine de pages en format livre).

Nouvelle saillie dans la mémoire du narrateur, nouvelle femme. Le narrateur va passer quelques jours de vacances dans un pays chaud, chez une amie récemment rencontrée. Est-ce la même femme qu’une de celles déjà mentionnées, mais avant ? On ne sait pas. Mais c’est bien le même narrateur, avec sa matière instable là-haut ; il arrive à l’aéroport, à grand peine traverse la ville en taxi et termine le chemin à pied, peignant tout de couleurs effroyables ; puis se présente devant elle, qui ne pouvait pas venir le chercher.

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Antoine Brea : Méduses – chapitres 1 à 3 http://editions-hache.com/?p=17 Mon, 17 Oct 2005 00:45:23 +0000 http://editions-hache.local/?p=17

J’avais contracté l’engagement, on s’était tailladé les veines et frappé dans les mains. […] À moi il faut dire il en coûtait si peu : j’étais un criminel en vogue, convaincu de meurtres sériels, l’Ennemi dangereux à la hallebarde, on avait retrouvé dans ma cave des morceaux de disparues de l’Yonne, je fascinais les foules, les schmidts étaient à la poursuite de moi, en plus j’étais récidiviste, plusieurs condamnations à vivre par contumace et j’avais pris perpèt’. J’étais le fils du néant, l’enfant au regard dévoré des méduses, celui dont ne parle aucune prophétie, dont le temps n’a pas gardé trace, un corps numéroté aux organes revendus à un prix sacrifié.

Glauque, toxique, informe, saisissant de lumière filtrée colorée et de pure beauté, voici Méduses d’Antoine Brea (Papillon, Hache 2000 ; Fauv, Hache 2001).

C’est son plus long texte à ce jour (environ deux fois Fauv ; un livre), et c’est aussi le plus dense ; moins clos dans sa forme que les deux précédents, mais plus aventureux et plus lourd d’affects et d’invention.

Le narrateur s’y débat avec des femmes, un ami d’enfance mal en point, une mère qui se dérobe, un père moribond. Tout ne va pas bien pour lui, et il n’est pas parfait. Mais le texte, qui le voit se tordre et menacer de se défaire, médusé par ces êtres comme autant de Gorgones, agrandit, creuse, transpose, donne à voir et fait rire ; c’est dans ce défi relevé et cette création, à nouveau, que réside l’exemplarité.

Des extraits avaient déjà été publiés sur Hache sous le titre Sphinx, incluant les 3 premiers épisodes publiés ce soir (d’où 3 épisodes d’un coup plutôt qu’un seul). Lundi prochain, on poursuit avec de l’inédit.

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Paul Kodama : Derrière la vitre http://editions-hache.com/?p=18 Mon, 03 Oct 2005 00:46:02 +0000 http://editions-hache.local/?p=18 Hache est de retour avec Derrière la vitre, de Paul Kodama (La Nuit du chômeur – Une histoire dont vous êtes le héros, 2004, Hache). Pas d’extrait pour ce texte, en exergue de cette annnonce, comme on fait habituellement : vous comprendrez pourquoi en le lisant.

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Stephane Ilinski : Lettre à un neurologue installé http://editions-hache.com/?p=19 Mon, 30 May 2005 00:46:44 +0000 http://editions-hache.local/?p=19

Sous votre séant, sur le coussin de votre siège, sorte mauvaise copie-conforme Everstyl au blanc cassé crasseux à faire se repentir un publicitaire allemand, je vous collerais un, deux, trois Malabars.

Tandis que l’incertitude gagne les esprits et fait renoncer aux projets les plus grandioses, Hache poursuit dans sa voie de la littérature et publie aujourd’hui lundi 30 mai 2005 Lettre à un neurologue installé de Stephane Ilinski.

Confronté à ce qu’on devine être des révélations médicales préoccupantes, quoique ne le concernant pas lui-même, le narrateur de ce texte assez bref, tout en ne perdant pas un mot du discours médical savant qui lui est addressé, voit son esprit impuissant battre la campagne entre bonne blague qui rapproche et ultraviolence.

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Jean Figerou : Dame pipi http://editions-hache.com/?p=20 Sun, 22 May 2005 00:53:08 +0000 http://editions-hache.local/?p=20

Parfois il y a des gens si beaux qui entrent dans mes toilettes que j’ai envie de les avaler. Parfois. Si. Mais c’est rare comme l’exception. Je les caresserais partout et les lécherais partout si j’osais. Ils enchantent toute la journée. C’est comme des oiseaux. Ils sont si beaux. Ils prennent tout l’air du ciel. Mais très vite on les oublie parce que le lendemain est lugubre, rien de beau ne vient pénétrer les toilettes et l’ennui nous habille alors toute la journée. On ronronne dans l’ennui du quotidien. Le jour est tellement morose qu’il est en dépression de lui-même. Si. On vit comme évacué, tout vide, sans rêve, on vit à petite mort. Pendant des jours et des jours il n’y a plus de soleil pour les yeux. C’est ainsi. On n’a à se mettre sous les lunettes que Momo qui est le plus petit des gardiens, qui est si malingre qu’il n’est qu’un bout d’homme. Il a toujours l’air d’un petit poulet tout rat bout gris. Sûr que c’est pas lui qui pourrait donner le change ! Ah malheur, malheur ! Il est plus laid qu’une vessie qui papouille ses rides. Dès que vous le voyez, vous avez envie de vous avorter. Quand il parle, on a toujours l’impression qu’il va remonter le cul de sa mère. Si. Dès qu’on le voit c’est pénitence.

Hache publie Dame pipi, de Jean Figerou, du même calibre, pour ceux qui s’en souviennent, que Promenade promenée (Hache 2004).

La dame en charge des toilettes d’un jardin public parisien y assume la fonction de narrateur ; on apprend pourquoi elle n’ouvre pas toujours quand ça devrait théoriquement être ouvert, le problème avec les clochards, son ennui et ses émerveillements.

Nulle sociologie, nuls bons sentiments ; la force gaie de la moquerie et de la vraie douceur, dans une langue pseudo-réaliste personnelle.

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Bernard Saulnier : Beaver et l’Américain http://editions-hache.com/?p=21 Mon, 21 Mar 2005 00:54:14 +0000 http://editions-hache.local/?p=21

L’Américain dit Dieu est dans ma vie. Il croit pouvoir surmonter toutes les épreuves. Moi Dieu je sais pas. Estie que j’m’haïs ! Beaver ! Haïs-toé pauvre carcasse. Ciboère que c’est toffe à soère.

Hache publie Beaver et l’Américain de Bernard Saulnier (Montréal), un auteur présent dès l’origine de Hache, mais dont on n’avait plus rien publié depuis l’été 2001 (le fameux été 2001).

Le narrateur, bénéficiaire de l’aide sociale, s’essaie au travail : il porte des caisses, tandis que son collègue, américain, conduit la camionnette. Il raconte, songe, se plaint, se reprend, synthétise : Je suis qu’une oreille qui écoute délirer un camionneur américain. Une voix l’apostrophe (Beaver ! Beaver !) et le défie, c’est une jeune femme dont il se souvient : Attends j’ai encore des choses à te dire ça fait pas mal de se faire sauter le cerveau. Il évoque un atelier de croissance personnelle, son père ; lâche quelques confidences isolées.

Un glossaire de joual (français canadien populaire parfois utilisé par Saulnier) est donné à la fin du texte.

Ciboère < --- juron (ciboire) que c'est toffe <--- dur, cf. anglais tough à soère <--- ce soir

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Scruter la Singularité, par Eliezer S. Yudkowsky http://editions-hache.com/?p=47 Wed, 12 May 2004 11:43:05 +0000 http://editions-hache.com/?p=47 [Des archives du site Transition] Transition publie aujourd’hui un texte saisissant, dans une traduction originale et exclusive.

L’intelligence artificielle (la programmation d’ordinateurs pour réaliser des tâches que nous percevons comme intelligentes et non comme mécaniques) a, aussitôt que le concept en est né, suscité des attentes grandioses, à commencer par celle d’intelligences artificielles de niveau humain. L’article historique de Turing, Computing Machinery and Intelligence, écrit en 1950, en témoigne.

Il y a beaucoup de choses à dire sur l’histoire de l’IA dans la deuxième partie du 20e siècle, qui expliqueraient pourquoi et comment elle n’a pas répondu à ces attentes grandioses, mais une seule suffira ici. La capacité de calcul brute d’un cerveau humain semble pouvoir être estimée à 1017 opérations par seconde. Or les capacités de calcul dont a disposé l’IA jusqu’ici sont, relativement à cette estimation, dérisoires. Et c’est de fait encore le cas aujourd’hui.

Pour combien de temps ? La capacité de calcul d’origine artificielle augmente depuis la création des premiers ordinateurs, et elle augmente même rapidement. Plus précisément, elle augmente exponentiellement, et plus précisément encore, elle double tous les deux ans. Votre ordinateur 600 MHz était un ordinateur de millieu de gamme quand vous l’avez acheté en 2000. Mais 2 ans plus tard, en 2002, le milieu de gamme était à 1,2 GHz (= 2 x 600 MHz). Et 2 ans plus tard, c’est-à-dire aujourd’hui, le milieu de gamme est à 2,4 GHz, soit une fréquence d’horloge quatre fois supérieure à votre ordinateur de 2000, qui est pour cette raison devenu obsolète.

Ce taux de progression est remarquablement stable. On peut même prolonger la courbe vers le passé au-delà des années 60 jusqu’au début du siècle, et ce qu’on obtient correspond aux performances des machines de traitement symbolique mécaniques disponibles à l’époque.

Que se passe-t-il si on prolonge cette courbe, non vers le passé, mais vers l’avenir ? Dans combien d’années atteint-on l’équivalence humaine, le moment où un ordinateur aura, indépendamment de son logiciel, la même capacité brute qu’un cerveau humain ? 1000 ans ? Un million d’années ? En fait, on atteint cette équivalence dans 17 ans, en 2021.

On peut en outre spéculer que, lorsque cette équivalence est atteinte, très rapidement l’intelligence artificielle passe très loin au-delà du niveau d’équivalence.

L’objet du texte que nous publions aujourd’hui est d’annoncer cela, de justifier cette annonce, d’essayer de décrire ce qui se passe alors, de reconnaître que ça ne peut pas être décrit, d’essayer d’en donner une idée quand même, et d’en tirer des conséquences pratiques. Son auteur, Eliezer S. Yudkowsky, Américain issu d’une famille juive orthodoxe, chercheur indépendant auprès du Singularity Institute for Artificial Intelligence qu’il a lui-même créé, en a rédigé la version initiale en 1996, à l’âge de 17 ans.

Scruter la Singularité, par Eliezer S. Yudkowsky

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Theodore Kaczynski : La Société industrielle et son Avenir ; Max More : Principes extropiens ; Manifeste des Mutants http://editions-hache.com/?p=45 Sun, 03 Aug 2003 16:33:10 +0000 http://editions-hache.com/?p=45 [Des archives du site Transition] Nous publions aujourd’hui trois nouveaux textes, qui sont autant de « visions », exprimant chacune une perspective générale sur notre avenir et une attitude vis-à-vis de celui-ci et du développement technique :

  1. La Société industrielle et son avenir, par Theodore Kaczynski :

    I’m going to make me a good sharp axe
    Shining steel tempered in the fire
    Will chop you down like an old dead tree
    Dirty old town
    Dirty old town

    Ce texte, malgré son statut très particulier dû aux conditions de sa publication et à la trajectoire de son auteur, peut être considéré comme un classique de la réflexion sur notre avenir. Il est publié intégralement sur Transition, en traduction française et dans la version originale anglaise (avec des liens, paragraphe par paragraphe, d’une version à l’autre, permettant une consultation facile du texte original en cas de besoin).

    Le texte exprime un pessimisme radical face au développement technique, et annonce, sous l’effet de ce développement, une transformation négative inéluctable de la société qui, si elle subsiste sous sa forme actuelle, ne pourrait le faire qu’en dépouillant les individus du minimum de liberté qui leur est existentiellement nécessaire.

    Son auteur Theodore Kaczynski, Américain d’origine polonaise, ancien professeur assistant en mathématiques de l’université de Berkeley (Californie), est aussi l’auteur d’une série d’attentats au colis piégé contre des professeurs d’université et d’autres personnalités, entre la fin des années 70 et le début des années 90, entraînant la mort de 3 personnes et de nombreux blessés.

    En 1995, il fait publier cet essai par deux des plus grands quotidiens américains avec la promesse qu’il cessera ses attentats en cas de publication, et sous la menace de les reprendre dans le cas contraire. Ayant fait l’objet d’une des plus grandes chasses à l’homme de toute l’histoire du FBI, il n’est cependant finalement arrêté que sur dénonciation de son propre frère qui, ayant reconnu ses idées dans le manifeste paru dans la presse, indique à la police la cabane dans le Montana où il vit seul depuis sa démission de l’université en 1969. Il est emprisonné depuis pour le reste de ses jours.

    Au-delà de ces circonstances éditorialo-biographiques, et quels que soient les sentiments que peut inspirer une telle démarche, les arguments de Kaczynski (qui cohabitent en lui avec un désir de vengeance qu’il reconnaît) méritent d’être considérés. Le texte est par ailleurs bien écrit et c’est une lecture stimulante.

  2. Principes Extropiens 3.0 :

    Opposé polaire du précédent, ce texte présente la vision optimiste de Max More, Californien d’origine anglaise (né à Bristol sous le nom de Max T. O’Connor), fondateur du mouvement extropien.

    Intelligents, pragmatiques, sauvagement optimistes, suscitant une dérision réflexe qui ne les trouble guère, les Extropiens sont un groupe américain qui se projette dans l’avenir muni de ces sept visions et attitudes : Progrès perpétuel – Transformation de soi – Optimisme pratique – Technologie intelligente – Société ouverte – Auto-orientation – Pensée rationnelle. [L’Extropy Institute a fermé ses portes en 2006.]

  3. Le manifeste des Mutants :

    Le collectif Mutant ne porte ni le pessimisme et la destruction de Kaczynski, ni l’optimisme humaniste des Extropiens. Individualistes, ils expriment leur lassitude d’une société française obsédée du principe de précaution, et leur fascination pour les perspectives techniques d’autotransformation. [Les Mutants se sont dissouts en 2007.]

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C’est parti http://editions-hache.com/?p=46 Fri, 14 Mar 2003 11:43:05 +0000 http://editions-hache.com/?p=46 [Des archives du site Transition] « Transition » est le nom finalement choisi pour le site web initialement baptisé « Evolution ». Les inscrits à la liste de diffusion evolution ont été silencieusement basculés sur la nouvelle liste.

Si « l’évolution » biologique de l’espèce humaine par sélection naturelle est un concept-clé dans la réflexion à laquelle nous souhaitons faire place, la partie prospective de cette réflexion ne concerne pas une poursuite de cette évolution. En effet, le démarrage de l’évolution culturelle, et son accélération récente (agriculture et écriture il y a quelques millénaires, invention de la science moderne il y a quelques siècles, invention puis réalisation des ordinateurs il y a quelques dizaines d’années), rend la poursuite des mécanismes lents de l’évolution génétique plus ou moins indifférente. Les transitions prévisibles, positives (« Singularité » par exemple) ou négatives (autodestruction, ou diminution des libertés et aliénation), sont trop proches et trop massives pour que l’impact de l’évolution biologique à venir puisse utilement être pris en considération à ce stade. Nous vivons un instant de transition, qui est un point dans l’histoire de la vie.

La perte de pertinence de l’évolution par sélection naturelle n’est d’ailleurs pas forcément définitive. Une reproduction / procréation qui se donnerait libre cours, avec toute la puissance de technologies à venir, pourrait rétablir à terme, pour le meilleur et pour le pire, la pertinence, dans les échelles de temps humaines, d’une forme d’évolution par sélection naturelle.

Quoi qu’il en soit, prendre conscience de l’évolution comme origine, ça n’est pas embrasser l’évolution (la même évolution, selon la même logique) comme devenir ; de comment nous sommes devenus ce que nous sommes ne suit pas comment nous voulons continuer à changer. De fait (et c’est la raison principale pour laquelle le nom « Evolution » aurait été malheureux), c’est même largement contre l’évolution et sa logique que nous souhaitons réaliser / orienter une transition. Nous devons certes à l’évolution notre existence même, et notre extraordinaire développement cognitif, et ce qui a été construit grâce à lui, jusqu’à ce message que je vous envoie ; mais elle est aussi responsable d’aspects de la vie qui laissent à désirer, des guerres, du vieillissement et de la mort — responsable dans le sens où ces problèmes, cruellement ressentis par les individus, n’en sont pas du point de vue de l’évolution.

Mais nous reviendrons sur tout cela.

Pour des raisons circonstancielles (affaire Martinot et opportunité médiatique populaire, qui ne s’est d’ailleurs pas réalisée en fin de compte), le site Transition vient de démarrer avec quelques textes sur la cryonie et l’immortalité.

La cryonie consiste à préserver un corps dans son état au moment de la mort plutôt que de le laisser « retourner à la poussière », dans l’idée que des techniques à venir pourraient faire usage de cet état du corps pour rétablir un individu vivant.

Sur quoi un tel espoir repose-t-il ? La réponse courante aujourd’hui est : les nanotechnologies et la nanomédecine. On évoque des nanorobots qui iront réparer les dommages causés par la congélation / vitrification dans les cellules, et ceux causés par le vieillissement et l’affection qui a causé la mort.

Tout cela est à prendre en considération, et est évoqué dans le texte de Drexler publié sur le site, mais j’aimerais offrir une réflexion plus fondamentale. Un acquis décisif de la biologie est la réalisation qu’il n’existe pas de « matière vivante » distincte de la « matière inerte ». Ce qui différencie le vivant de l’inerte est l’organisation de cette matière, qui est intrinsèquement la même dans les deux cas (mêmes atomes). Or l’organisation peut être capturée dans de l’information. En principe, si cette information est conservée, l’individu peut être reconstitué à partir d’elle. Les atomes qui forment son corps ne manquent pas ; il nous faut seulement savoir comment ils sont organisés et placés les uns par rapport aux autres. Si nous savons cela, ça n’est plus qu’un problème technique (et énergétique) que de reconstruire l’individu en question.

Nous pouvons même supposer que cette organisation qui fait l’individu peut exister dans un autre substrat que sa chair biologique. Ou même que les parties qui nous importent dans cette organisation peuvent exister indépendament d’autres parties.

Voilà pour l’aspect théorique fondamental. Préserver l’organisation d’un corps, et notamment l’organisation cérébrale qui renferme ses souvenirs et sa personnalité, rend son rétablissement théoriquement possible ; si le corps est incinéré, par contre, ou simplement enterré, l’information est perdue, et la mort mérite cette fois pleinement son nom, étant nécessairement définitive.

Un article est aussi publié contenant une réflexion générale sur l’immortalité par David Nicholas, banquier à la City de Londres.

Sur le plan terminologique, il faudrait d’ailleurs disposer d’un nouveau mot pour une telle « immortalité », si on ne veut pas provoquer de malentendus dans de telles discussions. En effet, la « mortalité » de l’homme, c’est le fait qu’il est « voué à la mort », c’est-à-dire qu’il mourra nécessairement. Le concept contradictoire n’est pas celui de la vie éternelle que suggère « immortalité », mais celui de la non-nécessité de sa mort. Un être qui aurait résolu le problème de la sénescence peut très bien mourir dans un incendie. Ainsi nous avons deux « immortalités » : celle qui s’est simplement débarrassée de la mort nécessaire, et celle qui s’est définitivement mise à l’abri de la mort.

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Éditions Hache : littérature

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Précisions

15/10/2007

Le cycle pyrénéen de Jean Figerou publié ces dernières semaines trouve ses limites (5 textes en 8 épisodes) et son nom : Cimes en abîmes.

La harangue aux auteurs a été renouvelée.

Le Dit du temps haut, de Jean Figerou

24/09/2007

Le soleil se lève comme une honte dans la vallée.

Figerou fait parfois, devant la beauté, s’abîmer la pensée ; soit elle se rompt à force de tension, et bat la campagne, soit elle s’humilie et se replie sur elle-même et se contredit ou se répète. Il nous fait justement le coup à force de sublime en commençant ce texte qui met fin, provisoirement en tout cas, à son cycle pyrénéen, avant de poser la question : Où ? La plaine pollue l’âme de ses miasmes, la montagne étire trop l’âme vers l’éther. Où vais-je me poser ? et d’y répondre. L’odeur douce de l’aimée absente accompagne.

Le Dit du temps haut, de Jean Figerou

Jean Figerou : L’Agriculture en pot et sans potiron

17/09/2007

Enfin ces tomates ça nous a valu que pluie de moqueries. Ça nous a dissout l’orgueil.

Hache publie une miniature de Figerou, 2 pages rougissantes toujours du même ensemble en construction. Lundi prochain, du lourd, du final.

Jean Figerou : L’Agriculture en pot et sans potiron

La Première Dernière Balade, de Jean Figerou

03/09/2007

Je me demande si la montagne nous aime. C’est idiot bien sûr mais je me le demande ? Je souffre tellement à la gravir, je me demande si elle m’en est reconnaissante ? Je crains que ce soit illusion, y a rien de plus dur que la pierre. (…) D’ailleurs qu’importe qu’elle ne m’aime pas. Il y a infiniment plus de joie à aimer qu’à être aimé en amour. Je suis une fournaise de soleil dans mon malheur ascensionnel. Je souffre tellement que je ne peux l’aimer qu’à déborder. Je souffre le miracle. Aimer c’est avoir le feu dans le ventre, c’est être supplicié de bonheur en enfer de joie incandescente. Être aimé c’est juste un peu de sucre sur le gâteau en cerise, c’est pas l’essentiel.

Au début ça paraît long ; on s’engage et à peine engagé on se sent déjà fatigué. Empêché par une sage fierté de faire demi-tour, gentiment on prend le rythme, on se détend, on se réveille, la joie monte. C’est comme l’ascension d’un 3.000 et c’est la troisième étape du circuit pyrénéen de Figerou, dont le narrateur, après le berger obsolescent et la veuve tapageuse des deux étapes précédentes, pourrait cette fois être l’auteur, alpiniste du dimanche, ami du sublime mais à la condition physique un peu juste.

La Première Dernière Balade, de Jean Figerou, en deux épisodes publiés ce jour.

Jean Figerou : La Lune d’Espiau

27/08/2007

C’est toujours malheur la montagne mais surtout cette montagne-là elle l’est en grand, c’est écrit dans ses pierres. Elles sont noires d’être trop blanches. Surtout à la lune mauvaise. D’ailleurs personne n’y monte à la lune mauvaise. Ça hallucine trop là-haut.

Avec La Lune d’Espiau, en deux épisodes publiés ce jour par Hache, Jean Figerou poursuit dans la veine pyrénéenne de Hourquette d’Ancizan. Tragique, radotage, faux proverbes, vraie gnaque, et la saloperie de modernité dans le fond.

Autour de Hache

13/06/2007

Méduses (Hache 2005) d’Antoine Brea est republié au Québec par Le Quartanier. Signalons aussi dans la foulée qu’Alban Lefranc (La Vraie Vie, Hache 2001) a publié en 2006 Des foules, des bouches, des armes chez Melville Éditeur.

Jean Figerou : Hourquette d’Ancizan

28/03/2007

On est pittoresque. Tout à l’heure on était que des brebis galeuses maintenant on est pittoresque comme un dépliant touristique et bientôt on sera exotique comme un cul caraïbe vahiné dans leur réserve. On est l’indigène de service à l’étal. Ils vont nous planter trois plumes dans le cul, nous mastiquer des tatouages de serpent, nous faire manger des chenilles, nous broder des jupettes en raphia à l’ouvroir et nous faire danser à la nègre les jours de pluie ces saloperies de fonctionnaires gradés.

Tout en gravissant avec peine la hourquette d’Ancizan (col de montagne), forcé de compléter par quelque cochonnaille le régime démobilisant qu’on lui a prescrit — vraiment toutes ces saloperies-là de végétaux, ça ne vous nourrit pas un homme —, un berger pyrénéen sexagénaire évoque sa situation difficile, les fonctionnaires du ministère, l’ours slovène, l’immigration, et la splendeur de ses bêtes ensonnaillées qui paquent sur le pla.

Drôle, franc, bagarreur, lumineux, le texte est livré en 2 épisodes paraissant tous deux aujourd’hui, et suivi d’un lexique de haut gascon (paquer = paître ; pla = plateau).

Jean Figerou : Hourquette d’Ancizan

Paul Kodama : La Feuille sacrée

27/03/2007

Les douaniers te cueilleront sur la passerelle. Mademoiselle, s’il vous plaît. Un jeune homme en civil te demandera ton passeport. Il t’emmènera au fond d’un bureau exigu. Tu penseras le séduire peut-être. Tu te diras, quelle chance, ce garçon si gentil ! Ses mains propres n’auront rien de commun avec celles d’un paysan inculte. Il te posera des questions. Tu ne sauras pas répondre. Il insistera. Tu écarquilleras tes yeux, déçue par ce manque de tact.

Hache publie La Feuille sacrée de Paul Kodama. Reprenant l’univers sud-américain de Derrière la vitre (nouvelle du même auteur, Hache 2005), ce texte bref déroule un drame ordinaire de l’émigration malheureuse, vu et prévu, depuis le pays d’émigration, par un narrateur occidental décadent.

Spitzberg, épilogue

13/02/2006

On tiendra pas cinq minutes de plus. On est en congère. Faut lancer un SOS et évacuer le navire.

Épilogue de Spitzberg : la « fortune de mer » redoutée et pressentie, avec un autre équipage. Le texte perd son narrateur, quitte son intériorité et remonte – en même temps que le bateau menace de sombrer – à la surface.

Spitzberg de Jean Figerou : avant-dernier épisode

30/01/2006

Aucune peur ne se lève, c’est comme si nous touchions l’innocence dans une euphorie froide et donc mesurée, mûre, infiniment adulte, la cervelle ivre de glace mais le corps toute mesure, tenue et retenue, planté sobre de tout désir.

Huitième épisode de Spitzberg de Jean Figerou, où se conclut le voyage accompli par le narrateur et ses camarades autour de Svalbard. On fait face enfin à l’ours fantasmé, et on est saisi d’une prémonition. Le texte lui-même se conclura la semaine prochaine avec un épilogue.

À noter aussi quelques ajouts dans la page des échos critiques, concernant Spitzberg et le texte de Saulnier publié la semaine dernière (L’Amie). N’hésitez pas à nous envoyer vos contributions.

L’Amie, de Bernard Saulnier, page Critiques, suite de Spitzberg de Jean Figerou

27/01/2006

1. Bernard Saulnier : L’Amie

Je fais une soupe, on la partage tu parles comme une intime des puissants. Ça m’irrite et c’est pire quand tu commences à chanter. Je récite le Notre Père devant la télé, je prie pour toi.

Nouveau texte de Bernard Saulnier, L’Amie évoque les fluctuations d’une relation amicale du narrateur avec une jeune femme qui attend le salut dans la publication de son roman. « Y’a rien de réjouissant à montrer son orgueil dans de l’ouvrage de laissé-pour-compte », cependant. « Tu sais la nature fait pas d’artistes c’est elle l’artiste. Toi aussi dékoncrissée que tu sois tu te bats mais faut cesser. Je les vois partout les petits violents qui veulent te faire la peau. Moi j’habite le quartier des multi-poqués. Je me sens bien avec mes semblables dans l’arc-en-ciel de la misère. C’est un asile à ciel ouvert. »

2. Page Critiques

Hache a donc ouvert une page Critiques, qui accueille vos commentaires sur des textes publiés (et en contient déjà quelques uns).

3. Jean Figerou : Spitzberg (7)

La sterne arctique n’est qu’une boule de courage.

Suite de Spitzberg !

Costes chez Fayard, Spitzberg de Figerou, Gendron chez Zinc Editions

16/01/2006

D’abord une information : Fayard publiera le 15 février un roman de Jean-Louis Costes, Grand Père, qui reprend le thème du récit publié par Hache (Mon grand-père, immigré fasciste raciste anti-français, Hache 2001).

Site consacré au roman

Ensuite, et après une brève interruption…

Là, devant, à tutoyer l’étrave une longue grève de sable, blonde et oblongue, à la conche parfaite, jusqu’au vertige. Et la mer de l’ourler de friandises d’écume. Cette plage de sable connaît le clair blond, le blanc, le lait, l’ocre, le jaune lumière, le beige doux, la nacre luminescente, le bleu, le beurre très frais et le rance et même parfois le rose jusqu’au sang du rouge. Mais seulement pour les cœurs purs. Elle n’en finit pas de s’allonger sous le vent, libre de toute glace.

Ensuite donc (chance !) c’est deux nouveaux somptueux épisodes de Spitzberg de Jean Figerou, qui lui non plus, certes, n’en finit pas de s’allonger. Beauté se densifiant et s’affinant encore des évocations naturelles, manoeuvres et mouillages périlleux, et inopinée et brûlante au milieu des glaces, la rencontre d’une jeune femme.

Signalons aussi, dans un registre plus léger, que la nouvelle de Sébastien D. Gendron Le feu est une invention de gonzesse, les vrais hommes vivent dans le noir (Hache 2001) est publiée dans un format original et illustré sous le titre Miss Acapulco par Zinc Editions, avec une bande annonce vidéo à consulter sur le site réalisée par Sébastien D. Gendron…

Jean Figerou : Spitzberg (4)

02/01/2006

Le temps est blond, le courage de glace. Demain s’ouvre.

Suite de SPITZBERG.

Jean Figerou : Spitzberg (3)

26/12/2005

Entassés, délabrés, encaqués, moisis, ils vivaient culbutés les uns sur les autres sans jamais connaître le moindre répit de solitude, le moindre geste attendri, la plus petite volupté d’amour ou même de sympathie. . . C’était l’ère de la graisse cétacée. Le temps était à l’orgie. Partout des champs de dépouilles, des cimetières de cadavres, hommes et bêtes pêle-mêlés, des ruines de four à fondre le gras, de mini-villes pour mini-communautés hargneuses et bagarreuses. Vie d’enfer, dans un bagne permanent de gras, rongés de scorbut comme l’écrivent les tombes d’hommes et de cétacés mêlés sans fin sur la caillasse du crime au fond de baies ravagées.

3e et particulièrement bel épisode de SPITZBERG de Jean Figerou, qui revient sur l’histoire de la fréquentation humaine sanglante de l’archipel de Svalbard. Puis l’équipage s’arrête dans une cabane, repart, accoste à nouveau. Le paysage est décrit. Le narrateur mange une pomme, fait du pain. Quand tout à coup…

Ceux qui aimeraient s’y retrouver géographiquement peuvent suivre le parcours du bateau sur cette carte, avec les points de passages : Norvège (pas sur la carte), île aux Ours (pas sur la carte), cap Sörk, Hornsund, Bellsund, Van Mijenfjord, Longyearbyen, terre du Prince Charles, dépassement du 80e parallèle, Verlegenhuken.

À ceux qui sont sincères et qui sont sensibles, je souhaite un 2006 moins confus que 2005, même si je crains que les éclaircissements se fassent encore un peu attendre.

Jean Figerou : Spitzberg (2)

19/12/2005

La banquise est immense. L’heure est à la prière.

Suite de Spitzberg de Jean Figerou, qui alterne récit et contemplation et voit l’équipage, qui fait toujours cap au nord, atteindre l’archipel et le longer à l’ouest ; mettre pied à terre, prendre des risques, être méprisé.

Joyeux, ou pas trop pénible selon les cas, Noël.

Jean Figerou : Spitzberg

12/12/2005

La mer est longue. Et toujours cette gîte éternelle, tribord amure ! Mais quand ce bateau se relèvera-t-il ? Les estomacs maronnent. Ça joue pagaille dans les ventres. La mer jette ses paquets à la face. Trois jours que ça dure le petit calvaire, trois jours que l’on est parti. Certains dans l’équipage ont rendu leur âme.

Deux choses :

1. Jean Figerou : Spitzberg

D’abord, début ce soir du grand poème païen euphorique SPITZBERG de Jean Figerou, journal de bord stylé d’un voyage en Hyperborée (après ceux de Stephane Ilinski), c’est-à-dire au nord du nord de la Norvège et donc de l’Europe, dans l’archipel de Svalbard, autour de la banquise, immense de corps et d’échos. On y reviendra.

Svalbard vue du ciel

2. Vos commentaires critiques

Ensuite, sans volontarisme excessif ni intention de débat, Hache s’entrouvre aux lecteurs et invite les plus attentifs d’entre vous à nous communiquer de petits textes critiques concernant des textes publiés sur le site. Parlez de ce qui vous importe. Il est probable (obscurité des critères et totale absence de justification garanties) qu’ils seront publiés dans une page ad hoc.

À l’envoi, vous préciserez si votre critique, au cas où elle serait retenue, doit être publiée avec votre nom (voire email, voire lien vers votre site web) ou non.

On se réjouit de vous lire.

Antoine Brea : Méduses – 11e et dernier chapitre

28/11/2005

Tu suffoques d’être le plus repoussé des êtres, mais tu n’as pas un sourire pour autrui et sans arrêt soupires à propos de l’atrocité de ta position ou de ces grands rêves excédés qui te vandalisent.

On termine ce soir la publication de MÉDUSES d’Antoine Brea, avec, en épilogue, une lettre à Jimmy, double imaginaire du narrateur encore plus mal en point que lui, déjà apparu sous forme d’ami d’enfance, de frère, de la mort elle-même, mort lui-même et à présent interné.

La lettre relate un entretien du narrateur avec le psychiatre responsable : les sentiments de celui-ci sur Jimmy et son analyse de ses troubles vitaux. Magistral, parlant, d’une ironie délectable, le chapitre apporte au roman une conclusion ambigue.

Méduses – 11e et dernier chapitre

Antoine Brea : Méduses – chapitre 10

21/11/2005

Toute de pensionnaire vêtue, la mort racaille me demande si ça va. Ça va merci, et je continue. Dans la cuisine les odeurs sont louches, puant l’ail, l’urine, suffocantes. L’intelligence me pique mais ça banque. J’ai un peu mal à la cécité mais ok. À l’époque, m’adressé-je à la mort — maintenant clairement identifiée, sans l’ombre d’un doute, malgré mes yeux émondés —, à l’époque les filles sont veuves en général et les hommes massacrés.

Voici le très bel avant-dernier chapitre de MÉDUSES d’Antoine Brea, dense en écriture et en actions. Le narrateur, qui continue à reconnaître la mort dans le moindre de ses interlocuteurs, retrouve la pensionnaire (du trio précédemment évoqué), se confie à elle et lui fait un récit clé du temps de la guerre. Arrive ce qui arrive. À lire.

Antoine Brea : Méduses – chapitre 8 et 9

14/11/2005

Par convention je t’appellerai maman, de temps à autre si tu permets.

10 000 voitures brûlées plus tard, et après une interruption d’une semaine en ce qui nous concerne, Hache reprend ses publications avec une livraison importante, soit deux nouveaux chapitres inédits de MÉDUSES d’Antoine Brea. Dans le premier, le narrateur évoque un temps mal situé où, sortant d’un séjour supposé réparateur, il envisage rendre visite à sa mère ; dans le second cette visite se confirme, se répète, devient hebdomadaire, tandis qu’un étrange trio se forme par l’adjonction d’une aide à domicile engagée par la mère. Lyrique.

Antoine Brea : Méduses – chapitre 5 à 7

31/10/2005

Je ne suis pas vétérinaire, mais le sujet me paraît devoir être sanglé bien à l’horizontale, placé sous appareils à électrocution, calmé-choqué en tri-injections sublinguales, ramené loin de nos femmes et des habitations.

Suite de Méduses d’Antoine Brea avec les chapitres 5 à 7 (les deux premiers avaient été publiés en extraits, tandis que le dernier, le 7, comme tous ceux à venir, est inédit).

Chapitre 5. Une nouvelle jeune fille, qui conclut la série. Montée confuse et contrainte de son désir, évoquée-perçue de façon belle et délicate, et son dénouement. Puis nouvelle rencontre du narrateur, dans le métro, avec le morbide Jimmy Namiasz, frère / ami d’enfance / amant / double halluciné du narrateur : Dans son sommeil, les yeux de Jimmy sont éteints. De grands phalènes viennent pourtant s’y poser, qui vivent dans les excavations. Jimmy les ôte mécaniquement, il les dévore sans se réveiller ce qui fait rire tout le monde.

Chapitre 6. Le narrateur affronte Jimmy, identifié à la mort (c’est de lui que parle le narrateur dans l’extrait donné plus haut).

Chapitre 7. Début de la seconde partie du roman. Visite du narrateur à sa mère et à son père malade (mentalement absent). La mère a un problème avec son fils, le fils avec sa mère. Le texte reprend la forme épistolaire, d’écritures aux personnes qui existent : Je ne me sentais pas bien ma mère et, comment dire, ulcéré.

Dans la langue, les écarts s’accentuent et se systématisent, à la fois précautions pour évoquer une névralgique intimité et outils pour l’approfondir et la transformer.

Antoine Brea : Méduses – chapitre 4

24/10/2005

Et il faut le croire, le lendemain tu marchais, loin de moi tête basse, des égards plein le corps, et sur la plage on s’allongeait, nus, à distance, nus pratiquement, hystériques, frigides comme des sphinx. Si bien que quelquefois je m’interroge : tout cela s’est-il vécu ? Dans ma matière instable là-haut n’ai-je pas fantasmé ?

Suite de Méduses d’Antoine Brea, avec aujourd’hui le quatrième chapitre, inédit (4 pages dans le format PDF compact proposé sur le site pour l’impression, soit une dizaine de pages en format livre).

Nouvelle saillie dans la mémoire du narrateur, nouvelle femme. Le narrateur va passer quelques jours de vacances dans un pays chaud, chez une amie récemment rencontrée. Est-ce la même femme qu’une de celles déjà mentionnées, mais avant ? On ne sait pas. Mais c’est bien le même narrateur, avec sa matière instable là-haut ; il arrive à l’aéroport, à grand peine traverse la ville en taxi et termine le chemin à pied, peignant tout de couleurs effroyables ; puis se présente devant elle, qui ne pouvait pas venir le chercher.

Antoine Brea : Méduses – chapitres 1 à 3

17/10/2005

J’avais contracté l’engagement, on s’était tailladé les veines et frappé dans les mains. […] À moi il faut dire il en coûtait si peu : j’étais un criminel en vogue, convaincu de meurtres sériels, l’Ennemi dangereux à la hallebarde, on avait retrouvé dans ma cave des morceaux de disparues de l’Yonne, je fascinais les foules, les schmidts étaient à la poursuite de moi, en plus j’étais récidiviste, plusieurs condamnations à vivre par contumace et j’avais pris perpèt’. J’étais le fils du néant, l’enfant au regard dévoré des méduses, celui dont ne parle aucune prophétie, dont le temps n’a pas gardé trace, un corps numéroté aux organes revendus à un prix sacrifié.

Glauque, toxique, informe, saisissant de lumière filtrée colorée et de pure beauté, voici Méduses d’Antoine Brea (Papillon, Hache 2000 ; Fauv, Hache 2001).

C’est son plus long texte à ce jour (environ deux fois Fauv ; un livre), et c’est aussi le plus dense ; moins clos dans sa forme que les deux précédents, mais plus aventureux et plus lourd d’affects et d’invention.

Le narrateur s’y débat avec des femmes, un ami d’enfance mal en point, une mère qui se dérobe, un père moribond. Tout ne va pas bien pour lui, et il n’est pas parfait. Mais le texte, qui le voit se tordre et menacer de se défaire, médusé par ces êtres comme autant de Gorgones, agrandit, creuse, transpose, donne à voir et fait rire ; c’est dans ce défi relevé et cette création, à nouveau, que réside l’exemplarité.

Des extraits avaient déjà été publiés sur Hache sous le titre Sphinx, incluant les 3 premiers épisodes publiés ce soir (d’où 3 épisodes d’un coup plutôt qu’un seul). Lundi prochain, on poursuit avec de l’inédit.

Paul Kodama : Derrière la vitre

03/10/2005

Hache est de retour avec Derrière la vitre, de Paul Kodama (La Nuit du chômeur – Une histoire dont vous êtes le héros, 2004, Hache). Pas d’extrait pour ce texte, en exergue de cette annnonce, comme on fait habituellement : vous comprendrez pourquoi en le lisant.

Stephane Ilinski : Lettre à un neurologue installé

30/05/2005

Sous votre séant, sur le coussin de votre siège, sorte mauvaise copie-conforme Everstyl au blanc cassé crasseux à faire se repentir un publicitaire allemand, je vous collerais un, deux, trois Malabars.

Tandis que l’incertitude gagne les esprits et fait renoncer aux projets les plus grandioses, Hache poursuit dans sa voie de la littérature et publie aujourd’hui lundi 30 mai 2005 Lettre à un neurologue installé de Stephane Ilinski.

Confronté à ce qu’on devine être des révélations médicales préoccupantes, quoique ne le concernant pas lui-même, le narrateur de ce texte assez bref, tout en ne perdant pas un mot du discours médical savant qui lui est addressé, voit son esprit impuissant battre la campagne entre bonne blague qui rapproche et ultraviolence.

Jean Figerou : Dame pipi

22/05/2005

Parfois il y a des gens si beaux qui entrent dans mes toilettes que j’ai envie de les avaler. Parfois. Si. Mais c’est rare comme l’exception. Je les caresserais partout et les lécherais partout si j’osais. Ils enchantent toute la journée. C’est comme des oiseaux. Ils sont si beaux. Ils prennent tout l’air du ciel. Mais très vite on les oublie parce que le lendemain est lugubre, rien de beau ne vient pénétrer les toilettes et l’ennui nous habille alors toute la journée. On ronronne dans l’ennui du quotidien. Le jour est tellement morose qu’il est en dépression de lui-même. Si. On vit comme évacué, tout vide, sans rêve, on vit à petite mort. Pendant des jours et des jours il n’y a plus de soleil pour les yeux. C’est ainsi. On n’a à se mettre sous les lunettes que Momo qui est le plus petit des gardiens, qui est si malingre qu’il n’est qu’un bout d’homme. Il a toujours l’air d’un petit poulet tout rat bout gris. Sûr que c’est pas lui qui pourrait donner le change ! Ah malheur, malheur ! Il est plus laid qu’une vessie qui papouille ses rides. Dès que vous le voyez, vous avez envie de vous avorter. Quand il parle, on a toujours l’impression qu’il va remonter le cul de sa mère. Si. Dès qu’on le voit c’est pénitence.

Hache publie Dame pipi, de Jean Figerou, du même calibre, pour ceux qui s’en souviennent, que Promenade promenée (Hache 2004).

La dame en charge des toilettes d’un jardin public parisien y assume la fonction de narrateur ; on apprend pourquoi elle n’ouvre pas toujours quand ça devrait théoriquement être ouvert, le problème avec les clochards, son ennui et ses émerveillements.

Nulle sociologie, nuls bons sentiments ; la force gaie de la moquerie et de la vraie douceur, dans une langue pseudo-réaliste personnelle.

Bernard Saulnier : Beaver et l’Américain

21/03/2005

L’Américain dit Dieu est dans ma vie. Il croit pouvoir surmonter toutes les épreuves. Moi Dieu je sais pas. Estie que j’m’haïs ! Beaver ! Haïs-toé pauvre carcasse. Ciboère que c’est toffe à soère.

Hache publie Beaver et l’Américain de Bernard Saulnier (Montréal), un auteur présent dès l’origine de Hache, mais dont on n’avait plus rien publié depuis l’été 2001 (le fameux été 2001).

Le narrateur, bénéficiaire de l’aide sociale, s’essaie au travail : il porte des caisses, tandis que son collègue, américain, conduit la camionnette. Il raconte, songe, se plaint, se reprend, synthétise : Je suis qu’une oreille qui écoute délirer un camionneur américain. Une voix l’apostrophe (Beaver ! Beaver !) et le défie, c’est une jeune femme dont il se souvient : Attends j’ai encore des choses à te dire ça fait pas mal de se faire sauter le cerveau. Il évoque un atelier de croissance personnelle, son père ; lâche quelques confidences isolées.

Un glossaire de joual (français canadien populaire parfois utilisé par Saulnier) est donné à la fin du texte.

Ciboère < --- juron (ciboire) que c'est toffe <--- dur, cf. anglais tough à soère <--- ce soir

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