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Johnny et Pénis

Bernard Saulnier

juillet 2000

Juché dans un lit sous les combles avec un ami. Un jouet me fatigue on s’en débarrasse. Attends ! Attends ! Je m’y mets je cherche des moyens de m’abrutir, le spectacle commence en retard je connais les chansons y’a qu’une seule partie. Je mange avec Johnny et Pénis on parle de choses sérieuses comme la souffrance impalpable insondable. Les fumeurs d’herbe manifestent pour légaliser, ça fait une belle somme de psychose toxique, les punks jouent avec leur chien dans le parc. La lumière est diffuse au pied des arbres derrière le monument. Hier au couchant le ciel était bleu indigo. Qu’est ce qui est absurde ? Ionesco ? Je regarde Théorème de Pasolini. Got to work ! Je cherche un champ, un chant ? La plomberie crie, ça cogne sur les murs. Y’a vingt-cinq marches pour me rendre chez le concierge. J’ai toujours la vessie comme une éponge mal tordue. Un long dimanche, j’écoute une sonate, comment sortir de soi, éteindre cet instinct déréglé.

Je passe mes vacances à la pool room avec d’autre bums. On sacre, on jure, on fume, on se donne des airs d’hommes devant la pin ball machine. Les petites filles nous démangent. Y se passe jamais grand-chose, de temps en temps un étranger vient jouer une partie il nous montre des trucs de billard. Les gars sérieux sont pas là ils se sont trouvé du boulot. Nous, les désœuvrés, on s’enfile quelques bières on prend la vie pour une longue partie de fun, inconscients, sans espoir. Je suis à la maison de ma sœur assis sur un fauteuil devant deux grandes fenêtres. C’est une vieille maison hantée par je ne sais quel démon. Rainy day, dream away, il pleut je dors au gaz. Je cherche un chemin, une voie pas toute tracée mais avec des repères. Je peux pas déjouer le destin ça sera ce que ça sera. J’ai vu en rêve une porte à demi ouverte. J’ai croisé un type dans un bar, vient du lac. J’en toke un ! Je divague à la hue va je suis dans le silence, j’ai de la difficulté à placer les choses au bon endroit, dans une perspective juste. J’ai les narines bloquées, les cloisons nasales qui collent. L’air entre pas je respire par la bouche, ça vous fait de cette morve. C’te saloperie… C’te saloperie… J’ai un de ces creux je boufferais de la vache crue. J’entends des voix qui me tiraillent une à gauche l’autre à droite. Johnny capote parce que je lui ai donné du crosseur du face de tueur. Comme dit la passante des après-midi d’échevelé, j’ai trop fumé. Yes Sir ! Je pensais qu’elle me knockerait qu’elle jetterait ma niaiserie par terre.

Johnny rafraîchit ses pantalons avec de l’eau de l’abreuvoir. Y’a des urgences qui se vivent dans le silence captif dans une grande maison avec l’odeur du pain. Je pleure. Ça se peut-tu que la ville rende fou ? Et puis y’a ce rayon de lumière sur le lit défait, la table encombrée, le tapis brûlé, les cendriers pleins. Je suis avec Johnny devant une école rénovée, on nous fait visiter. Je veux louer un local. La femme refuse reste les appartements Lyne, les logements Daniel. Pénis se promène dans le parc offre des fellations dans les buissons. Johnny cherche une station de radio cool pour refroidir sa flamme. Il écoute des chansons douces, il écoute des chansons douces parce que sa vie est invivable. Johnny a le cœur qui saigne il pleure sur des chansons d’amours finies. Ça lui rappelle que la vie a pas toujours été comme ça. Pénis vit pour la baise, toujours pressé, une fois saoul il raconte des histoires plus salées que son nom. Parfois il mange des osties de volées bières renversées, crottes de nez, sperme, salive comme s’ils vomissaient sur lui. Johnny y fête ses vingt-cinq ans de rumba. La sueur me pisse dans le front, moé demander quelque chose ça me tue, en face dans le parc ça se câline. Perdu là-dedans comme une roche de cinquante tonnes. J’attends, j’attends comme un idiot autour, pas un mot, ça bruisse ça se déplace feutré. Johnny est introuvable même au centre culturel allemand, c’est rough l’allemand. Suis speedé, y’a autre chose a faire dans la vie, quoi ? Johnny marche les cheveux en toque le torse nu. Pénis discute towing dans son cellulaire. Un accident banal, Pénis voit que des culs partout peut pas s’empêcher de tchèker serait mieux aux danseuses fait trop noir peut pas lire. Ça court, ça s’agite, y vont se rentrer ça dans la tête, des mots, des mots, des photos, allright ! Let’s go ! Y’a pas que… qui est hystérique moi aussi… Je cours comme un chien fou, les plafonds sont hauts ça soigne l’angoisse. They talk loud ! Quel con je suis devenu Pénis au talon, Johnny dans la brume. Pénis veut me la mettre dans le cul. Johnny a fait des cauchemars, he is in deep shit. Pénis part à la chasse aux paumés aux désœuvrés, essaiera de leur soutirer de l’argent pour la protection. Il en fait sa journée sur une terrasse à regarder les chandails à pitons, fier de sa décadente passion il se fait aller la yeule tire sur tout ce qui bouge. Ouais ! Pour l’instant y’a que des autobus qui passent devant, à la job, à la shop. Pénis rigole en calant des pichets de bière. Johnny sur la scène débite des borborygmes des insanités pour se faire haïr de la barmaid. Il voit rien aveuglé par le follow spot, encore, il se ferme les yeux, deux trois clients quittent le reste boit dans le néant.

Je dois pogner la fille au vol mais comment savoir, rester là à me curer les ongles. Je m’invente des histoires pour une inconnue qui a fait un faux numéro. Je descends l’escalier devant moi y’a deux chiens et le maître, j’arrive dans le parking des jeunes noires montent dans une voiture. Une blonde sniffe une ligne pendant que le chauffeur détache ses pantalons. Il explique qu’il en a une à toutes les destinations. Pénis a la bouche qui pue comme les effluves d’un cancer des intestins qui remontent ses boyaux quand il parle c’est de la merde. Lola’s Paradise. Johnny rêve à Lola. I saw Barbie in Dorval and her marvelous dollhouse.

Journée de sandblast ! Sablage au jet, la machine, la patente, je sais plus moi ! J’ai du sable partout. J’ai essayé d’aider du mieux que j’ai pu, trimballé les sacs, brassé la patente, débuté par un meulage. La journée est passée, I’m back ! Les cuisses me font mal. Johnny s’en est fait tailler une Pénis aussi. Moi, j’ai mangé des saucisses italiennes défraîchies sur de la musique de Steve Reich après j’ai éteint la radio allumé une cigarette. Je sens comme un carcan de fer autour de mon crâne, une couronne avec des électrodes, d’habitude c’est le début, le début de la psychose mes neurones font tilt et je me retrouve à étudier le dictionnaire à propos des mots qui me passent dans la tête. J’ai de la poussière noire dans le nez ça rend la respiration difficile. Johnny et Pénis ont disparu. Blue sky on the start of a new millenium ! Ouais ! J’ai somnolé sur des planchers de chêne orgiaque, j’ai les fesses comme un sirloin steak. Pénis tient Johnny toujours assis sur lui accoté à un mur ça fait un bon bouclier. Johnny il a toutes sortes de substances dans le sang, il est jaune hépatite. On a jeté deux câbles tout juste bons à se pendre. Je rêve des petites hippies de Dorval qui nous montrent leurs boules. Signe des dieux ? Un cadavre d’oiseau noir traîne sur le bord du trottoir devant le marchand Michelin. Un lourd son de basse comme un battement de cœur. Y’a une odeur de pot coin Saint-Denis Sainte-Catherine un souffrant désâmé qui s’évade dans la fumée. Un anglophone me demande une cigarette dit qu’il attend un chèque, tout le monde attend un chèque ! Y’é trop tard pour la main ou trop tôt pour la débauche. Une fille se fait aller les jambes sous une table. It’s sad ! La chaleur monte ça fait une distorsion au dessus de l’herbe. I’m on your side OK ! écrit sur un lampadaire y’a au moins une personne de mon côté. Je prends pas beaucoup de risques. Les anglophones de la mission nous gratifient d’un interrogatoire digne de l’inquisition elles se sont payé nos têtes quand on a répondu que nous étions célibataires sans enfant sans argent, elles nous ont classés, homosexuels. Johnny et Pénis they are doing it right ! La bamboche à l’infini, mais moi, moi, pas plus heureux, pas plus malheureux. Des osties de têtes folles, voilà. Les sacs à merde m’en font baver c’est Johnny et Pénis ils sont là me surveillent attendent le premier faux pas y m’y feront goûter à la merde par tous les trous. Elle me parle de la violence comment Pénis lui avait tapé le bras. Y’a la vieille vingt-deux pas de chien, le chapeau de feutre. Johnny pis Pénis se caressent, sont loin du monde. Une troisième couille me pousse. Johnny suce Pénis ils aiment tous les deux ça. Le risque c’est de mourir au fond d’une ruelle. Toutes les journées m’apparaissent semblables avec leur lot de petites misères, y’a rien de plus difficile à protéger qu’une âme mais… Les amants de l’épouvante se gavent de sexe, faute de les rendre heureux c’est un exutoire qui laisse leur tête vide, pas si vide parce qu’après ils ont l’impression d’avoir trahi, coupables d’avoir pris du plaisir avec un homme, avec une femme c’est aussi l’enfer, peuvent pas dire, ça les rend muets, muets de frayeur ils ont le sexe grave se disent toujours que c’est la dernière fois, trompent personne, trompent qu’eux mêmes.

J’ai tant besoin de silence pourquoi rajouter le tumulte audio-visuel à ma quête insolente de paix. Encore un orage qui se prépare les stores s’agitent devant la fenêtre et y’a ce vent doux qui entre en rafales siffle fait claquer les portes. Des cirrus, des cumulus, des stratus, des nimbus, des cirrocumulus, des cumulonimbus voilà de quoi journées après journées le ciel est fait pourtant pas un pareil ils changent avec le vent comme les hommes deviennent courbés après s’être acharnés à une tâche. Eux aussi ils changent veut veut pas ils partent vers l’horizon éternel.

Je me rappelle une partie de rêve, une sodomie, vicieux voilà ce que je suis, hypocrite aussi, je peux exiger des autres, je n’exige que de moi. La vie comme un offertoire païen où on donne la main à un ennemi pour signifier la fin des hostilités. S’entendre dire je te pardonne venu du plus profond de l’âme. Je me vois assis au bar à cruiser des dames de seconde zone je leur parle mitard couche d’ozone. Johnny pis Pénis c’est deux beaux moineaux. Imagine ce que tu veux le pire comme le meilleur, ils se promènent dans un char de freak matant tout ce qu’ils peuvent mater, les filles, les gars qui se promènent les fesses serrées. Ils sont sur la rue Saint-Laurent avec des autochtones un vrai calvaire ils coulent et le savent, ils en restent à leurs histoires de quéquettes, moi je sais pas, devrais sortir ce matin, mauvais signe j’ai un point dans le dos trop de tension. L’adagio pour cordes opus onze de Samuel Barber. La vraie douleur la vraie souffrance ne s’écrit pas les mots sont toujours trop légers pour dire le bouleversement viscéral. Je vais pas aux danseuses veux pas rencontrer Johnny et Pénis bavant devant les seins tombants d’une serveuse, je sais ce que c’est toutes des salopes sauf ma mère. Johnny et Pénis ont tué un être sans défense comme ça sans raison, pour voir, pour sentir ce que ça fait donner la mort à quelque chose qui commence à vivre y’avait même pas de miséricorde comme pour l’empêcher de grandir dans la souffrance d’une vie d’homme. Ils sont conscients et infanticides de quoi faire frémir la plus maudite des mères. Ils cherchent un hôtel cheap rue Saint-Hubert. Une fille leur fait un finger dans le métro comme on ferait à deux pimps véreux, c’est difficile de pas être narcissique dans les rames du métro debout avec son reflet dans la porte. L’enfant répétait it is quite an area here pas loin on vend sa peau comme de la charogne pendant que dans un pseudo restaurant chic deux malfrats se pètent la gueule en riant aux éclats. Y’a kèk ti français qui s’encanaillent dans l’Est, la saveur, la saveur de l’Est, la grosse gomme baloune sur les dents cariées d’un enfant de six ans. Un vrai ostie de Ti-Mé. Murder by number one two three. On me pointe une flashlight dans les yeux. J’ai le diable dans l’âme me triture pour que je m’achève en finisse avec ma vie de fardoche.

Johnny et Pénis sodomisaient des enfants pendant que tout à côté sans en faire de cas on chantait des chansons du recueil de l’abbé Gadbois. Ils se jouent après le paquet en plein jour sur un arrêt d’autobus s’embrassent à pleine bouche. Des saloperies de brutes qui déviargent les enfants. On me crucifie mentalement dans une passion cérébrale le Golgotha est à mille lieues cette croix si lourde lourde comme le néant. La haine prise entre mes deux hémisphères… qu’un tas… qu’un tas… un tas de souffrance mal amanché cette… cette… saloperie monstruosité qui m’embarre dans des chemins épineux y’a des odeurs de camphre. Hier, j’ai pleuré deux fois plutôt qu’une. Y’a cette colère qui gronde en moi, je cherche, Jimi Hendrix jouait Are you experienced ? Moi, j’avais pas d’expérience j’essayais de vivre au jour le jour sans trop m’en faire. Les journées passaient comme de gigantesques orgies. Tous ces costauds… Tous ces balèzes… sont là pour tempérer les Johnny et les Pénis. So ! What’s new ! En pensant à mes dettes le côté gauche de mon torse s’est mis à élancer, j’ai peur que ce soit de l’angine mes doses de café et de cigarettes doivent pas aider. Les deux, assis dans une brasserie se paient la tête de tout le monde, ils oublient de se regarder mais là ils jouent tous le même jeu. Pénis et Johnny parlent dans un vocabulaire de revue porno. Young chante « Old man take a look at my life I’m a lot like you ». Je suis vieux ? À quoi ça sert de s’intéresser à des épaves comme Pénis et Johnny, tu leur parles ils te foutent une trempe te mangent tout rond sans explications. C’est dégueulasse un gars l’a dit l’autre le répète ils vomissent sur les obscénités. La petite fille insistait auprès de ses amies « Y sortent à soère, c’est à soère qu’y sortent », l’autre répond je travaille demain à huit heures je me lève à six heures je peux pas. Je sais bien ça semble sorti tout droit d’un dégénéré. Pis ça se noie dans l’alcool une vraie débauche et on s’en crisse de qui meurt on préfère la mélancolie la neurasthénie. On dit que dans la psychose y’a souvent de la mégalomanie c’est pour faire contrepoids au sentiment d’être moins que rien. Ils bambochent encore à cinq heures du mat gavés d’alcool et de substances cherchent un moyen de faire durer le délire, ils entrent par effraction dans un appartement vident les tiroirs cherchent du cash, ils auront pas plus que cinquante dollars. Pénis stationne la voiture dans une ruelle perdue il sort pendant que Johnny attend. Johnny est sur le gros nerf, le manque, il surveille les voitures veut surtout pas qu’une patrouille fasse un contrôle. Pénis est avec un amant se paie la tête de Johnny. Je commence à me sentir débile je dékalisse. Hell c’est pas un bon nom tout le monde s’appelle Hell mais elle je la suis regarde où elle s’arrête tout ce que j’espère c’est qu’elle entre dans un bar c’est plus facile à ferrer. Pénis m’attend dans l’auto en écoutant du gospel, Pénis il a de la religion même si… Il prie Dieu pour qu’on se la fasse vite fait Christ ! A sacré le camp ! Je l’ai vue partir m’a jeté un regard la salope ! Le type il a l’air tout ce qu’il y a de plus écrivain la pipe… C’est ça la pipe ! Qu’elle me fasse une pipe c’est cave y’a qu’à payer ! Elles sont là à faire le trottoir. Not much talking ! Les bras pleins de trous Pénis shoote Johnny quand il a fini de trembler. Un grand noir gueule que le bus passe trop tard qu’il aime les petits gars. Je me suis fait traiter de chromo. Chromo : toute image en couleur de mauvais goût. Je pète, je pète au frette.

Johnny et Pénis ont rendez-vous sous le pont Jacques Cartier cherchent quelqu’un pour financer un autre trip. Peuvent pas vivre à jeun c’est trop lourd. Cette fois vont y aller pour le stuff brun ils trouvent que ça les rend plus lucides. Ils se sentent libre de foutre la merde partout où ils vont, y’a pas moyen pas moyen de faire autrement… Avant, le vendredi c’était soirée de fête maintenant c’est presque deuil, c’est deuil d’une folie autodestructrice deuil d’une avancée rapide vers la mort. On se demande toujours comment ça se passe chez le notaire… Ils brûleront, brûleront comme le bois mort leurs cendres rappelleront l’envie qui les habitait. Mes deux marteaux jouent au billard, Boston, pour ce qui est de tenir des queues ils en connaissent un bout. Ils reniflent épuisés près de la psychose toxique. Je suis poche ce genre de poche où on met les chatons pour les noyer. Mes deux tarés filent le parfait bonheur essayant d’embarquer dans leur galère tout ce qui passe sur leur chemin. Je suis aussi taré qu’eux je les regarde se détruire avec dévotion. On les trouvera pas dans les chansons de Tom Waits, ils vivent leur désespoir assassin, ils ont tué ce qu’il y’a de beau, la vie. Madness can’t tell it all. Va lire ce qui est écrit dans la ruelle, fuck you ! Sur ton balcon par la porte un parfum de savon le temps est pesant humide ça transpire une odeur d’after shave de pulpeuses lèvres rouges sont affichées elles semblent vouloir embrasser Montréal. Un homme essaie d’écrire sur une serviette de table. Comment ont dit pute en anglais ? A whore, ça klaxonne comme si je faisais la rue. Je pense au Moby Dick d’Herman Melville c’est vrai que je m’attaque à plus gros que moi. Ils fuient de motel en motel sortent seulement la nuit se sentent traqués, c’est plus de la paranoïa toxique. Ils ont retrouvé le cadavre les murs beurrés de sang un enfant décapité démembré les entrailles au vent. C’est pas vrai j’ai jamais vu ça c’est qu’un tissu de mensonges de la romance qui ferait pas peur à un adolescent. Ce que j’ai vu par exemple c’est un homme frappant le sexe de sa fille de six mois elle criait elle pleurait j’ai rien fait je suis parti. J’ai aussi vu une gardienne de douze ans buvant du cognac. Hey le chien ! T’a pas à raconter ça ! C’est passé c’est fini. Mais les filles vivent avec ces blessures pires que la mort. Ce mal qui pèse je veux que ça s’arrête, y’a cette angoisse que je meuble avec la musique, des pulsations je me booste au café. Tout est arrivé avec eux, la débauche le meurtre, ils aiment quand même la musique ils ont pas le ton jouent faux. Mes deux malades se croient plus fort que tout veulent s’en prendre à la mort. Je sais pas où ils sont. Traînent peut-être au No way back. Pénis a fouillé dans ses poches toute la nuit cherchait un morceau de dope. Ils ont plus rien. Johnny a signé un refus de traitement ils sont l’enfer et moi là-dedans j’invente j’imagine. J’ai quand même une partie de ça ils m’ont volé ma bécane. Y’avait du monde après Johnny, Pénis était dans la gang, Johnny s’est fait ramener au milieu du dortoir ils le tamponnaient en rond autour de lui Pénis le masturbait pendant que les autres regardaient. And they shoot ! Par le tube, plan américain, plan élargi, gros plan. Ils voulaient m’enculer dans une boîte de camion. Ils vont payer, payer de leur vie ces atrocités commises au nom du fun et de la haine. J’ai plus envie de la télé ça me prend une femme en chair et en os. Je peux te raconter mes fantasmes homosexuels personne les avoue, à trop vouloir désacraliser les seins, les grosses poitrines on arrive là… Dans mon boutte les gays vendent des fleurs ou torchent les malades. J’invente rien je fais que placer des mots comme une salope. Y’a des phrases en anglais qui surgissent dans ma tête comme, have to fight back. Y’a qu’un combat celui que je me livre. Ils se cachent dans le centre-ville je crois que c’est eux l’ejaculation crew de toute façon y’en a plus pour longtemps, moi, je me cache m’engourdis au jazz musak, encore une idiotie j’ai commandé un film porno. Je suis invité à un spectacle de danse je vois surtout les poupounes potentielles. Lakme à la radio c’est très beau. I am still borrowing money. Je suis dans le néant d’un petit univers décrissé. Paraît que sur Saint-Laurent le six décembre quatre-vingt-neuf y’a eu un crime politique contre les femmes. Ça ressemble à un pudding, un pudding au chômeur ben de la pâte ben de la cassonade et indigeste. Comme toujours une femme gueule dans la ruelle c’est Pénis et Johnny ça dérange personne ils continuent leur chemin leur conversation. Je suis pâle, pâle et cradingue de mes nuits d’insomnies. Assis sur un banc à écrire. Comme disait l’autre, y’a un problème ! Ils ont volé le pager d’un dealer vont piquer le fric d’un toxico en manque. Quand t’as bien mis la bourgeoisie, fourré l’horreur pis tout ce qui te fait rire c’est ton hangover, so ! Y’a la remarque, je l’ai vu, il t’a vu, but, anyway, c’t’une histoire de cul, butt ! Pénis se la brasse dans la douche, se la triture, se la secoue mais y’a plus rien elle reste morte molle. Y’a beau s’imaginer n’importe quoi avec n’importe qui, elle crève, elle crève là sa queue Johnny se fouille dans le nez roule sa morve entre le pouce et l’index, so what ? Toi ! Toi ! Qui moi ? Oui toi ! Tu veux voir le feu au fond de mes entrailles la brûlure de l’homme immobile arrêté par l’insignifiance frette comme une journée de septembre. Le temps s’est arrêté on a déboulonné l’horloge de son socle elle est de travers sur un mur. Les rires pornos de Pénis et Johnny résonnent dans ma tête. Je l’ai pas ! Je l’ai donc pas ! Johnny voit l’homosexualité comme une réponse révolutionnaire aux valeurs dominantes quand on sait qu’y’a pas plus straight dans le travail le pognon que les gays. Reçu un appel téléphonique pour Thomas, c’était sûrement pour moi l’incroyant qui a besoin de preuve on verra… Ils sont partis rajouter un tatouage à leur peau maganée vont se retrouver en maison de réhabilitation mais les parias ne se refont pas comme ça. Hard work should be fine, scraper son corps dans l’effort musculaire, suer, se tordre de douleur, j’aime pas, je suis pas une machine. Johnny et Pénis de vraies putes tous les moyens sont bons, leur solidarité tient pas à grand-chose le premier qui trouve le fric pour un petit baggies dévalisent une boîte à lettre volent des cochonneries dans une pharmacie vont revendre pour un petit pécule. Semble que c’est un jeu d’enfant, de vieil adolescent quoi dire ? Des choses immédiates comme cette pesanteur du jour cette puanteur de l’air. Pas question de tuer Pénis et Johnny ils vont le faire sans mon aide. C’est une longue agonie, les salauds vont se battre pour une dose létale y’é pas question de smooth edge c’est la dernière. Les doigts dans le nez, les oreilles, le cul paraît qu’à la pharmacie y’a du tétrahydrocannabinol en suppositoire. La drogue dans le cul ! Ne pas uriner dans la bolle ! La dix au coin ! Je pense à « Kaline de blues » de Harel à « Faut que je me pousse » aussi c’est vieux. Le kid a pris deux yeux au beurre noir and the wild one got hard stuff. Johnny et Pénis disent que je suis un coq l’œil, mais non je les vois, je les vois trop bien s’agit pas que de les voir je peux pas en faire plus. Ils se contrefoutent de mon écriture ça les intéresse pas pris par quelque chose de plus insidieux plus cruel. Me suis ramassé aux danseuses avec une lesbienne bourrée d’hormones ses mamelons coulaient tachant son chandail, c’était son secret tout le monde le savait qu’elle était aux femmes. Mes deux chums étaient pas loin drunk as always se masturbant dans l’isoloir. D’où je viens on revient pas. Je me suis couché en pensant à l’humanité qu’il faut amener dans tout ce qui se fait. L’humanité tendre, sensible, empathique compréhensive ça manque, ça manque beaucoup, ’cause they fight ! En tapant sur le sac de sable je frappe surtout le crochet vissé au plafond qui me rapproche de la corde.

Pénis a le teint cireux de celui à qui les tripes jouent des tours. Johnny est entré tout mouillé dans ce pit stop a piqué un six pack. Ils aiment bien discuter avec les petites vieilles à la hanche fracturée y s’font une image de bons gars. Moi, quand je marche on m’appelle le fou les tantes assises aux terrasses me dévisagent comme si j’étais un martien. Quand Johnny est revenu Pénis était plus là, disparu. Johnny a calé une bière attendre y’avait que ça à faire c’était la nuit les phares des voitures faisaient paraître la pluie plus drue. Johnny s’endort sur l’asphalte assommé paralysé. Je suis pas une salope y’a que ça à faire écrire, écrire sous les railleries, tu peux parler, tu peux parler, je me tais, j’observe, j’écris. Moi, le psyché qui se promène en robe rue Saint-Denis avec ma tête d’homme mon corps du même acabit je m’examine à toutes les vitrines. J’ai la tête basse les corniches je les connais je préfère les lignes du trottoir les chewing gums écrasés. Je suis la risée. Les kids parlent de beer bash des soûleries qui perpétuent le mythe de la création sous influence on peut pas tous être fous et avoir le génie de Gérard de Nerval. J’irai courir, courir à en perdre haleine que les poumons me fassent mal mes jambes flageolantes courir comme un fou en hurlant ma douleur en hurlant la souffrance du monde à grande voix crier crier que moi aussi je veux vivre que je vis fais des erreurs qu’il y a des horreurs partout où j’irai j’emporterai l’angoisse avec moi comme une ombre de lune qui grandit la nuit.

Je me crois ou plutôt « y se cré » comme si tout était un mensonge ou de la rigolade, à arpenter ces sacraments de rues y’a de quoi devenir fou, donné cinquante cents à une jeune fille recroquevillée à l’entrée du supermarché, m’a dit ça pourrait être pire. Les kids fument du pot sur le parvis de l’église, ils attendent l’illumination. Je suis toujours au No way back, this is not a schoolyard. L’édifice de la cour juvénile est rénové drette à côté de l’ancien hôpital chinois la statue de Confucius est partie. Avoir tant espéré et se résigner à sa condition d’homme imparfait qui endort sa révolte. Ça me prend dans les entrailles ça fait mal autant que dans ma tête de linotte c’est difficile ma raison ne concorde pas avec mon âme que je crois blessée à jamais ça souffre dur ça souffre dru je suis en exil de moi. Je capote sur la radio, j’ai cru entendre une speakrine annonçant un spectacle de Nelligan col bleu, c’est moi, ou une image de moi, une perception de la réalité déphasée. Je suis inondé de messages paradoxaux y’a ce petit instant où tout se défait tout se ruine. Mes deux athées suivent pas loin, un, enflé comme un rhinocéros l’autre bronzé comme s’il revenait de la Méditerranée. C’est pesant comme le malheur et l’ignorance. Je marche je pisse chez les défoncés j’en vois un le visage en sang. J’ai l’air crétin parce que je suis pauvre ou je suis pauvre parce que j’ai l’air crétin. J’ai fait une ride de moto j’ai eu peur de m’écraser contre les murs de l’autoroute. Un pet voilà ce que j’écris dans la douleur du monde. Je pense à mes deux bandits l’un faux bouddha, l’autre je ne sais quoi. Johnny le bronzé s’est arraché la moitié de la cage thoracique d’un coup de douze il est pas mort, il marche encore. Les filles travaillent en se cachant le visage faut les voir de près, de loin elles sont sexy mais en face elles ont le visage ravagé torturé par le mal. Johnny regarde les studios de tatouage il veut se faire tatouer ce qu’il lui reste de tronc ça se gravera dans ses restants de chair. Mes deux incroyants résistent toujours à ceux qu’ils appellent les citoyens, se sont réveillés dans la rosée ils étaient humides et collants pas question pour eux de faire du squeegee. Ils vont se trouver un spot sur la rue et commencer à mendier la pitance de la journée. De quoi boire de quoi fumer. Pénis se place devant la société des alcools. Johnny marche apostrophant les passants et nous les oubliés de l’Amérique, les oubliés du pays on attend notre chèque comme si on nous délivrait d’un fardeau. Je cherche Johnny et Pénis, ils ont dépensé dépensé tout l’argent, de grand duc à épave. Les filles, les taxis, l’alcool, la dope, six heures d’insanité, la journée va être longue. J’attends Johnny suis passé sur la terrasse comme un cogno, bousculant, toujours l’air aussi malade avec mon carnet. La serveuse m’observe d’un drôle d’air, y’a beaucoup, beaucoup plus intelligent que moi. Tant de choses laissées là comme un poète punk feuilleté du bout des doigts. Y’a des caméras coin Prince-Arthur et Saint-Laurent. Les gars parlent de vendre dans la langue du commerce. J’ai un compagnon de banc le fils de Mehmet. Pénis et Johnny me traitent de cave. Christ qu’y’é cave ! Johnny a transvidé sa bière dans une bouteille de Pepsi. Pénis ramasse son urine pour des tests de désintoxication, la pisse est de la même couleur que la bière. Quand je marche il m’arrive de trébucher dans les lignes du trottoir où sur les passages pour handicapés, y’a une impression de poids énorme qui me prend quand je reste trop longtemps assis. J’ai mal au cœur en voyant les maisons cossues de Dorval. Y’a les souffrants du No way back en admiration devant les Harley Davidson. Ils lâchent des grands cris chaque fois qu’ils voient un cortège de motos. Ce sont des rebelles d’une rébellion pathétique à coup de petits larcins sur le dos de monsieur et madame tout le monde. Take a walk on the wild side. J’ai marché au côté des putes, des travelos, des toxicos, des psychotiques. Je les ai pas écoutés, downtown is always downtown. Je suis un clown qui cherche son vrai visage dans les yeux des autres. Un bonhomme me disait que la conscience nous rattrape, moi, mon inconscient me joue des tours. Dans tout ça y’a toujours une vraie blessure un morceau de peau arraché et recousu, ça débalance, ça défait, y’a toujours un organe qui souffre. Comment dire que c’est toujours la même course dans la ville, moi, les autres qui avancent dans le noir, le noir du soleil aveuglant. Johnny pisse entre deux portes. Y’a cette odeur de vieille école ou d’écurie dans le chalet sur la montagne. Je suis assis drette en face de la brasserie chez Baptiste la fille a fait « Beu ! » comme pour faire peur à un enfant. Faut que je respire par le nez en espérant ne pas croiser Johnny et Pénis c’est peine perdue y’en a toujours un au coin de la rue les vêtements froissés le visage défait sentant la sueur la bière et le tabac. Johnny dort sur une table à pique-nique sous les sapins bleus. Moi je me sens coupable de pas faire la volonté de Dieu. He didn’t give me a call. Je suis comme un chien trempé dans l’obstination. Un spot de bloc pour une shot de scotch. La fille est tout en noir elle a un écusson à l’effigie de Kurt Kobain, cette fascination pour la mort, un épigramme Do it yourself ! She don’t want to hold on with losers but what’s the fucking point ? On perd pas tous un peu ? Ne serait-ce que des heures à s’envoyer du sale, du pourri, du plein de marde ça sert à qui tout ça ? Devant un temple une énorme statue orientale c’est pas un bouddha gras ça ressemble à une vierge blanche donnant sa bénédiction.

Les yeux rougis par le manque de sommeil je trimballe mon corps fatigué sur les rues les plus chaudes près du No way back ils ont installé une grosse bouteille de Budweiser y’a aussi le portier des courants d’air une petite brise pour ce que tu veux. Tu t’accordes, tu t’accordes pas, c’est atonal. Profondément dans la merde Pénis et Johnny en sont toujours au sex and drug and rock’n’roll ça tourne pas plus rond dans ma tête que dans la leur. Ils galopent à cheval sur leurs cauchemars. Je les comprends, veulent pas se rendre pour une vie merdique un fond de pension. Des bites de deux ans ils font ça sur les gosses ou sur les bras. A crime is a crime. Johnny et Pénis ça viole, ça gueule, ça bat, ça fraude perdent pas de temps avec la morale de gars rangés, ils en veulent, ils en veulent encore aux mange marde. So the crime, sin ? Moi je frissonne à la vue d’un sein eux ils ont les corps tous les corps. C’est ça, c’est ça, ça prend du sérieux de la belle taloche derrière la tête pour que tu te rendes, nez cassé, bras cassé, peu importe.

Pourtant j’écris ça au bar dans les éclats de voix les rires en regardant ma tronche à travers les bouteilles. Le barman dit pas un mot j’ai qu’à faire signe du doigt double scotch avec bière. Je parle à personne je délire. Y’a une mouche à marde dans ma tête. Je cherche encore mes deux paumés, y’a kèk bouteilles cassées pas loin encore la descente aux enfers, la foire continue volé un garage des outils le gars de la pawn shop trouve que ça fait pas mal de stock hot. Johnny a dormi sur les carrelages de la cuisine, il ne sentait plus sa jambe engourdie il s’est foulé le pied. Il voyait tout bleu vraiment bleu comme s’il se noyait. J’en ai assez de cette prison, je veux bien être ce que je suis un voyou mais qu’on me le fasse pas sentir trop fort. Pénis ironise en chantant des ritournelles à la mode. Plus y’a de merde plus il est bien, sa vie c’est les choses dures comme les queues qu’il s’envoie dans la bouche pour vingt dollars. Y’a plus rien qui saoule, plus rien qui gèle sa douleur, il en crie à rendre l’autre fou. Hey Johnny ! T’es un ostie de fou ! Ton problème c’t’un problème d’alcoolique pis de drogué ! T’es faite Johnny ! T’es faite va t’en en thérapie ! Je viens de donner cinq cent piastres ! Ton ostie de vieille TV tu sais où te la mettre ! Qu’essé que tu veux encore ! Une petite commande ! Ben oui ! T’es pas un mauvais gars ! T’es faite pareil ! Johnny a vendu la nourriture pour boire. Je vois toute la saleté accumulée dans mon studio, je devrais être déprimé à regarder le soleil se coucher au travers d’une vitre pleine de crasse. La crasse c’est l’histoire de ma vie, ou elle me sautait dans la face avec ses bestioles ou je la vois pas et pars dans des rêves de châteaux poussiéreux. Je cherche encore, une trace, une trace des vieux enfants de la dérive. Y’a la pluie et ce vieux tango à bandonéon. Il déchire l’âme. Je me souviens de tout c’était pas la joie on vogue pas dans la misère sur une jolie bande musicale. La misère elle entend pas la musique, elle se déchaîne. Je suis à bout, à bout de ce fracas interminable dans ma tête, j’ai peur, très peur. À bout de ce monde de fou. Johnny regarde ses mains, des mains qui n’ont jamais servi, douces, effilées sans cal des mains de pianiste qui sait pas jouer, son père préférait les mains usées battues, blessées, pleines d’échardes d’ampoules de graisse sous les ongles c’était honnête ça au moins ! Mamma mia ! Let me go ! Elles sont grimpées sur des échasses et attendent au bord du trottoir, parfois, elles font un sourire qui a l’air d’une grimace. Johnny en peut plus, il en peut plus de ces frites froides mangées pour déjeuner. Avant le No way back c’était le site d’un asile. Je suis sur un tronçon de sentier trans-canadien, y’a des moments comme ça où je me sens en paix au milieu des canards, des hirondelles, des merles, des mouettes et des pigeons une impression de bonheur fugace au bord du canal où la rouille d’un vieux pont se mêle au vert de la nature. Les portes de l’écluse gisent dans la vase comme le bonheur gît dans l’instant où je mets un pied devant l’autre. Je sais pas, je sais pas devant quoi je suis, ça ressemble à une sorte de mur sur lequel je me cogne le nez. Pénis a trouvé vingt-cinq sous pour téléphoner. Johnny écoute au bord du trottoir, Pénis veut faire un deal de crosseur, deux radios pour un demi. Le gars veut rien savoir ça prend du cash real cash. Je me fais chier à me branler devant la télé, c’est stupide, je me branle et me branle comme un idiot. Ils sont devant le building dans les estrades du parc de baseball attendent quelqu’un regardent à gauche à droite. Pénis traverse la rue le gars arrive en bicyclette c’est un deal ils portent tous des casquettes font ça là sur le trottoir échangent l’argent contre la dope, Johnny parle des putes dit qu’elles sont tellement gelées qu’elles voient rien même si t’as le plus gros pénis du monde. Elles le voient tout petit incapable de faire un blow job d’enfiler une capote. Quand il se tapait son marocain blond avec une ligne de poudre et le doc ça le jetait dans l’abîme. Au fond Pénis et Johnny se prennent pour des poubelles s’envoient du smack brûlent les endorphines. Piss drunk ! Je m’endors sur la table au milieu des verres renversés. Dieu on y pense plus depuis que le petit vicaire a tâtonné un peu trop un peu trop longtemps. J’ai peur des relations sexuelles peur d’en mourir même si je me protégeais. Dis ! C’est quand la fin de cette saloperie d’histoire de dopés, moi, j’en ai rien à foutre, it’s not entertaining like they say. Lâche pas, lâche pas tu vas y arriver ça va freiner près du rebord abrupt de ton confort. Des copains veulent de l’argent c’est juste pour cette semaine qu’ils disent l’argent rentre la semaine prochaine, on fait un boutte dans la broue, on reste là pour voir mais y’a rien à voir à part la lune, les lunes pâmées devant je ne sais quoi.

Maintenant ils attendent la mort bien parkés ils vivent de souvenirs de mauvais coups. Shoot me babe ! Shoot me ! Ce sera la fin de cette histoire sans tête pleine de queues d’organes qu’on empoigne à deux ou seul qu’on fourre partout sans se méfier de cette mort-là, on crie shoot me ! On veut pas devenir vieux avoir les membres qui craquent des crampes à l’estomac à cause de la peur. Shoot me ! Shoot me babe ! C’est sérieux il crie ça en a trop vu de cabane trop vu de vieux escrocs sur leurs derniers milles s’accrocher encore a cette vie futile. Shoot me Pénis ! Shoot me ! Bein oui ! Pénis a l’arme il l’a toujours eue c’est son pouvoir sa puissance qui le fait courir avec le diable. Shoot me ! Shoot me ! This reality why should I be scared of it. Y’a de la douleur de la souffrance là-dedans. Pénis disait à Johnny t’auras jamais rien ton crédit est pus bon. Je veux déjeuner à l’accueil Bonneau sept heures trente y’a déjà du monde, la peur me prend ça me rappelle trop Labre House dans c’te gang de gars y’a sûrement un boss ça me tente pas de le rencontrer. Un boucher m’a souhaité une bonne journée. Toujours dans la torpeur et la dèche je mange des chips à la poignée bois du R.C. cola et je sue dans ma boîte à beurre. What the fucking heck am I doing ? Mon appareil génital est tout dékrissé paraît qu’y’a rien à faire avec une vessie qui s’arrête quand elle veut. Johnny a mangé une volée par une gang de punks faisait son fanfaron, ils l’ont battu à coups de pieds il était paralysé on l’a rentré d’urgence à l’hôpital une opération à la colonne. Le doc était dégoûté de voir un autre soûlard défait. Pénis est hypersensible c’est curieux de dire ça d’un gars qui se promène avec un morceau. Il sent les regards des gens sur lui regarde si quelqu’un le suit. Bridge of sight de Robin Thrower. Les visages du passé me sautent dans la face comme s’ils attendaient que je trébuche que je me casse la figure. Ils se paient ma gueule de thérapeutisé. Je m’attable et m’attelle comme un cheval qui tirerait un bloc de ciment comme ça pour rien, pour s’entraîner pour dépenser de l’énergie. Pénis et Johnny ont encore essayé de me faire tomber dans le panneau. Pas eux mais leurs souvenirs ils étaient flamboyants. J’aimais les voir flambeurs orgueilleux claquant leur argent. Ils disaient l’argent c’est fait pour rouler. Je me rappelle le bon temps c’est facile quand même je m’y mettrais ça ne reviendra pas. La rigolade c’est fini. Je voudrais bien te les raconter les plages de Nantucket mais j’y suis jamais allé, y’a que les longues rangées d’épinettes avant d’arriver où je suis collé coincé. Johnny et Pénis c’est pas Cheech and Chong ni Bouvard et Pécuchet. Johnny le foie lui a explosé. Pénis s’est envoyé une balle dans la tête. Une femme fredonne un air inconnu. Les deux salauds m’ont quitté j’ai pas pu en faire une rédemption pas pu les envoyer près de Dieu, pas moyen. Je consulte dans le cas de Johnny c’est un foie ficelé résultat d’une syphilis quant à ma vessie je sais pas comme c’est tout près de l’anus j’ai été enculé, je me souviens plus. Je suis au No way back je passe ma vie ici. Je marche et me tape des travelings pourtant c’est pas un film, c’est ma vie, mon regard qui voyage dans des visages. « Vos condos vos tombeaux. » Qu’est ce qu’un homme de quarante-quatre ans fait au No way back. Il observe, il fuit dans ses cahiers de notes. Les shakes me pognent.

Lexique

amanché (mal) : mal barré
baggies : sac de cocaïne
blow job : fellation
bol : cuvette
Bonneau (accueil) : centre d’accueil pour itinérants
boules : seins
boutte (dans mon) : dans mon coin
boutte : bout
broue : bière
bums : voyous
capoter : perdre les pédales
char : voiture
cheap : bon marché
chum : copain
condos : condominium, c’est-à-dire copropriété
coq l’oeil : bigle
criss : juron
crosseur : mouchard
cré (y se) : il se croit
deal : affaire, entente
demi (un) : demi gramme de cocaïne
Dorval : banlieue de Montréal
drette : droit
débalance : déséquilibre
décrissé : cassé, déprimé
dékalisse (je) : je me barre
déviarger : dépuceler
finger : doigt dressé (geste obscène)
flashlight : lampe de poche
freak : bizarre, tordu
frette : froid
fun : plaisir
Gadbois, abbé : pionnier de la chanson québécoise (« La bonne chanson », 1937)
gang (la) : la bande
gomme balloune : chewing gum
hangover : lendemain de cuite
job (la) : le job
Kaline de blues : chanson de Pierre Harel, du groupe québecois Offenbach
knocker : cogner
maganée : bousillée
marde : merde
Nelligan : poète québecois
ostie : juron
patente : chose
pawn shop : mont-de-piété
pimp : maquereau
pin ball machine : flipper
pit stop : arrêt pour camionneur
pogner : prendre
pot : cannabis
poupoune : poupée (pour désigner une fille)
ride : tour
rough : difficile
scraper : foutre en l’air
shake : tremblement
shop (la) : l’usine
shot (une) : un coup (alcool)
six pack : emballage de six
soère : soir
straight : hétérosexuel
stuff brun : hachisch
tchèker : regarder (anglais check)
ti-mé : niais
toker : prendre ; fumer de la drogue
towing : remorqueuse
yeule : gueule

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Ce long texte évoque, avec une force constante, des personnages marginaux de Montréal downtown, en Amérique française. C’est sur un fond rugueux de toxicités urbaines en tous genres que Saulnier dispose ses phrases tout en ruptures, et par lesquelles se tisse une composition émouvante d’où émerge avant tout une « quête insolente de paix ».

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