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Foyer à ciel ouvert de littérature contemporaine européenne

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Bernard Saulnier

octobre 1996

On brûlait l’atmosphère, les feux de l’enfer prenaient aux entrailles. Les violets et les ocres nous présentaient leurs fantômes un verre à la main. Les libidos à deux pattes inventaient mille mensonges pour s’assouvir. C’était la fin du siècle pas la fin du monde. Toé ! pis ta power Gibson phallique ! six strings ongles rongés, l’enfant de chienne du ré ! Dough molle ! Mes yeux d’éther déterrent la hache de guerre, alors qué hora es ? Sept heures et quart, il fait froid dehors. Je fume une cigarette, pis Wall Street ça doit être couvert de moquette mur à mur. Le voisin d’en haut marche quand même sur une tête. Un concerto pour réfrigérateur. Si j’étais poète, je me coulerais dans le fleuve, les deux pieds dans le ciment, dans un remous, je ne remuerais plus, ne demanderais pas pitié et me figerais dans le désir. J’écoute le vingt-et-un décembre dans le métro la rumeur des tired. À Montréal de jeunes Arabes trippent sur la Harley Davidson, la liberté défoncée nomade, des enfants, à moins quatre degrés, s’amusent sur un balcon avec une canette de bière. Le vingt-deux décembre j’entends de la musique sud-américaine. Un homme désespéré, dans un appartement n’ayant pour mobilier qu’une table et une chaise, attend avec une bière de finir d’attendre. Il y a quand même des enfants qui jouent dans la neige. Listening Springsteen, waiting for a shade of green, for us there is no America and I am singing avec le temps remembering le lac Saint Jean. Je me frotte le cerveau avec de l’alcool à friction. La punk regardait mes poèmes, trashing field, elle disait tuer ! tuer ! I hate everything and I want my stuff, you’ve got some cash ! Un couple nous psychanalysait dans la rue. Nous n’étions pas rapport. Bagarre dans le centre ville deux éméchés se font des violences dignes de leur état momentané. Dommage que tout cela soit éphémère. Je ne vaux pas la peine de mes peines, destin hyènes ! Delirium tremens du vent, à moins trente degrés Celsius la tôle est frette. Je déménage c’est pas chauffé. Les trottoirs recouverts de glace craquent sous mes pas, dans le journal on baptise les rues à coup de meurtre, un ti cul vole vingt dollars, dans le sac à main de sa sœur, pour s’acheter une bicyclette quand viendra l’été. Je fouille dans la merde, phase fécale, entre habiter et jouir d’un appartement. Ben à côté de la trak ! Ben, ben à côté ! Sur la ligne je fais des chars, je charrie, faut que je pellette, du vent ça pèse pas lourd. Un écran de ciment, pitoune à la télé ! La semence volera, après ce sera le calme plat, le désir, le désir, Bizet et les mages, bizou sur une page, pin up paddock, duck, docteur de quoi ? Quadrille. Il fait froid. Je voudrais bien ne pas être un cochon, je voudrais bien ne pas être une charogne mais je suis impuissant. Y’a du sang des pleurs à Babel, je voudrais me saigner gratis. Sweet Rose du Lac, j’arrache mes racines et les tiennes, je saigne ma sève, je suis une poule décapitée. Seul dans une pièce de son appartement, il donne ce qu’il s’imagine être un grand concert, l’interprétation magistrale, au bout du piano, un verre, à demi rempli de Rémy Martin, sous le banc une caisse de bière. Le concert a duré en tout et pour tout deux minutes. Fuckin combat pour les enculeurs de mouche ! Struggle for life de la connerie ! Police paranoia, I am not a murderer, I am a renderer, meet at five a. m. on the corner of eleventh, we will talk and talk of God and other hysteriod. We will talk and talk and then it will be period. Elle chantait une sing along song merveilleuse, je tentais de retrouver les partitions. Still on the edge, state escape on federal brain bypass. Je portais le chapeau du mégalomane Mao Tsé Toung, sens, sensibilis, désinstaurer le mot délire de son autorité, chu tanné des show d’intelligence cérébrale, je me déclare déficient intellectuel et psychopathe. Je me suis assis avec la souffrance sortie manger un hamburger chez McDonald pour tenter le normal, il n’y eut aucune éruption, bouille cerveau, je me dévore anthropophage, me suce moi-même. Il n’y a rien de plus dangereux que les relations humaines, à la limite, à la limite, il faut sortir chercher des cigarettes, parler, ne rien dire, écouter, faire un signe, à la limite, à la limite de quoi au juste ? Beautiful despair story but sometime… Y’aura toujours des filles pompettes qui s’accrochent au stainless steel des autobus les samedis soir d’hiver. Je fouille dans les rebuts, un bonheur de janvier tout de froid vêtu, la mort en marge, life in a northern town, chercher un endroit où aller, compatir avec la serveuse, l’alcool sèche le cerveau, le fleuve nous rentre dans le cul ! L’injection au pentothal ou la chaise électrique, ben strappé, c’est pas le violeur de la rue Rachel. Je suis une tache dans le mobilier urbain, faire le calcul du nombre de bières transportées par un camion de brasserie quatre compartiments… Wannabe ? Sick of that bullshit ! Boire jusqu’à la mort accompagné par de faux Marcel Azzola, pour plaire à moman Rive Gauche. Emmerdant ! Ce sont des fuckin ostie de pas pantoute ! Carwash brainwash. Un policier te demande si tu as ta tuque. Le nordêt, juste une petite guérilla cérébrale, rustique palace, no more destroy, qu’est-ce qui s’est passé, je pourrais tout simplement décrire ce qui se passe. Un orage, électrique, le temps d’une agonie voilà le ballet du balai pshiff ! pshiff ! pshiff ! Je plonge dans les entrailles de la vie ville, scatologique ignacousss… écartelé écarté, je poursuis la rue. Doute raisonnable, raisonnable est attribut. Je suis malappris, je ne tourne pas rond, le stress des faubourgs, sang dessein, fuck ! L’angoisse me prend tout mon petit change. Je veux me vomir. Paranoïaque à Montréal, Christ de tabarnac ! Les conditions sont changeantes sur plusieurs rues. To be nobody, personne, entier, avec ferveur. La pluie passe repasse, quelques gouttes, les trottoirs mouillés, lunette pleine de larmes, les néons crachent leur venin dans mon regard embrouillé, on m’interpelle, Balthazar ! Je ne suis pas mage, l’hiver est là, nous sommes ensorcelés par son élixir, l’envoûtement fait mal. Je suis condamné à la sénescence signifiante, trsu, stsm, sans point, ctf, srock, ooooaaaaaiiii ! Je suis un esprit malade. Un gant lourd de doigts gourds. Je me viderai comme le cochon à l’automne, je me charcuterai, je veux m’étourdir de félicité assassine de la mort. La gazette nous gaze à petite dose. Une shooting gallery avec mort présente dans le cortex, je capote, on ne travaille que dans certains bordels. Je suis anal, pour bien faire, gésique. Se faire payer des plottes ! Je déambule, réaction au chimique, je chie plutôt mal. Je pisse sur ma prothèse dentaire, tombé dans la cuvette quartier latin, le latin rendu très loin. Dire que la ville digère des vies dans des rues sordides comme dans le fond des ruelles, mangeuse de chair elle recrache toujours le même venin sur les habitants des abris urbains. Ils se marièrent, contractèrent le syndrome d’immunodéficience acquise et moururent. Habiter ou côtoyer la souffrance reste un gage de santé, merde à la maison de verre ! Plus vite tu vas moins ça coûte cher, ben fais donc rien ça va être gratis. Nous allons nous tuer ça coûte moins cher. J’encule Marx ! J’encule Staline, Mussolini, Hitler, Franco ! Ils sont morts ça leur fera pas de mal. Je chie dans mes bas. Écrire qu’on s’est fait enculer ça règle-tu des problèmes ? J’encule la démocratie comme l’anarchie ! Tout le monde chie dans ses culottes. Un mort reste un mort de trop. Le matin la ville reste calme, les fêtards endormis pour la journée. La souffrance devient moins apparente, elle se terre. Il suffit d’un regard et je la verrai dans toute sa sordidité. Paralysé, je suis psychiquement paralysé. Je suis de la caste des intouchables, je ramasse la merde et m’enduis avec. Ce qu’il y a de bien avec les viaducs c’est qu’on n’y croise personne, la nuit ils sont quelquefois affolants, épeurants, mais le jour ils deviennent des oasis où on peut se reposer de l’agitation. Le bruit des automobiles couvre vos pensées, l’Allemande me complimentait, je meurs dans moi. Tremendous Delirium Tremens ! Je remarque surtout les convois funéraires, je n’habite pas sur le trottoir d’une rue de Calcutta, mais pour qui je me prends. Ça baigne pas tout à fait dans l’huile, plutôt le liquide céphalo-rachidien, le calibre douze dans la bouche ça doit faire bien du dégât. Les niveaux de langue est ce que ça se rapporte au cunnilingus. De moins en moins écorché vif j’ai la tête dans le cul. Je me masturbe en regardant le profil d’Elizabeth deux sur un sous noir, faut être pauvre ! Un gynécologue qui crie à l’immaculée conception, ça doit être fatigant. Je fucke le chien ! Hey la vache on va-tu se mettre dans l’eau ! J’en prends plein la gueule ! Un calvaire de neige enchaînée. Cascade remontant dans l’os à vif d’une fracture cérébrale, amour chirurgical, absent chronique pluripotentiel, la boîte à lunch partout. J’ai des fantômes de doryphores dans ma boîte à poux. Fuck les puits de science ! Je ne suis pas obligé à l’immolation par le feu. Une constipation psychosociale, elle fait chier son chien dans le silence de la nuit, elle voulait pisser sur le gérant du bar. J’écris anal, mangez tous de la marde ! Fuck off le point de vue du tueur ! Je veux le point de vue du tué. Ce matin les usines à illusions sont encore ouvertes, fuck la romance ! Je veux pas d’amour à marde ! J’assassine la mort amor mi amor. Beau bordel à côté de l’usine à con, des fois je trouve la ville conne comme des vêtements avant de faire l’amour. I am fuckin lousy ! I say fuckin no future ! Babel est belle Babylone, aujourd’hui je hais les cafés. Fuckin Life ! I should write in French but if you allow me a line or two, you are a smart guy, you are a smart girl, you understand. It’s not a question of jumpin in the pool, I am in the pool surrounded by the pool and I am sinking. Ils me crashent dans les oreilles. I am in the haze of God. Ce matin brume londonienne à Montréal, les Anglais sont heureux. Je vois du néonazi partout, la peur me pogne abattez-moi ! Je me tuerai en m’entrant le canon d’un colt quarante-cinq dans l’anus et je tirerai. Le fucké arrête son char sul bord de la rue, la belle fille, tout c’qui voit c’est que son cul, l’ambulance du méchoui à six heures dix, Montréal c’pas une carte postale, une image d’Épinal, ain’t no fuckin good ! Le beat de la rue c’est pas très soigné ça se rapproche de l’anarchie cacophonique, ain’t no fuckin good ! ça ne s’écrit pas en mots. City is full of fuckin schizoids and I am one of them. Ah ce qu’on est bien quand on est dans son bain de merde. Ca rap dans l’autobus, it’s a blast ! Les enfants parlent le langage de dérision, de désespoir. Je téterais un sein, ici, maintenant, les fantômes de l’ostie de carré… Je baiserais, le désir résumé à la mort. Le quartier latin parle arabe, étrange ville ma misère se reflète dans tes vitrines, les ombres des Hells Angel’s m’effraient dans mes pensées. Je suis seul dans ma terreur chimérique. Je suis encore emprisonné dans le no man’s land des neurones déficientes et déficitaires, il s’agit de mon assassinat mental. Fuckin street is on my back ! La rue c’est pas du cinéma, rapace rolling, taxes on a street corner ! Fucked up ! Fuckin Jungle ! City is burning from inside our heart, je suis pas un touriste, j’habite là. Fuckin street ! I am going to be killed by a kid looking for new boots. Si j’avais un trente-huit I’d blow my brain. Rest in peace, flaque de sang, my brain is all dressed. L’orage, les éclairs, la foudre et cette lumière d’avant la nuit, les lampadaires illuminent la pluie, there is thunder tonight in the city, elle rugit la ville, elle rugit, j’allais écrire demain mais il n’y a pas de demain puisque c’est aujourd’hui, je suis à l’abri dans mon cocon, je suis, dans un quartier de Montréal. La frénésie m’embête, les fanatiques frénétiques aussi, j’allais écrire hier mais il n’y a plus d’hier puisque c’est aujourd’hui, dans sa BMW elle se scandalise d’une raie. La raie elle se scandalise de la BMW. Y’a comme une petite mésentente, personne n’a le temps de faire des compromis, elles ont le scandale facile. Gare aux illuminés ! Summertime, l’été, un aperçu dans ce printemps tardif. Je pourrais délirer sur les bourgeons dans les ormes devenus feuilles enfantines mais l’oxygène est encore rare rue Sainte Catherine, y’a déjà une espèce de pesanteur au centre-ville, l’orage et les fusillades se mêlent la nuit dans mes oreilles, je dors d’un sommeil de téléphérique, le câble casse mais je ne tombe pas. When the bullet hits the bone. Blues à l’ombre de Parthenais, blues dans l’ombre de Parthenais, I am still there, always et toujours a mochelaga, they always need something in the blues, rock me ! fuck me ! Fuck you ! Amazing grace ! Fucking dollar bill ! Twenty bucks ! Fucking going to die ! Live fast die fast ! Auto-stop à Montréal à l’heure du téléphone cellulaire, une bonne petite madame pleine de bonnes intentions, voulant bien faire, passe immédiatement en me voyant, un coup de fil, ce n’est pas le mot, il n’y en a plus, à la sûreté du Québec. Elle signale le malandrin au bord de l’autoroute, on sait jamais, il pourrait causer un accident, la police rapplique, coupe deux trois chars et me dit que je n’ai pas le droit de faire de l’auto-stop là. Ben, je le savais ! La ville est toujours dure, toujours belle, plusieurs paranoïaques sont enfermés les stores baissés, deux folles discutent à voix haute sur un banc de parc, faut-il absolument faire quelque chose, une odeur de vin plane dans l’air, devant les studios de télévision quelques artistes s’en vont vendre du savon, il faut bien vivre honnêtement ! Je mange ma merde, the rise and fall, she was losing herself in sex occupation, pourtant il y avait eu le viol. L’homosexuel se demande comment percer le mystère de l’adolescent boutonneux. Le premier du mois les travestis partent à la chasse cherchant une compagnie à leur vide, des drames, j’allais dire se jouent, se vivent en ce moment partout. Sur une terrasse je mange « l’exhaust », les gaz d’échappements des automobiles. Le prisonnier est libéré, tatoué dans le front, il débarque au terminus d’autobus de Montréal, tu veux savoir quel est son nom ? Pain ! pis pas dans le front, c’t’un dur de dur, il l’a l’affaire, veut rien savoir, va se faire un nom, les mêmes moyens, les mêmes passions, le cash le cash, mauvais larron. Deux filles passent et disent en le regardant, this is our luck ! d’un ton ironique. Je n’ai pas peur de la merde, je m’enduis avec, c’est drôle y’a pas d’égout pour la pollution sonore. Faut ben que je remplace mes neurones perdus par autre chose. Tuer la merde ! Je suis corrompu. Une fille éteint sa cigarette, elle garde le mégot qu’elle range tranquillement dans son vieux paquet de Player’s, la ville est chaude, en montant l’escalier je lui aurais touché mais mon désir et le sien n’étaient pas le même, ce désir, l’été, exacerbé par toutes ces femmes à moitié nues. Fucking spleen ! Le pain coûte une piastre et soixante-neuf. Tuer la merde ! De jeunes hommes se battent avec un chien d’attaque, ils crient, les coups de klaxon, en ville y’a pas de show de moissonneuse-batteuse. Un fonctionnaire père de famille regarde une revue de pornographie enfantine, le soleil brille sur la ville, y’a des enfants dans la noirceur, au pied du pont Jacques Cartier les voitures passent, elles roulent, roulent en flot, la prison Parthenais building énorme à l’entrée de la ville comme un avertissement aux fervents adeptes de la masturbation transcendantale. Y’a pas que les arbitres qui travaillent au parc Jos Montferrand. A lady of the night in the daylight. Fucking AIDS ! Killing ! needle and sex, no more knitting, but some are still riding on the death roller coaster, they took the ride but there is no more comeback ! And they still play Creedence Clearwater Revival in their Cadillac, just like nobody’s dying, just like it was yesterday but it’s today and we die we die fast. Death is a fucking bad thrill ! We are still young, still beautiful, but death is riding faster not louder, there is still life downtown but death is riding fucking bad thrill ! Big thrill aint no cheap thrill, there is no sane thrill, got to stay home and watch insanity on TV still ! And these love songs ! Fucking bad joke ! Where is the fucking love on those fucking bad thrills ! But some still believe, they have to believe. Fucking red necks of all ages are still alive but I believe. On me quête de l’argent, une jeune fille avec des roller blades de trois cent cinquante dollars sur le dos, elle crie qu’elle est dans la merde parce qu’elle trouve pas d’appartement ! La pawn shop pis les chambres c’est pas le grand luxe à papa mais ça existe ! Roland patate. Je suis immobile dans la ville pourtant elle avance cette ville, on démolit l’édifice de la compagnie d’assurance funéraire, serait-ce qu’il n’y a plus de mort. Comme ce serait inutile aujourd’hui de s’indigner d’un préservatif qui traîne sur le trottoir, y’a les enfants ils sont curieux, le resteront toujours, certains se noient on ne s’étonne pas de l’eau. J’ai droit à un concert gratuit sur n’importe quel coin de rue achalandé. Fucking Kaos ! Un bonhomme m’a adressé la parole sur un banc, je lui ai répondu que je ne voulais pas parler à personne. La solidarité de citoyen je la vis parfois dans un autobus. Deux assassins discutent, à cent pas, un minimum de rien. Y’a de ces matins qui me paraissent moins hystériques que d’autres, je sais pas pourquoi y’a un calme dans la ville tout en sourdine. Sur la bordure d’une fenêtre à la vue de tous, une reproduction miniature et émaillée d’un buste masculin créé par Rodin, tout à côté une autre miniature de plâtre représentant un couple de chérubins. Il y a l’espérance d’un visiteur dans cet étalage, il y a aussi ce qu’il est plus ou moins. Il n’y aura qu’un bonjour de vieux postier. Un homme dans la souffrance se berce comme un Juif devant le mur des lamentations, quel con foutre un Littré neuf sur les marches ! À six pouces du trottoir ! C’est à croire qu’il n’y a que des imbéciles qui passent sur la rue Ontario. Gerry s’est fait casser sa fenêtre, Jos Tatoo passe à bicyclette, les sœurs de la charité travaillent toujours, j’ai mal au pied. Deux bums s’entraînent déguisés en millionnaire du basket. Ils sont un mensonge. Ouais ben ! y’a toujours harpo qui sévit dans la canicule. Mes pantalons de fortrel me collent dans la raie, je marche. Un con passe sa main sur les fesses d’une femme, elle le repousse mais lui ne comprend rien, il lui a acheté des fleurs, elle, elle n’est pas folle elle sait qu’il veut seulement se mettre. L’ostie de Vietnamien veut pas me changer les sous noirs que j’ai quêtés. Aujourd’hui c’est l’automne en plein été avec son ramassis de souvenirs et le désespoir de ce qui s’en vient. La ville est dure comme son béton, son atroce béton, Montréal by night c’est effrayant de connerie tout ce tape-à-l’œil. Je me torture sur certaines rues commerciales, une en particulier qui est pas autre qu’un centre d’achat pour baba cool. Sur un mur un graffiti, lisez calice ! Il n’avait pas beaucoup lu, j’aurais plutôt écrit : Lecture ! J’observe l’art du sun tan sur les gambettes de ces dames, ces jambes-là et toutes leurs teintes ça vous décore bien une ville. N’importe quel jeune connard s’habillerait en smoking pour coucher avec un stéréotype. Y’a les tam tam une espèce de messe urbaine en plein air pour tribu désâmée. Hé oui ! et voilà elle me fout ses tablas dans la figure ! J’aimerais bien qu’elle me foute autre chose dans la figure. Je fouille dans la poubelle, j’espère y trouver quelques bouteilles vides, la remise est de cinq sous. Ils étalent leurs vingt ans dans la ville. Un grand père baba cool ça déteint sur les enfants. Un latino-américain à Montréal avec une casquette tout ce qu’il y a de plus états-unien et un chandail à l’effigie de Che Guevarra. Ouais ben ! Jos se paye une shot de cirage à chaussure, voulez bien me dire ce qu’un type qui cire jamais ses souliers a à faire bouillir de l’eau par trente degrés Celsius, surtout quand le type te dit que c’est pour faire du spaghetti et l’instant d’avant il se plaignait qu’il avait rien à manger. L’odeur infecte, nauséabonde c’est encore trop doux, un autre qui va crever dans le ventre de la fucking jungle ! Y’a encore des histoires d’amour dans la ville ! Y’en a plein, plein, je sais pas si y’a des histoires d’amour de la ville ! Le palais de justice et la prison Parthenais se ressemblent étrangement, probablement le même architecte. Je ne quitterai jamais cette ville je suis dans son ventre. Un cycliste à la dernière mode avec son vélo de montagne en ville, le vélo est costaud, le gars aussi, un foulard rose moucheté sur la tête, les épaules carrées, il pratique aussi l’art du sun tan, un cancer à vélo ? La camisole noire les cuissardes ne respire pas le doute seulement le gaz carbonique. Sur les fenêtres placardées y’a des affiches qui essaient de vendre, les voitures filent rue Sainte Catherine, le fif fait chier son chien, fait pas de griefs qui veut, sur le trottoir grand père dans sa rocking chair avec sa petite bière et sa pipe, il écoute de la musique, y’a juste une chose qui cloche c’est pas du country western ou du folklore c’est du rock, de là à dire que le rock est folklorique il n’y a qu’un pas. J’aperçois une jeune mouche d’une variété idiote, il pleut, les voitures passent, je n’investis plus sur ma mort. Dans la vitrine du regrattier y’a le ventre de Paris d’Emile Zola, les motos tankent à la station service, sur le coin de la rue y’a une séductrice. Johnny se plaint qu’y a pas reçu son chèque de TPS, ça fait trois semaines que les gens lui répondent qu’ils ont pas d’argent. On ne fait pas la monnaie dans les autobus. J’ai les pieds en sang. Je descends de l’autobus, j’ai les pieds en sang, je pense à Nietzsche, j’ai chié dans mes pantalons, elle me suce dans un coin de ruelle, j’ai mis un analgésique sur ma queue. Ouais ! ben là c’est la mission ! La bouffe est dégueulasse c’est meilleur poursuivre la cote boursière de l’ecstasy. Brother Muhamad on a street corner, n’en a rien à foutre du fleuve, il n’est même pas ce qu’on appelle un client potentiel. Hitchiking downtown, she’s hooked, do they still drink porter in the suburb. Ils arrivent anglophones, she is telling him she won’t stay even a week in this fucking town. Like travelling ! Y’a des froot loops sur les pavés du parc, la bizness du cap de roue marche encore. Je ne suis pas un touriste, je marche là with the better and the worst. Un admirateur de Rimbaud va porter son curriculum vitae, dommage pour lui nous ne sommes plus au dix-neuvième siècle. Je pisse, l’urine me coule le long de la jambe, je continue à marcher, y’a un building sur le coin de la rue, les arbres me cachent les corniches délabrées, les briques sont peintes du rouge qui sévissait à Montréal il y a cinquante ans, les portes de style banlieusard détonnent, quelques commerces avec des façades montrant l’âge des tenanciers et leurs moyens financiers, pour un le recouvrement d’aluminium émaillé de couleur brune, l’autre le même recouvrement mais… Fucking jungle ! A twenty two years old girl is being killed by that fucking jungle ! J’ai joué au travailleur social, avec mon odeur elle n’en avait carrément rien à foutre, elle a dû se dire un autre de ces salauds de vieux cons. Je dégage un parfum de merde à cent mètres à la ronde, je sais pas pourquoi y’en a toujours un pour m’emprunter un dollar et demi. Je ne puerai jamais assez. Méchants psychopathes sur le coin de la rue ! Le gars explique au pusher que la fille prend des médicaments, qu’elle a un psychiatre, que lui l’aime cette fille là et qu’il ne veut pas qu’elle ait du trouble. Hey ! Le cave ! Réveille ! C’est pas du cinéma, c’est ta vie que tu risques, ostie que ça fait dur ! Une drag queen me quête une cigarette, la conne végète sur son balcon. Il y a ça, ce n’est pas un jeu. J’aime mieux marcher, je gobe un loxapac, want to see my brain ? Smell ! Étrange l’enfer est dans une conversation sur la campagne, de jeunes gens parlent de leur séjour en prison avec une légèreté insoutenable, they are happy to be sent on the street. Les pushers me harcèlent, je marche et dégage toujours un parfum de merde. Je m’assois, un sac de poudre sur le trottoir. Comme toujours il y aura un autre hiver, comme toujours il sera gris, gris de ville, je marcherai dans ce magma refroidi et j’irai à l’entrée des soleils de décembre avec mes pieds de glace, bénir la chaleur du sang dans des endroits où la parole est plus que du vent, je prierai sans rien attendre que le repos cérébral, mes nuages s’évanouiront derrière le clocher de mes prières et je continuerai ma marche dans cette ville de flamme régénérescente, je ne garderai que le désir de rester quidam, la proie de l’insupportable, je le supporterai en étant heureux.

Lexique

fif : homosexuel
fucké : perdu, confus
marde : merde (« mange de la marde » : insulte)
ostie : juron
pawn shop : mont-de-piété
pitoune : fille sexy
plotte : chatte (sexe féminin)
strappé : attaché
tabarnac : juron (tabernacle)

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