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L’Amie

Bernard Saulnier

janvier 2006

Jeudi soir, pas de téléphone, elle est retournée sous le volcan. J’ai peur pour elle, je crois même qu’elle se tuerait. Ce soir j’aimerais qu’elle téléphone, j’irai la chercher au cœur de la bête. Saoule elle raconte toutes mes sales histoires. Elle est spéciale elle me répond par des bla bla bla. Elle m’a abandonné. Pourtant on a vécu la galère ensemble. Je lui en demandais trop. Après les vacances j’espère la retrouver. Elle est revenue, je suis confus, elle dit que j’ai rien à voir avec ses états d’âme. Elle travaille beaucoup je croyais qu’un malheur était arrivé. Je vois bien ses défauts sans voir les miens. Elle me trouve sympathique, c’est bien, j’essaie d’entrevoir une réussite dans ce que je fais. Je comprends mieux. On emploie tous les deux le mot « fucké » pour désigner les personnes dérangées. Je pense à la jeune fille avec des enfants. Elle a les bras en croix et chante des cantiques. Une exaltée. Elle tient à être connue du grand public, fame and fortune voilà ce qu’elle croit, la sellette fait pas toujours la fortune parfois la douleur empire la souffrance persiste, elle est aussi vaniteuse que moi. J’écoute Pat Metheny pense à elle et son besoin d’attention. Elle a une folie des grandeurs qu’elle qualifie de mystique. Elle dit être en contact avec Quebecor pour son fameux livre. Je la comprends avec ses espoirs… J’essaie d’être honnête avec elle, Dieu ne se résume pas à une belle phrase. Elle est comme moi, elle oublie de vivre tout tourne autour de son livre qui laisse indifférent. Les psy l’encouragent en achetant des photocopies. Elle fouille et fouille dans l’ivresse des profondeurs une ivresse décapante. Au marché elle se sent si mal qu’elle emprunte de l’argent pour acheter des légumes. Elle veut pas être discriminée une acheteuse comme une autre. Elle a laissé une carte d’affaire à ma porte, avec un poème sur un retour schizophrénique. Elle se rassure ses persécuteurs n’ont pu prévoir ses achats. Elle confond le syndrome Gilles de La Tourette et Jean de Florette de Pagnol. Paranoïaque elle vit dans un roman d’espionnage elle se couvre les oreilles d’énormes écouteurs. Elle braille pieds nus. Elle ne croit qu’aux soins professionnels. Pas question de s’identifier à quelqu’un qui souffre du même mal. Du pro que du pro pour se donner plus de valeur devant les minables maladies de l’autre. Pour elle la célébrité c’est Dieu une fois ça fait, tout est pardonné. Elle se paie une bière blonde et deux clamato elle achète du pain pour les oiseaux. Le matin elle boit un mélange d’œufs de lait et de jus d’orange. Elle espère pas ambitionner sur le pain bénit. Elle fait jouer un cd et chante en espérant que je communie à ses goûts musicaux. S’accrocher, s’accrocher, ne pas l’abandonner dans sa frayeur dans sa folie. Je veux pas lire ce qu’elle écrit.



Comment te dire que je partage tes désespoirs comme tes espérances. Je suis en kalisse, elle s’amourache d’un gros bouboule se promène dans la grande bibliothèque avec les fous furieux dans les allées. Le gardien regarde que sa poitrine. Je la remercie lui dis qu’elle est fine, ses poches sous ses grands yeux fous, elle parle encore de son livre du retard qu’elle a pris pour le salon. C’est son obsession elle me tuera. Incapable de prendre le pas elle écoute les cigales elle marche en avant elle a honte de moi. Elle danse et chante sur le terre-plein. Elle mange chez moi des toasts au beurre de peanuts avec un café. Elle dit « tu sais recevoir ! » ça me fait plaisir, on parle du temps qu’il fait c’est un terrain neutre. Ce soir elle s’étend dans la rue sa bicyclette renversée. Parfois elle devient violente avec tout ce désordre dans sa tête. Elle est malheureuse elle insiste trop le gars de Quebecor l’engueule. Je sais pas pourquoi tous ces sacs dans l’autobus elle transporte son univers de malaise et de paranoïa, sa douleur de preuve qu’elle n’est pas folle. Le psy téléphone pour dire qu’il a lu le manuscrit il est prêt à écrire une postface. J’espère qu’elle va laisser tomber le livre elle dit que ça marche pas avec Quebecor qu’ils sont en déficit. Elle est en plein délire christique elle rêve d’avoir son nom dans le dictionnaire. Elle pleure en me récitant son curriculum vitae. Elle téléphone au curé quiconque voit sa croix est béni. J’écris ça pour toi. Tu sais pas comment je déteste les sandales que tu portes.



Elle est violente y’a rien qui la calme. Plus j’avance plus je réalise qu’elle en demande beaucoup. J’ai beau y mettre tout mon jus semble que c’est pas assez. Aujourd’hui je l’oublie, je suis à la plage Sainte-Catherine. Les bateaux de rafting remontent et descendent les rapides du fleuve. Les mouettes dévorent les miettes. Ben oui ! Elle profite pas de la randonnée, de la baignade, une journée dehors c’est trop long pour elle. Certain ! C’est pas la Côte d’Azur, la plage des enfants, la plage du pauvre et elle veut pas s’identifier aux pauvres. Je prends un café on discute. Elle se terre dans un bush party et jette des geais bleus morts dans les abreuvoirs. Elle jette aussi de vieux Nike sur les fils de téléphone, c’est un signal. Hey ! Je suis pas chez moi. Sur la plage des parents inquiets, j’entends toutes les langues. Reste chez toi. T’as pas d’endroit pour brûler ton couch tu mets le feu pour le Canadair. Christ ! Incapable de dire elle reste muette. Je te vois tu dors intoxiquée. La vie est si sale que ça ? Ton manège entre chez toi et l’hôpital ça t’écœure pas un peu ? Un b.s. voilà comment tu me considères, un assisté social méprisable voilà toute ton estime. Je peux pas te voir tous les jours. J’ai besoin d’air pour avoir quelque chose à te raconter. Je veux pas t’embêter. Tu sais j’ai parfois envie de m’évader, de m’engourdir dans le mot spirituel de l’autre. Pour faire que Dieu ne soit pas lettre morte. Dieu est un charlatan sorti du dix-neuvième siècle adoré par les ignorants, voilà ta foi. Je te parle ! Abandonne ce milieu ! Tu veux que je cherche, j’en ai assez de mourir. C’est pas le diable c’est la douleur le sacrilège. Hey ! Quand je parle de Dieu tu t’en tires toujours avec ton bouddha de gelée. Tu sais je te comprends, la vie est si monotone, tu vas vite, tu brûles vite, ta chute est prodigieuse. Tu fais la duchesse de coin de rue. Tout ce que je peux faire c’est t’écouter. La nuit je pense à toi ton besoin de dire les choses. J’ai de la misère à définir mes émotions, je peux pas deviner. Je sais ta peur. J’ai vu tes yeux en rêve, des billes d’acier qui brillent. Faut voir quelle part on prend dans tout ça. Je compte tes pas j’enregistre ton désespoir avec des mots qui n’ont de lieu qu’ici. J’ai que mon âme à t’offrir mon âme écorchée pareille à la tienne.



T’es seule assise sur un banc de parc toute confuse le monde se termine pour toi y’a rien qui tient dans tes pensées. Le gros me regarde comme si je venais de Mars, c’est la peur qui me fait mal. La peur des femmes surtout les jolies. Il est bon ton bacon. T’es toujours là tout près. Je change les draps tu pisses dans mon lit de fortune. Je suis désolé de dire que des insignifiances. Encore une fois quand tu fais la rue t’as mal. T’entendre psalmodier ton malaise ça m’aide. C’est quand tu parles seule que tu me fais le plus mal. Criss de kalisse ! Ça me fatigue ta façon de m’appeler mon homme, mon bonhomme, mon grand, c’est ma façon d’être qui attire ces diminutifs obscènes. Je ne suis rien que l’ennui des jours qui passent. T’as plus qu’une vieille couverte. J’ai tenté de te rejoindre à l’hôpital. J’espère que tu vas mieux. Les départements de psychiatrie ça fout une flèche dans le cœur. On en sort pas la folie a ses raisons. Je sais tu réfléchis à tout ça et tu te désintègres t’es de la pâte pétrie qui ne lèvera jamais. Quand ça finit, quand rien n’arrive, c’est la peur, la peur. Je te dirai pas quoi faire y’a que toi que ça regarde le monde d’illusions que tu construis. Je sais tu veux mourir tu te sens inutile, dans cette vie, dans cette ville. L’obsession d’en finir est avec toi au service d’urgence. C’est obscène mais je comprends. Je t’invente pas c’est trop difficile, je viens de te voir. Tu prêtes des intentions au psy comme toujours tu dis que t’es revenue de ta brosse que c’est une peine d’amour. Quebecor t’a renvoyé le manuscrit, tu cherches un titre plus accrocheur mais au fond tu sais bien que ça intéresse personne. Voilà qu’à la pharmacie ils te détestent, t’abuses des médicaments. Je fais ma part je peux pas te donner plus. Wô ! Tu fréquentes des pouilleux et tu racontes des demi-vérités. Tu te vantes de téléphoner aux puissants de ce monde. Tu délires ! Tu délires ! T’es saoule comme une botte et tu me traites de putain. Tu traînes avec ton « buddy ». Je préfère discuter avec un clown ça change de ton délire. Tu cognes à ma porte tu cherches une coiffeuse je t’en suggère une. Tu me racontes ces programmes de merde, sans avoir commencé t’es déjà superviseur, des foutaises, tu t’habilles de neuf en rachetant ce que t’as pawné. Tu reviens toujours avec ta bière ta peine d’amour. Hostie que t’es conne ! T’es de retour de chez la coiffeuse ça valait la peine. Je sais l’allocation qui rentre on oublie tout et tu mâches de grosses gommes pour cacher la robine. Tu me prends pour un cave, t’as le blanc des yeux rouges, tu fais tes achats pour te confondre avec les travaillants.



Tu veux pas d’hospitalisation, t’admets pas, t’acceptes pas ta maladie, t’es inconsciente. Tu cherches les petites magouilles, tu dépenses pour des habits en espérant te faire rembourser. Tu confonds la salle de rencontre pour célibataires Do-Ré-Mi avec le centre de réhabilitation Dom Rémy, t’es si prise mais merde t’es pourrie. Tu parles d’avant quand il étais là. Tu penses qu’un autre te rendra bien. Tu crois que la maladie mentale c’est rentable. Je me sens chien tes propos me déroutent. Quand je te parle tu me laisses avec un sentiment de culpabilité, tu brosses avec tes « amis » t’as tellement d’ennuis et rien ne suffit. T’es dégueulasse. Hey ! Je te parle carré Saint-Louis maintenant t’es huronne de Lorretteville t’es saoule et tu tiens debout.



T’essaies de monter, la pente est abrupte, ton souffle est court. Y’a cette odeur ce parfum de foin. Ils détruisent tes rêves, tu brasses de la merde pour rien, l’ennui ça rend débile. Tu t’inventes des histoires de couple qui va te loger te nourrir au restaurant, t’es une pauvre fille, toujours dans ton hostie de bullshit. J’ai pas envie de prendre ton barda, j’ai pas envie, j’irai pour toi, pour Dieu. Ta haine, cachée sous un viaduc en attendant ta dope, t’es pas idiote, je te propose rien mais ta destruction m’importe, rien à faire, tes fix ça t’amollit, ça te détruit les restes d’humains qui te vendent le stock ils se crissent bein de toé. Je t’attends dans l’escalier, c’est moins pire que d’attendre une fiancée. Ce soir t’as ton haleine d’alcool, moi je suis fiévreux. Je fais une soupe, on la partage tu parles comme une intime des puissants. Ça m’irrite et c’est pire quand tu commences à chanter. Je récite le Notre Père devant la télé, je prie pour toi. T’es sobre, tu m’empruntes pas d’argent. Je tousse dans ta figure tu gardes ton calme. Tu veux encore écrire. Ton estime est fausse, tu parles et conjugues à la perfection, ici dans le centre-sud les gens sont couverts de misère noère ils parlent à la façon du désespoère. Je t’avoue ne pas chercher les relations sexuelles c’est trop risqué. Tu me quittes on a eu du plaisir, on est tous les deux sobres on discutait de rock, de Louisiane. Viens ici que je te débarque de ton piédestal de poétesse. T’as pris ton pain fait main on a communié même si t’es athée. On partage la mie toastée maintenant j’ai pas peur d’halluciner comment te dire que j’apprécie. Pleure, t’es meilleure même trahie par la vie. Parfois tu deviens muette c’est là il faut que je porte attention ce long silence pour accoucher d’une phrase. Tu déposes tes mots dans une oreille prise entre la musique et le chant du vent. Des mots parcimonieux rares simples comme bonjour. Y’a le parfum, celui d’une ancienne maîtresse et le tien, ça sent le propre l’amour même. Je t’aime pour ça, maintenant je t’estime tu fais face à l’adversité dans le calme. Cette nuit tu pleures, ta condition, tes handicaps, la vie qui te pète la gueule. Je veux que tu saches ma sympathie. Tu m’intéresses beaucoup plus que les niaiseries de la télé. Quand tu partiras mes désirs ne seront que de la brume sur Montréal. Je reviens de loin. Je recherche l’amitié pas l’amour. Je résiste encore, mais toi que vas-tu devenir, si faible dans ta force. J’aime autant te dire les choses comme elles sont, je te respecte assez pour ça, c’est toujours mieux pour nous deux. Tu me manques depuis que t’as changé de vie. Ton histoire c’est la révolte, le contrôle, la maladie. T’es ambivalente tu prends l’aide pour ensuite la refuser. Je t’aime quand même malgré les coups malgré la douleur.



Je souhaite que ton bien. Je vois ta haine dans tes grands yeux fous. T’es incapable de t’en tenir à un contrat. D’après toi pour régler ton problème ça prend l’amour d’un conjoint. Y’a rien de réjouissant à montrer son orgueil dans de l’ouvrage de laissé-pour-compte. Je te parle pis tu me bâilles dans la face. Toute occupée à ton moi, je me sens pris dans tes tempêtes et prisonnier de la mienne. Ce soir on a une bonne discussion, je t’aime bien ce soir avec tes idées de folle c’est beau de t’entendre. Tu mets de la couleur. Parle-moi je t’écoute suis tout ouïe.



Tu t’en vas vendre tes livres t’es pauvre comme moi, t’arrives plus, tu marches comme si tu voulais te jeter sur le premier passant. Les antipsychotiques ça donne pas de buzz, c’est dans ton imagination que ça fucke. Nos rencontres sont pas très fructueuses on parle on parle en tournant toujours autour du même pot. Y’a des odeurs de petits poissons rouges à la cannelle. J’en suis là, aux bonbons à la cenne. J’en ai parfois assez d’être civilisé, tant qu’à être paysan autant s’assumer jusqu’au bout et chier par terre ou se rouler dans le fumier, eux, ceux de Paris, de New York sont chic… La métropole est folle à moitié française à moitié arabe trois moitiés c’est des tiers voilà ce qu’on est. Sentir ça sans pouvoir s’évader rester là et attendre attendre que ça passe, ça passe jamais.



On casse la croûte avec ton excellente boulange c’est sympathique on discute je t’aime bien j’ai peur de t’épuiser avec mes « idées ». C’est agréable de t’avoir ici. Tu penses écrire de la poésie c’est pas facile. J’ai plus faim je t’oublie. Tu sais j’ai eu la visite du jeune homme indolent il s’est étendu sur le futon, dégueu comme relation. Salut ! J’apprécie ton amitié même si je me sens pas à la hauteur. C’est fini les reproches tu es ce que tu es. Je t’écris toute mon admiration, y’a des gens qui rayonnent de compassion. Merci ! Tu parles toujours aussi fort. Tes grands yeux morts tu me déranges, je sais ton humilité mais pas au point de refuser d’exister. Ce soir je te cherche, je te cherche dans mon âme l’espace que t’as pris, c’est tout petit et tout grand, ça se dit pas. Je sais pas comment et quand je vais te retrouver, l’angoisse t’attaque. Tu détestes l’air que tu respires. Tu m’attaques je me défends pas t’es toujours caché derrière un écran je peux pas te rejoindre. Je veux pas voir ton regard. Tu sais la nature fait pas d’artistes c’est elle l’artiste. Toi aussi dékoncrissée que tu sois tu te bats mais faut cesser. Je les vois partout les petits violents qui veulent te faire la peau. Moi j’habite le quartier des multi-poqués. Je me sens bien avec mes semblables dans l’arc-en-ciel de la misère. C’est un asile à ciel ouvert.



Ils ont jeté tes livres à la rue, ça me fait mal au cœur de voir ça tu les aimais tant. Écoute téléphone-moé pas pendant le match tu tombes toujours sur un jeu important, tu me demandes comment va mon âme au fond tu t’en fous chu pas de bonne humeur ! Amène ton pain il sent la levure tu partages avec moi. Je suis toujours heureux quand tu me rends visite. J’ai oublié le nom de la farine organique. Tu me parles de Dieu tu cherches en sachant qu’il n’existe pas. Dieu est Sa recherche. Dieu est recherche. Tu te plains pas ce matin, je te donne une cigarette on joue au tic-tac-toe. Tu pars dans la brume, perdue t’es saoule, saoule aux Ativan. T’es quand même réjouissante, drôle même, tout ça est artificiel ton rire tes farces je ris pour pas pleurer. Pourquoi tu cabotines ça m’énerve, une conversation avec toi c’est agréable on est pas du même avis mais on discute. On jase, on jase, tu ris, je ris, on passe un bon moment. Je t’aime beaucoup. Tout ce que tu dis pas, ta chair qui se défait, ta tête qui s’emballe, ta tête qui s’emballe avec le mal t’es athée, tu pries quand même, tu pries le mystère, tu pries ce qui n’existe pas. Je te souhaite la paix. T’oublies vite, t’oublies vite la jambe qui tremble d’angoisse d’impatience. Je te croise dans l’escalier tu dis que je parle dans ton dos, tu remarques les pivoines pendant que j’ai un déjà vu. Ce soir cinéma avec toi c’est très agréable, je marche à tes côtés, au café ta conversation me fait du bien. J’oscille entre l’amour et la haine. On passe une belle soirée. Tu veux reproduire les moments qui te plaisent sans savoir à quoi ça tient une soirée réussie. Ouais ! Tu me parles au téléphone et tu cuisines ça m’énerve et on a rien à se dire. Ouais ! Y’a quelqu’un chez toi, ses sacs verts sont dans le hall encore une fois tu te fais fourrer ça va revirer en vol et voie de fait. Toi et tes histoires d’amour c’est de la solitude mal remplie. J’arrive de chez toi c’est bien on est pas d’accord mais tu me permets de croire en Dieu et tu restes mon amie. Je t’aime nos discussions sont riches on s’emmerde pas. Tu livres le pain c’est spécial très spécial, le partage ça le rend meilleur. Pour une athée je te trouve très eucharistique. Tu me fais plaisir je suis heureux d’être ton ami. Le parfum de pain frais, de vanille, de noix. Ton pain est au four tu me regardes la fourche j’ai peur. On va au café je me sens bien avec toi. On regarde le match, je t’explique, aujourd’hui y’a pas de magie, t’as de l’humour, je ris c’est ça. Tu me plais mais nos discussions sont stériles, tu crois à la psychologie, je crois à la psychiatrie et à la spiritualité que je trouve dans tes gestes. Je t’apprécie.



J’aime pas ta façon d’envoyer des bizous ça me dégoûte, ça gâche la sauce. Y’a des gens que j’aime, t’es assise bras croisés, tu ne demandes rien, fermée et enfermée, avec ton pull de laine t’es belle même avec le noir sous tes ongles. Tu flattes les murs de béton. Moi étonné de ton doux parfum je t’oublie quand même. Soudain quelqu’un a défait le langage ça m’a fait mal je préfère tes mots. Je viens de finir la job, une disciple de sapho. Ils m’appellent l’anus à la voix d’or. Tu m’invites encore on mange du gibier. Je suis trop fatigué pour te dire. Je me sens tout tendre heureux d’avoir ton amitié. Dis-moi suis-je responsable de mon état quand dans ma tête se répète le mot showboy. Je sais que tu comprends. Allez on s’y met tu te fouilles dans le nombril pendant que dehors la pluie… C’est un moment calme dans la maladie. Ouais ! Tu m’appelles Ti-Gus et tu dis qu’il manque une note dans le dos de mon manteau. Je t’ai vue dans toute ta violence. Je vois ma cicatrice dans ta cicatrice la folie qui transporte les mots les plus méchants et les plus beaux. Tu me rejettes, rendre service c’est important, j’essais de le faire. Tu me rends la vie plus vivable. Assis dans l’autobus je t’attends, « le mal, le mal, leurs culs » voilà ce que tu dis. Tu montres l’ébauche de ton livre. Je ne pars pas tu apportes le soleil. Dis-moi ça te regarde si je rate ma vie. Double diagnostic, co-morbidité l’amie y’a rien à foutre avec ça. Je t’aime bien, ton humilité face à ces examens cytologiques pénibles. Je suis toujours heureux de te parler. Tu veux retourner chez toi dans ta famille à la maison de chambres. Tu es ce que j’étais avant. Je cours plus après le vent. Aide-moi ! Tu pardonnes, tu me pardonnes d’écrire, je repense à toi. Y’a trop eu de vendredis soirs. Tu m’obsèdes, tu m’obsèdes. Je me tais.



Métro Mont-Royal, plateau. Je m’arrête aux portes de la Mongolie orientale. Je suis l’Ovide de Lemelin. Je déteste les gens. Je suis juste une bonne poire qui fait rire. Je l’ai faite la promesse d’amitié à la vie à la mort. Je suis heureux de ta visite, tu m’as rasé le crâne. Je me sens moins seul une odeur de vanille flotte chez moi. T’es heureuse que je sois là. Tu sais le poète fou maudit c’est pas moi. Au Québec on aime bien les fous furieux. Comment je vais m’arracher à ton affection puisque paranoïaque. Je t’écris c’est bien la première fois que j’écris à une lectrice, t’as l’air effarée, effrayée. Tu dors des bouts de route. Non ! Voilà tu retournes en enfance dans un truck stop sous la pluie un viaduc qui traverse l’autoroute vers Ottawa. C’est froid et humide, j’enlève la buée, le paysage gris défile. Tu me passeras l’estime, t’es Dieu t’es partout. Tu dis qu’il n’y a pas de geste criminel. J’y crois pas. Ça nous mène à quoi ? Toujours heureux de t’avoir chez moi. Je sens ta tension, ton humeur modulée par le vaccin. T’en as rien à faire de mes combats intimes. J’en veux pas d’amertume de toi. Je veux que tu sois là toujours là. On est toujours assassiné par le gentil joli garçon. Où veux-tu que je sois ? Ils rient tous et tu me manques.

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Les fluctuations d’une relation amicale du narrateur avec une jeune femme qui attend le salut dans la publication de son roman.

« Y’a rien de réjouissant à montrer son orgueil dans de l’ouvrage de laissé-pour-compte », cependant. « Tu sais la nature fait pas d’artistes c’est elle l’artiste. Toi aussi dékoncrissée que tu sois tu te bats mais faut cesser. Je les vois partout les petits violents qui veulent te faire la peau. Moi j’habite le quartier des multi-poqués. Je me sens bien avec mes semblables dans l’arc-en-ciel de la misère. C’est un asile à ciel ouvert. »

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