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Cimes en abîmes

Jean Figerou

septembre 2007

La Première Dernière Balade (1/2)

Non, non ! Reprends raison ! Ne pas s’affoler, ne pas s’affoler ! Il faut, raison, garder. Hé putain deux fois plus haute elle est. D’évidence ! T’as beau te raisonner, elle est deux fois plus haute. Elle a doublé. Je te dis en s’approchant peu à peu tu découvres sa vraie taille à la montagne et elle a doublé je te dis. C’est pas possible ! C’est pas raisonnable. Elle a doublé de taille là dans le tournant ! On n’a jamais vu ça, jamais vu ça ! Et pourtant ? C’est ça, c’est là ! Je n’y arriverai jamais. C’est très, très au-dessus de mes forces ! Dans quoi je me suis lancé aussi ! J’ai trop présumé ! Aillheayeaye ! J’aurais pas dû, j’aurais pas dû, non j’aurais pas dû ! J’aurais jamais dû. Comment ça se fait que d’un coup la montagne elle a crû en folie ? Qu’elle a doublé d’altitude d’un coup ? C’est pas Dieu possible ! Boudigue ! Si j’avais su je ne serais jamais monté. Elle a géminé ! Oh yaillheaye ! Non, idiot ! Grand couillon de courge de cruche ! Crétin d’artigue* ! Elle se mire dans le lac et pu, pu, putain de grand trétras de couillon mol ! T’es dadais ! Ça pour être dadais, t’es dadais ! C’est ça ! C’est l’évident ! Il y a la montagne et son reflet dans le lac, la vraie et son double qu’il redouble, c’est pour ça que t’as cru qu’elle était deux fois plus longue qu’elle n’est troquet des Carpates ! C’est le reflet qui m’a trompé. C’est ça. C’est curieux tout de même ce lac qui reflète la montagne à l’identique comme s’il était enceinte de la montagne et qu’il avait accouché du pic ! C’est ça ! La montagne a accouché de la montagne, de son propre portrait dans le lac et son enfant est son propre portrait. La montagne accouchée de son portrait.



Je ne savais pas ? Oui, ça doit être ça. C’est sûrement ça ! C’est bien fait d’une certaine manière. Mais quand même… Enfin il faut faire avec. C’est comme la survie ça, ça doit marcher à l’instinct inconscient. C’est plutôt bien fait, enfin je pense. C’est question d’adaptation. Oh sûrement ! Je vois pas d’autre explication. Ça fait étrange tout de même. Mais faut faire avec. D’ailleurs je me demande si c’est vraiment la bonne explication ? Et si ça marche, comment ça marche ? C’est curieux. Ça fait réfléchir. Mais quand on est fatigué comme ça, quand on gravite la montagne, on est idiot, enfin on devient idiot de fatigue. On n’a plus qu’un neurone en montagne tellement on est ruiné de fatigue et lorsqu’on atteint le sommet on est si lessivé qu’on perd le dernier qui s’évapore en suée. Parce que… Non ! Je suis trop vieux, je suis si vieux que déjà en plaine, à l’état normal, je n’ai plus qu’un neurone et lorsque je monte en montagne, je n’ai plus qu’un quart de huitième de neurone. Et encore ? Et encore ! Je suis très optimiste. Enfin de toute façon que j’aie un neurone ou un quart de huitième de neurone qu’importe, en haut à cheval sur le sommet du pic mon neurone unique ou mon reliquat de neurone s’est déjà évaporé en suée tant je suis urtiqué d’épuisement. Non mais. Pour en revenir à. Il faut. C’est ça. C’est sûr.

Il faut avoir des ennuis pour bien vivre. Oui, je crois que c’est ça. C’est une expérience. Il faut avoir des difficultés dans la vie pour ne pas mourir idiot. Les difficultés sont une école de la vie. Et grimper est tellement exténuant que ça t’apprend la souffrance. Ça t’apprend la vie à l’effort et c’est bon. On n’apprend rien dans le plaisir, non, on n’apprend que dans l’obstacle et la douleur, dans la pénitence comme ils disent les chrétiens, enfin les chrétiens d’autrefois. La montagne c’est l’école du calvaire en quelque sorte ! C’est pas pour rien que Christ est mort sur un mont, le Golgotha. Hé oui ! Hé oui ! Faut du difficile, se dépenser dans la grimpette de la grimpette à se consumer pour vivre dans sa chair le difficile de la vie, pour le savoir d’expérience, de corps. Le sportif est toujours un peu maso. Et même beaucoup quand on joue au montagnard à mon âge. C’est simple, j’ai le corps qui fout le camp de partout. Je suis que rustine. Au-dessus de 2.800 j’ai l’impression de monter en pièces détachées, de faire un greling-grelot bringuebalé comme une caisse à outils. D’ailleurs arrivé au sommet, je n’ose pas m’asseoir de peur de me répandre en mille morceaux implosé. Je suis un tas, un tas en ramassis de ruines. Je comprends pas comment mes jambes ne sont pas encore parties ailleurs et s’articulent encore avec mes bras, plus ou moins en harmonie de désharmonie pendant que j’ai la moelle épinière qui a le vertige dans sa colonne qui joue de l’accordéon plus liquide que deux litres d’huile d’olive. C’est marrant quand je pars en montagne, je suis tout en appréhension. Je pars épuisé rien qu’à l’idée. Rien que de savoir qu’il va falloir grimper. Non vraiment, on se demande vraiment pourquoi on monte ? Que ça sert à rien, sinon à s’électrocuter les ménisques et se déchirer les genoux dans les reins ! Mais ce qui me hante. Ce que je crains c’est le cœur qui lâche. C’est ça que je crains, oui ! Je le crains en intense. J’ai comme l’impression d’avoir des varices qui poussent dans le cœur et l’amollissent à péter. Je suis là à m’ausculter, à me compter les pulsations minute à chaque instant, à me vivre mort lorsque le cardiaque s’emballe sur une grosse poussée de montée. C’est dire si ça me gâche le plaisir. C’est pas une vie. Je suis le plan orsec qui grimpe à moi tout seul. Mais qu’est-ce qui m’a pris à mon âge de vouloir encore commettre cette ascension ? Plus débile que moi tu trouves plus. Je suis plus une breloque, je suis une antiquité de la montagne, un demain de hier, un trépas cheminant sépulture, un chicot de vie morte. Parce que lorsqu’on est dévasté par la montée comme moi, on n’appelle pas ça vivre mais se consumer à petite mort de petit feu. Le plus craintif, si craintif que ça vous fait monter la tension et ça vous empire le cas ! C’est que ça ne prévient pas le cardiaque. Hop ! À tout moment il peut venir galoper dans les artères à les péter. Alors ça vous bourriche le bourrichon. De le savoir, ça vous rend malade. Enfin ça vous rend pas malade de maladie, mais ça vous affole. Vous ne pensez qu’à ça. Vous croyez que vous allez tomber au moindre symptôme, ça vous détruit. Rien que de savoir que vous pourriez être malade, ça vous rend déjà malade. C’est fou ce que c’est psychique l’homme. Ça l’est bien plus que la femme en fait. Ça accouche pas aussi. Ça n’a pas l’habitude de la souffrance. On se rend malade d’attendre la maladie en fait. C’est même à peine si on le souhaite pas avec soulagement tant on l’a attendu. C’est du masochisme pur la montagne. Mais là j’ai forcé, j’ai forcé, je sens le cœur qui va lâcher, je le sens, ça va pas tarder, ohlala ! Arrête de te faire des frayeurs ! Non mais je dis, comme c’est ! Tu sens rien, tu es débile à jouer les courageux matamores mais moi je le sens ! Faut être demeuré pour pas le voir. Je monte en cabri alors que je devrais me contenter de me tailler les rosiers au jardinet, c’est tout comme sport. Pas de sport violent. Que la pétanque, c’est simple et qu’au lieu de ça je joue à l’isard à me chanter l’Izarra dans les montagnes ! C’est pas la maladie de cœur que j’ai mais la peur de la maladie de cœur en outrance. J’y peux rien, c’est pas ma faute, j’ai vocation à me raconter le martyre en permanence surtout en grimpette à cheval sur un rocher comme un gamin sur son coursier. C’est l’essoufflement. C’est ça le plus dur, l’essoufflement en montagne, on l’est en permanence essoufflé. Et ç’est pas très supportable tout de même. Du début à la fin de la course être essoufflé, c’est la mort. Quelle joie on y trouve ? C’est ce que je me demande chaque fois pendant toute la course pendant que je monte claqué. Quel plaisir on a comme ça de monter décomposé en marécage de sueur ? Je comprends pas. Et le pire, le pire, c’est que je le fais ! Le pire.

J’ai réfléchi bien et longtemps et je crois qu’on marche en montagne pour se suicider. Enfin au moins comme on se suicide. Oui, c’est ça ou quelque chose de très proche. C’est même très jouissif le suicide. On ne tue pas que soi, on tue aussi le désir de mourir où l’on se venge de sa propre mort. Et l’on tue aussi le risque, le goût de l’aventure, le vivant en soi aussi, le plaisir des petites frayeurs qui vous titillent à vous faire exister. On doit trouver ça joli le suicide quand on fait de la montagne, on se suicide doublement, on se tue, on tue la vie en soi et le désir, le pétillant de la vie. On tue beaucoup plus que soi, on tue tout un code de vie. Ça sape pour l’éternité l’envie de se mettre en danger, de se surpasser, de toujours grimper, de toujours vaincre la montagne.



Un pas. Deux pas. Trois pas. Ohlala ! Éreinté. Je n’arriverai jamais à poser un quatrième pas. Sûr de certain. Je suis plus que mort, je suis décédé. Hé si ! Oh ! C’est un miracle miraculeux inespéré ! Je suis arrivé à poser un quatrième pas, qui l’aurait cru ? Vraiment. Et même un cinquième maintenant ! C’est pas Dieu croyable ! Alors que j’étais plus que mort. Vraiment la nature humaine a des ressorts insoupçonnables. Je me lisais littéralement mort. Et j’ai effectué cinq pas, six pas même ! Mais te réjouis pas trop vite le goujat de la marche. T’iras pas plus loin, ces six pas tiennent du prodige et un prodige ne se produit qu’une fois. Pourquoi c’est si haut la montagne ? Faudrait que je m’achète un parapente. Non c’est de l’inutile. Ça ne fait que descendre. Il faudrait inventer un parapente qui monte et pas qui descende. Non, c’est pas une solution, ça fait trente kilos en sus sur le dos. Je serais écrasé sous le poids. Allez marche, marche petit forçat ! N’oublie pas que tu vas à l’abattoir et souris puisque tu grimpes soi-disant pour le plaisir et que personne ne t’y oblige. Non mais on est à peine parti et je suis déjà anéanti. Je suis parti trop vite, c’est ça. C’est pas ma faute ! Oui mais celui qui mène la cadence est trop jeune, il va trop vite sans même le savoir. T’aurais mieux fait de marcher à ton pas au lieu de t’essouffler à les suivre. Tu marchais à ton rythme, tu prenais dix minutes de retard. Et alors ? Tu les rattraperais à la halte, c’est pas grave. J’aurai pas d’avenir à cette vitesse et direct au cimetière avant même d’avoir aperçu le sommet. Je suis déjà mort qu’on n’a même pas amorcé le premier verrou. Je suis déjà dans la complainte des genoux. Non mais qu’est-ce qu’on fout ? Mais qu’est-ce qu’on fout en montagne ? Alors que personne ne nous y oblige ! À part le vice. Je me demande combien d’heures l’homme peut parcourir ainsi ravagé par la fatigue ? Je me le demande ? C’est quand même résistant les guiboles ? Et les articulations ? Et le cardiaque aussi ! Mais pourquoi qu’on a des jambes en montagne ? On ferait mieux d’avoir des chenilles, on fatiguerait moins. Lorsque l’on a exténué toute son exténuation, qu’est-ce qui reste ? À part la mort. Arrête de l’appeler tout le temps le trépas ! Il va finir par venir illico presto espèce de macaque en mounaque ! Tu n’es qu’une contingence de ruines. Qu’est-ce que tu fous aussi à ton âge à courir la montagne comme une chèvre derrière des petits jeunes qui te tirent en haut par pitié de bonté ? C’est plus de ton âge à 67 ans de faire le joli cœur sur les cimes. Ça a l’air de quoi de quoi ça a l’air ? Vraiment t’es rayé de l’entendement ! Tu vas jouer les damoiseaux des cimes pendant combien de temps encore ? À quoi ça rime de vivre ainsi essoufflé tous les week-ends ? Tu veux te prouver quoi ? Que tu es pas encore mort ? Mais à ce rythme ça va pas tarder, crois-moi ! Boudiou ! Tu grimpes, tu grimpes ! Tu parles ? Tu vis avec l’horizon bouché à monter la tête basse pour ne pas relever le cou. Que le relever le cou pour voir où tu grimpes, te demanderait un effort surhumain tant tu as mis toute ton énergie dans les jambes pour monter sans penser comme une machine avec tes bielles du bas pour pas qu’elles se conjuguent trop les genoux. Que de toute façon avec la visière molle de ta casquette qui te cache tout l’horizon, tu risques pas de voir bien loin ! Déjà que tu as la vue basse et le regard en rétro-rétroviseur ! Que de quoi que tu as l’air avec ta casquette à oreilles d’éléphant qui jouent au légionnaire saharien en manœuvre, que tu as l’air plus que grotesque ! Et que tu transpires et que tu transpires ! On pourrait en extraire des litres de Suze de ton front. Je ne savais pas qu’on pouvait pisser de si haut autant, autant, je vais me déshydrater pour sûr ! Oulah ! Que ça me tire dans la jambe ! Déjà. Je n’arriverai jamais en haut. Faudrait me faire des massages. Triple buse de nigaud ! Déjà que tu es à un kilomètre derrière eux, c’est pour le coup que tu ne les rattraperas jamais, que tu te retrouveras tout seul dans la montagne et puis de toute façon les massages tu connais pas. Tu sais pas les faire alors c’est pas la peine de te monter le bourrichon en mou. Monte et ne pense pas ! Quand tu penses, tu te portes le mal et le malaise, tu te lèves la complainte comme une femme, que ça te fait souffrir en sus et qu’un montagnard ne peut pas grimper en femmelette.

Ah lah ! J’ai des jolies godasses mais c’est pas tout. T’es vraiment un gros couillon à vapeur. T’as cru qu’en t’achetant des chaussures neuves, tu marcherais mieux. C’est enfantin. C’est de la superstition archaïque ! Comment peut-on croire au XXIe siècle qu’une chose puisse rajeunir le temps ? C’est ineptie ! J’y gagnerai que des ampoules, oui ! Sûr ! Avec des chaussures neuves on n’a que des ampoules neuves. Et les ampoules neuves sont plus virulentes que les vieilles. Surtout pour des 7 à 8 heures de course ! Et des 7 à 8 heures de randonnée on est parti pour ! Pour des 8 heures plutôt, enfin pour moi vu mon pas de tortue à tendance paresseux. Pour sûr de sûr. Oh lala, je n’arriverai jamais à ce sacré Sacroux ! Jamais.

Enfin j’ai bien fait en fait de pas me poser aux pieds les chaussures neuves, j’aurais été cousu d’ampoules à l’arrivée. Et même bien avant l’arrivée ! Elles auraient pas attendu les huit heures d’affilée les ampoules pour émerger. Elles seraient nées dès la première heure oui ! Dès la première demi-heure même ! Oui. Peut-être ? C’est réglé comme la montée des cumulus. Ohlala, j’ai bien fait d’éviter ! Avec mes vieilles chaussures on se connaît, on est usuel l’un l’autre. On est habitué à marcher ensemble. Je sais quand elles vont me faire mal. Je n’ai pas de surprise et l’on souffre moins quand on est averti. Enfin je trouve ! De toute façon ça rassure.

Qu’est-ce qui t’a pris d’acheter des chaussures neuves aussi ? Pour pas les mettre ? C’est de l’argent parti dans les nuages à tire-d’aile de portefeuilles ! Et au prix où ça coûte encore ! T’es vraiment dépensier. Qu’est-ce que tu vas t’en servir à ton âge ? Des godasses neuves alors que sûr c’est la dernière fois que tu montes. Tu mourras pas avec, tu les emporteras pas aux pieds dans la tombe pour jouer les vrais montagnards. Sûr qu’ils vont te poser les chaussures vernies pour le dernier voyage. Et pas des chaussures de montagne.

Tu sais pourquoi tu vas en montagne toi ? Je vais te le dire. Pour mourir. Absolument. Ça couche dans l’inconscient chez toi mais c’est ainsi. Pour en finir avec la vie. Tu ne le sais pas mais c’est ainsi. Tu sais très bien que maintenant la montagne c’est trop dur pour toi que tu vas finir par y rester, si c’est pas cette fois-ci, c’est la prochaine fois mais de toute façon ça ne saurait tarder. Tu sais tu grimpes, tu grimpes pour jouer au bouquetin mais tu n’es pas loin du cimetière. Tu couches avec l’infarctus en fait. La maladie elle est en toi et la douleur dans ton pas. Tu n’iras plus très loin. Tu es trop usagé pour grimper. C’est pas dans la prudence. Je vais te dire, c’est ta dernière course, il te faut des quinze jours pour t’en remettre maintenant. Ça frise la démence sénilement précoce. Si tu te gagnes encore un sommet, tu le feras tout à quatre pattes. D’ailleurs tu n’en reviendras pas de celui-là, c’est pas la peine de te conter fleurette. Tu sens la fin. T’es que déboire. T’as jamais été aussi flagada, tu tiendras pas. Et on n’en est qu’au début de la première montée. Dans les dix minutes, un quart d’heure au maximum, tu te paies l’infract. C’est évident. Tu ne connaîtras pas demain. T’as trop souffert, c’est d’évidence. Sur ta tombe, ci-gît un montagnard courageux mais trop tendre. Parce que c’est dur la montagne, infiniment dur, épuisant même. On s’en rend pas compte d’en bas mais quand tu es sur le terrain, t’es tout pompé de mort. Tu marches, tu marches mais tu vis brisé, saccagé par ton pas. Tu montes dans l’accablement en portant ta mort. À chaque pas tu creuses ta tombe, c’est pas facile de monter comme ça en se le disant à chaque pas. À mon âge on ne monte plus pour se faire plaisir mais pour mourir. C’est même là où l’on trouve inconsciemment son plaisir. Pourtant j’ai acheté des bâtons, dernier cri ultrachic, des charlet moser galaxy compact couleur de paillettes de neige en strass à cinq points jaunes et double effet, de vraies banderilles. Ça soulage le bâton en principe. En principe ! Parce qu’à la montée je trouve pas que ça aide beaucoup. Ça alourdit même. Bon c’est pas bien lourd ces bâtons mais y en a deux et ça finit par faire presque la moitié et quart de deux livres ! Et en montagne même un gramme compte, même un gramme. Si. Enfin en principe c’est pour la descente les bâtons, ça soulage les genoux. Mais moi je vois pas à quoi ça va me servir, vu qu’à la descente je serai déjà défunt. J’aurai été évacué de la vie depuis belle lurette par l’infarctus. Je sais pas pourquoi je les ai amenés ? Dans l’espoir de me soulager le genou sans doute ? Mais tu les utiliseras pas puisque tu n’en reviendras pas que c’est évident ! Pour être à la mode sans doute ? Et pour faire le cœur de bouton d’or ? Parce que c’est ça aussi que j’espère ! Ces sorties en montagne ça sert pas qu’à baiser la nature, non ! Hé non ça porte aussi l’espoir ! Hé oui ! Un espoir érotiquement amoureux. Parce que dans ces groupes de montagne on espère rencontrer l’âme très sœur. Une veuve ou une coquine du sport un peu seule avec qui on peut peut-être faire un dernier bout de chemin ensemble. Enfin on espère toujours. On peut toujours rêver. L’homme est fait pour rêver. C’est même toute sa vie. Mais là c’est raté ce coup-ci en plus. À part deux jeunettes, y a personne de la gent féminine. Et pour les jeunettes y a de la concurrence et vu mon âge je suis insalubre pour elles. Je n’ai même pas de quoi rêver et me soutenir pendant toute cette marche grimpette, je n’ai que le calvaire de peiner. Et ces bâtons qui m’encombrent ! Je ferais mieux de les jeter puisque je ne reviendrai pas. J’ose pas. Je suis tellement radin de nature. Ils ne me soulagent même pas les chevilles à la montée alors à quoi bon ? Ne sois pas puritain de la marche comme ça. Si les gens marchent avec des bâtons c’est pas seulement pour avoir des compagnons, ça doit avoir une certaine utilité utile. Oh, j’ai peur que ce soit surfait. C’est peut-être un retour au bâton du berger comme autrefois où il était pas envisageable que le berger sorte sans sa houlette. Un retour écolo aux temps anciens et dépassés. Comme qui dirait un complexe de la bougie. Mais je ne suis pas un puritain. Un puritain c’est une putain coupée en deux par le milieu du rire et ça ne me plaît pas en intense. Enfin pas vraiment. Pour un homme c’est un peu odoriférant et pas flatteur flatteur. Ahlala ! Quand je monte, c’est la vieillesse qui monte. Toute la vieillesse qui grimpe. Ça sent la rouille et grince moisi.

Qu’est-ce que je suis gaminouche quand même ! Je me suis laissé embobiné comme un roquet par le Lucien. Il m’a fait venir à grimper à la montagne pour ne pas être le dernier éhtèh ! Il sentait qu’il vieillissait, il était plus aussi bon à grimper. Alors d’avoir quelqu’un de moins bon qui traînait derrière lui, ça le valorisait. Ça lui remontait l’ego. Il était supérieur vous comprenez ? C’est comme ça les hommes, c’est comme ça, on peut rien y faire. C’est comme ça. Et pas autrement. Je suis son faire-valoir quoi ! Son dégénéré ! Ça le requinque brillant de se sentir au-dessus, d’en avoir un moins bon qui traîne derrière lui, quelqu’un à mépriser. C’est ça. C’est toujours réconfortant de savoir qu’on n’est pas le dernier. Et puis j’ai remarqué que les hommes ne se cherchent pas l’amitié par affinité et pour partager les goûts et fuir la solitude. Pas uniquement, non. On est ami par miroir. Essentiellement. Quand on se reflète dans l’autre et que l’on peut s’y lire comme dans un lac alors on est vraiment ami. C’est fou comme l’homme est Narcisse ! Aimer d’amitié c’est se porter dans le corps de l’autre en miroir. Ouhhla c’est un peu osé comme pensée ! Faut m’en méfier, ça fait un peu pédé ! Ferais mieux de faire attention à là où je mets le pied, que je vais trébucher.



Un pas, deux pas, trois pas, mais qu’est-ce que je fais là ? Je vis mort. Quelle idée j’ai de grimper fripé de corps ? Que c’en est grotesque. À mon âge je suis bon pour la chaise longue et la boule ! Qu’est-ce que j’ai à grimpiller comme une chevrette ? À mon âge ? Ça double la démence ! Je suis tellement décrépi que je marche dans les pommes. J’avance évanoui. Marcher comme ça en montagne pendant des heures et des heures ça me polymérise le muscle et me pelote les nerfs, ça me broie l’électricité et me désarticule le souple. J’ai la colonne qui me rentre dans le sacrum et toutes mes vertèbres qui jouent aux osselets dans ma colonne. Je marche comme avec une carapace cuirasse qui m’enlise de fatigue. J’ai le muscle tout en nœud et le ligament torchon et le souffle avarié, si usé qu’il est comme métallique et solide comme du carton. J’ai plus d’espoir dans le pas. Je grimpe tous les muscles en momie. À mesure que je monte, j’ai l’impression de me détruire peu à peu, de devenir de plus en plus rigide à solidifier zombie à force et à marcher automate. Je suis le cadavre qui marche. Non même pas, je suis tellement lessivé que je suis le cadavre marché, je subis à la forme passive.

Grimper essoufflé ça valorise pas des masses. J’ai l’air malin comme ça en touriste de pèlerinage ascensionnel ! Et qui plus est, je me mets en danger. Je me décalcifie de sel à vue d’œil à mesure que monte la montée. Va falloir que je m’avale une petite pastille de sel comme les chèvres pour tenir. Tu aurais mieux fait d’aller travailler petite ruine au lieu de te tresser la promenade à flanc de montagne ! Mais le travail j’ai jamais été très fervent ! On travaille pour gagner de l’argent bien sûr mais je trouve qu’on le paie trop cher. C’est pas rentable. Au moins pour l’âme. Ah ? Parce que tu trouves que tu le paies pas trop cher de crapahuter la montagne comme un kangourou olympique à t’asphyxier le cœur de fatigue et te briser la santé ? Ebé qu’est-ce qu’il te faut ? Tu la paies plus que chère ta balade estivale. Qu’on te demanderait un tel effort au travail que ça serait pas envisageable, qu’illico presto toute l’usine se jetterait en grève illimitée ! Etèh pardi gagner sa vie ça ne veut pas dire se suicider au boulot ! Je ne comprendrai jamais quelle joie peut-on trouver à grimper quand c’est un plaisir qui vous crucifie à chaque pas ? Et le pire c’est que j’y vais chaque fois au martyre, j’accours comme un mouton dès qu’une petite balade montagneuse m’est proposée. J’ai jamais pu refuser une grimpette malgré tout le mal que ça me fait. C’est plus fort que moi. Je n’ai jamais su dire non dans la vie. Et encore moins en montagne ou je ne sais même pas dire peut-être. C’est une sorte de maladie le plaisir dans la souffrance. Enfin ça doit être ça.

Je suis trop vieux maintenant, je suis fait pour mourir pas pour gambader. Parce que bientôt je ne serai plus ou si peu. Enfin espérons que je ne finirai pas en petite charrette ! Mais la montagne c’est pas le ciel ! Les gens ils vous disent toujours que rien n’est plus pur que la montagne, qu’on y respire l’absolu et la pureté originelle, que cela doit être merveille, qu’on touche Dieu et rayonne de sa grâce et flirte avec la Vierge Marie dans la vertu des nuées et autres facéties mystico-poétiques. On voit qu’ils y sont jamais allés. Vraiment il faut jamais y avoir été pour le dire. En montagne on ahane, on couche avec le calvaire, on se peuple de souffrance et que ça. Le mont c’est hostile à l’homme. C’est cruel la montagne, ce n’est que cruauté. On vit de la pierre et l’on ne voit que de la pierre et l’on ne vit que la pierre. Tu n’y vois rien du bleu des vierges pures si nobles de chair et mousseuses d’âme au cœur de l’éther et de la beauté des cieux. Tu as la visière de ta casquette qui te bouche le regard et tu ne vois que les pierres qui croulent et déboulent de tes pieds à te faire trébucher, leur rêve. Les pierres des pierriers ne rêvent que de te faire chuter. Elles ne pensent qu’à se venger de ce que tu les chevauches sans leur autorisation. La marche en montagne c’est jamais spacieux, ça enferme, ça ne rayonne pas. La montagne ça n’a rien de pur, ce n’est que scories de pierres, déchets de gel et arrêtes de schiste. C’est pas jardin bucolique, c’est un combat de chaque pas. Tu avances toujours entre deux chutes. Tu y as autre chose à faire que te masturber à la grâce du ciel et te gaver de paysage, crois-moi ! En fait de pureté des monts, ça sent le démon. Y a pas plus aride de beauté que la montagne qui n’est qu’un terrain vague de cailloux à la terre torturée au supplice et immolée au calvaire de la pierre jusqu’au martyre. C’est ça qui me fait penser…

Je me demande si la montagne nous aime. C’est idiot bien sûr mais je me le demande ? Je souffre tellement à la gravir, je me demande si elle m’en est reconnaissante ? Je crains que ce soit illusion, y a rien de plus dur que la pierre. Elle me crève tellement que je ne peux que l’aimer en démence et folie. C’est pas que je sois maso, ça n’a rien à voir, enfin c’est autre chose. D’ailleurs qu’importe qu’elle ne m’aime pas. Il y a infiniment plus de joie à aimer qu’à être aimé en amour. Je suis une fournaise de soleil dans mon malheur ascensionnel. Je souffre tellement que je ne peux l’aimer qu’à déborder. Je souffre le miracle. Aimer c’est avoir le feu dans le ventre, c’est être supplicié de bonheur en enfer de joie incandescente. Être aimé c’est juste un peu de sucre sur le gâteau en cerise, c’est pas l’essentiel. Et moi je couche avec la montagne, enfin c’est dans ce sens que je couche avec. Elle me dépiaute tant je l’aime dans mon calvaire.



Ohlala ! Je suis un nuage. Je vous jure. Je transpire tellement que je m’évapore, je suis liquide. Je suis en nage de nage. Et dans cinq minutes je serai plus qu’un gros cumulus je vous jure. Et même que si ça se poursuit en masse de suées, je serai même un cumulo-nimbus ! Je vous jure. Je suis un ruisseau rien qu’à moi tout seul, je n’arrête pas de m’évaporer d’eau. Qu’à côté le Léman c’est un chott au cœur du Hoggargargar aride. Je sue même tellement que je suis qu’un jus de mouchoir à carreaux, j’en suis même transparent. C’est, le dire de la chose. C’est… Et tellement ! Et même plus que ça. Que l’éponge à côté de moi c’est une pierre ponce. Je ne savais pas qu’on était fait de tant d’eau et que l’on pouvait en sus pisser encore pour écluser le surplus, que ça tient du prodige. Fontaine qu’on devrait m’intituler. C’est simple quand je monte comme ça aussi haut de haut à mon âge, je perds par toutes les issues. Je suis un homme de fuite. Une passoire de vide.

Je suis guillotiné de dos. C’est comme une morsure aux reins en permanence. Ça m’épuise ces grimpettes. Mais qu’est-ce que je fais aussi à mon âge en montagne à escalader à m’esquinter comme un chevreau fol ? Je suis la fatigue. Je suis mal de moi. J’ai trop présumé de mes possibilités, je pisse trop dans l’orgueil. T’es le papi qui se monte le Ventoux et se prend pour Luc Alphand. Gros couillon d’imbécile malheureux, la grimpette c’est plus pour toi, c’est plus de ton âge. Tu veux faire le joli cœur encore mais tu es un ménopausé de l’effort maintenant. Tu es du passé, d’un passé très décomposé. Tu suintes l’eau en cascade. Ohlala ! Qu’ai-je fait à m’embarquer dans cette expédition ! La prochaine fois je me mets dans le sac à dos du copain puisque c’est un copain, puisque c’est un copain et je me me fais monter jusqu’en en haut. Puisqu’il tient tant à m’amener, ébé la prochaine fois il me portera ! Oui mais je pense pas qu’il restera longtemps ton copain dans cette conjoncture-là. Parce que ? Non mais parce que… Tu sens pas combien t’es ridicule à ton âge de vouloir grimper la hourquette* comme un crabe*. Hein ? Tu sens pas ? T’as l’air de quoi ? D’un sac de froment qui aurait tourné sarrazin. T’es plus un porte-croix, t’es plus qu’un supplicié de la croix ! T’es plus ronde-bosse, t’es un pochoir à point de croix. Misère. Tu la portes sur toi maintenant la misère ! T’es qu’un lit de souffrances et la honte de tes compagnons. Tu aurais dû refuser, ils ne t’ont pris que par pitié. T’es sans vergogne aucune, t’as pas compris qu’ils te le proposaient qu’uniquement que dans l’espoir que tu refuserais, gros nigaud bêta ? T’es bon pour le sapin. Et c’est pas les sapins qui manquent ici tout autour ! T’as plus qu’à prendre tes mensurations. Non mais qu’est-ce qu’on fait en montagne, non mais qu’est-ce qu’on fait ? Personne ne nous y oblige, pourquoi qu’on grimpe comme des tarés alors que ça sert à rien sinon à te ruiner les genoux et te miner la colonne vertébrale. Pourquoi que tu grimpes ? Pour t’épuiser et finir en petite charrette comme abonné à Lourdes ? Je crois qu’on ne fait pas plus bête qu’un montagnard pas obligé, de l’être. Mamma mia sans mamma ! Pourquoi se rendre orphelin de soi ? Et se jouer l’AVC à la roulette russe de montagne. Pourquoi se le jouer fils de détresse ? Hein ? Vraiment ? Faut être ravagé des pattes pour avoir la grimpette de l’inutile dans le sang ! Pour jouer à se faire peur à 67 ans ? Si c’est pas grotesque tout de même ? Faut être aride de la jugeote pour le faire, non ? Hé oui ! Hé oui ! Marcher à se faire péter le cardiaque, faut être oblitéré de la cervelle ! Faut avoir l’espoir en ruine. Et demain très près de hier. C’est étrange quand je marche épuisé comme ça, j’ai l’impression de marcher vers ma mort. Mais avec certitude et inexorablement. Et le pire c’est que ça ne m’angoisse pas plus que ça. Non.



Je peux plus aligner mes pas. Quelle rengaine ! Un pas et puis l’autre et puis l’un et puis l’autre et puis l’un, sans fin. Toujours grimper en suée essoufflé, la tête vide pour pas penser. Mais qu’est-ce que je fais là ? Vraiment, qu’est-ce que je fais là ? Je suis à la limite de défaillir à chaque pas. Trop fatigué même pour connaître le vertige. Et pourtant tout bascule à chaque pas comme si le monde y jouait sa survie. Je me fais l’effet d’une béquille qui avance comme on s’écroule. Il y en a qui sont mal dans leur tête, moi je suis mal dans mes pieds. Ohlala ! J’ai autant de personnalité qu’un moule à gâteau, c’est pour ça que je subis et que je monte comme une chèvre comme on me le demande et m’use à mourir. C’est ça. Tu ferais mieux de t’arrêter avant de mourir. Les pics c’est plus pour toi. Il faut que tu t’y fasses. Il faut que tu te raisonnes ! Ouhla ! J’ai la rate qui est descendue sous mes genoux et le pancréas à hauteur de cervelas ! Je progresse pratiquement à reculons dans une auréole de vertige et avance toujours au bord de la chute. Et même dans la chute, on peut dire que j’avance tombé. Je ne suis que de la viande à mouches, de la viande liquide et légèrement ambulante. J’avance bancal en martyr. Je suis esquinté de pas.

Bon ! Bien, bien ! On a bien fait marcher la langue. On l’a tournicotée dans tous les sens. Mais on va cesser de jaser dans la tête. Faudrait faire marcher les guiboles maintenant si l’on veut me ramener au port à bon port. C’est pas tout de causer, faut marcher en randonnée ! Et plus que marcher, marcher et remarcher, sans fin et sans relâche, constamment que c’en est épuisant. Épuisant et monotone même, on peut dire. Oui. Marcher et pas penser. C’est moins harassant de marcher la tête vide. De toute façon je suis tellement dilapidé que je ne pourrais pas penser de toute façon. Marcher en randonnée c’est comme mâcher du chewing-gum mais avec les jambes, c’est incessant. Ohla ! Ça recommence ! J’ai les genoux qui flageolent. Je ne vais pas pouvoir me gondoler des jambes comme ça pendant des kilomètres ! Il faudrait que c’ait une fin quand même. Quand on marche ainsi pendant des heures, le temps s’arrête, on croit qu’il ne finira jamais. C’est pas que le temps semble long, c’est qu’il est sans fin tant on est vidangé par la fatigue. Attendez ! Fait plus chaud qu’au Sahara au top de midi ! Je suis aveuglé par des larmes amères qui me piquent les yeux à brûler tant elles sont acides de sel. C’est calvaire, j’ai le visage comme un marécage. Je sue tellement qu’on dirait un petit ruisseau à moi tout seul ! Et en crue qui plus est. Ça ne devrait pas être permis de suer comme ça, que ça déminéralise, ça ne porte pas le bien. Ça vous ravine et vous porte à petits pas de liqueur vers la mort très lentement mais très certainement, inexorablement. Et puis… Je n’ose même pas me le dire, c’est simple, tellement ça m’effraie ! Je patauge dans la peur rien qu’à l’idée. Je ne pisse pas. Je n’ai pas pissé depuis ce matin. Et ça c’est pas dans le normal. Je me fragilise, j’ai bu plus de deux litres d’eau et je ne pisse pas. C’est que je m’épuise. Je le sens. Il faut y remédier. Tout part en sueur, je me déminéralise peu à peu. Et à force de manquer de sels minéraux je suis près de défaillir. Hé oui ! C’est sûr. Ça doit être lié avec la sueur. À force de transpirer en orgie ça me pompe toute l’eau que j’ai bue et j’en ai plus à pisser, je vais pas tarder à faire de l’urémie-cystite ou quelque chose de plus grave encore même ! Tant je suis saturé de fatigue, je ne suis plus qu’une saumure. On ne peut pas vivre sans sels minéraux, surtout en montagne, je serai plus qu’un crétin des Alpes si l’abstinence salée se poursuit. Je ne vois pas comment je pourrais me le fixer ce sel avant de me décomposer. Si je m’effondre par terre comme un tas en marécage, ce qui ne saurait tarder, brebis et chèvres vont me lécher à me faire fondre comme une glace. Je vais finir en bocage à pâturage. Et c’est peut-être pas le plus grave de grave parce que… Je le sens. En plus de mes malheurs essoufflés et fourbus avec ma chance habituelle au détour du buisson, je sens qu’on va se taper l’ours. Rien que l’idée ça me met en deuil. C’est sûr. On va pas y échapper. Avec toutes ces lâchers qu’ils ont faits dans ce vallon et toutes les vallées d’à côté, on va pas y couper. Sûr de certain. Bon ! Un ours ça ira encore, on peut le gérer je pense. Mais une ourse si on passe entre elle et le petit ? Je ne réponds de rien. C’est ça le danger. Ça peut être massacre. Parce qu’une ourse c’est fragile sur le sentiment quand ça porte, enfin plutôt quand ça a mis bas. Ça joue pas avec sa portée. Non non ! Ça vous déclare de suite la guerre si d’aventure vous vous aventurez de trop près. Surtout à Clarabide où qu’on est, que ça frissonne d’ours. Que c’est sauvage, sauvage, que y a pas trop de passage, que je le vois là installé l’ours comme le pacha dans sa mosquée. Surtout là après le col sous la pyramide de Pouchergues que ça doit pulluler grouiller à tripoter les isards que je le sens que c’en est truffé. Que je le sens. Qu’y en a autant que de cèpes dans le bois de l’Ombre, j’en suis sûr. Parce que… Oula dion ! Ouhhh patatou ! C’est tomber de Carabide en Scylla ! Et de Scylla en syllabe et de syllabe en b a ba d’abécédaire. Après tous mes malheurs d’essoufflements comblés d’épuisements trouver l’ours, c’est doubler la mise du malheur ! Ohla ! Ne te fais pas monter la peur, tu vas te faire accélérer la tension, il manquerait plus que ça ! Mais l’ours il abonde ici, je le sens, je le renifle. Il rôde au laquet*. Il faut passer les Lègnes de Pouchergues après on sera en sécurité. Mais pour l’instant on n’est pas passé, c’est ça ! Avant on est dans le danger. En plein. On se tient au débouché de l’ours, faudrait pas tarder. Arrête de te faire monter la tension, déjà que tu es décati, ça va pas t’arranger le pas ça, si le souffle te vient à manquer ! Ebé misère ! Parce que il y en a bien pour un bon kilomètre à flanc pour être étranger à tout danger. Parce que le plantigrade c’est pas mon plaisir, ni mon souhait. Qu’est-ce qu’ils ont eu à le réhabiliter dans les Pyrénées alors qu’on a mis tant de temps à l’éradiquer y a pas cinquante ans. C’est folie que de l’avoir réintroduit. Y aura mort d’homme, y aura mort d’homme et d’enfant et d’enfants. Et de femme ! Je vous le prédis. Enfin en attendant il rôde dans le buisson derrière les rhododendrons, je le sens ! Il se goinfre de gembres*, des baies plein la gueule. Oulala ! Passons l’air de rien mais sans faire dans la culotte. Pour ne pas lui donner de raison de venir nous visiter l’animal. Parce qu’il est craintif mais il est curieux. Ouhhyaillhe ! Monter et en plus surveiller l’ours, ça m’écluse. Que ça me brûle ! Je transpire tellement que je vais en devenir aveugle. C’est ça que je crois. Ça me brûle à incendier. Parce que en plus de la montée qui est de plus en plus abrupte à mesure qu’on monte à devenir verticale même et en plus avec la peur de l’ours au flanc, ça me bassine la transpiration et me double la tension. Si ça continue, si on n’arrive pas dans avant dix minutes, je vais y passer, sûr ! Il m’aura tué l’ours, pas de patte mais d’émoi. Sans même se montrer rien que par son nom et sa putative présence qui est absence, c’est dément non ? Vous trouvez pas ? Hé si ! Ah la crainte quand tu nous mouilles, on n’est plus que feuille morte. Comment peut-on avoir peur comme ça à multiplier la panique ? C’est idiot ! Eh tèh que veux-tu la peur ça se contrôle pas, ça se subit ! Ehtèh ! J’en ai des sueurs glacées de chaud rien qu’à l’idée de l’idée ! Et on n’est même pas à la moitié des Lègnes ! Qu’est-ce qu’on traîne ! C’est de ma faute, je peux pas poser le pas plus vite je suis trop abattu. Je suis sûr même que je vais commencer mon chapelet d’ampoules maintenant. J’ai un petit caillou qui s’est introduit dans ma chaussure et je n’ose pas l’enlever de peur d’encore les retarder. Et ce soir j’aurai droit à mon chapelet d’ampoules, sûr ! Faudrait que je m’arrête, ce serait plus judicieux. J’ose pas. Ose, ose, bougre de quadruple buse ! C’est pas des vautours ! J’ai le pas tellement lent ! C’est pas une raison pour t’ouvrir au martyre ! Souffrir des pieds, ça double la distance. Déjà que tu es handicapé du souffle, tu vas pas devenir en sus handicapé de la patte à claudiquer tout bancal à être amputé ? Hé non ! C’est pour le coup que tu les retarderais à l’infini ! Tu serais à la limite du brancard. Non je stoppe ! Au diable le retard ! Et puis ça me permettra de reprendre mon souffle, de me refaire une haleine vierge de toute grimpette.



Ouf ! Ah ce lacet qui ne veut pas se défaire ! C’est toujours pareil, quand on est pressé, tout s’énerve et rien ne marche. On est si tendu que tout foire. Alors il se défait ce lacet ou tralala lala ? D’ailleurs je ne comprends pas comment au XXIe siècle on ait encore des godasses avec des crochets et des œillets alors que tout est en scratch aujourd’hui ? C’est pas pensable ! Enfin c’est ainsi. Alors ce nœud t’en viens à bou… Ah ça y est ? C’est pas trop tôt ! Et les autres qui galopent là-bas ! Oulala ! Je n’arriverai jamais à les rattraper, déjà que je suis tout flapi ! Un vrai papi. Et c’est ce petit caillou de rien du tout qui me faisait autant de misère. C’est curieux quand même comme un tout, tout petit caillou peut porter autant le mal ? Ça me dépasse. Alors cette boucle elle vient pas ou elle veut pas ? Qu’est-ce qu’elle a à se contorsionner ? Et ce crochet il prend le lacet ou quoi ? Remarque c’est peut-être pas tout à fait de sa faute, ces godasses sont tellement usées qu’elles en sont toutes avachies, tordues et le lacet n’y a pas de prise comme sur une verticale de dalle de granit. C’est pas parce que t’es vieux qu’il faut que tu prennes de vieilles godasses ! Au contraire ! Comme tu es tout usagé, il faut que tu prennes des godasses neuves, toutes modernes à la page des dernières découvertes technologiques qui aident à marcher, au contraire. Qui marchent même à ta place, tu vois ! Des toutes belles chères qui facilitent la marche. Évidemment ! Au lieu d’enfiler tes vieux brodequins tu ferais mieux de te chausser neuf, avec des chaussures de la dernière vague de la mode et de la technologie ! C’est évident ! Avec des repousse-cailloux ! Comme ça t’aurais pas de cailloux dans ta chaussure. Et si t’as pas de cailloux, t’as le pied sain, t’as pas de risque d’ampoule ! Hein ? Que tu dis que les chaussures neuves elles te font toujours des ampoules ? Taratata ! Pas les modernes modernes ! C’est pas possible ! De toute façon t’en as déjà des ampoules ! Et il vaut mieux avoir des jeunes ampoules que des vieilles ampoules ! Si ! Les ampoules modernes sont plus petites que les ampoules des vieilles chaussures. C’est le progrès technique qui veut ça. Ils ont pas pu encore supprimer encore complètement les ampoules mais ils les réduisent et les compriment avec la technologie d’aujourd’hui ! Absolument ! Si ! Tu es plus dans l’à l’aise avec des chaussures neuves qu’avec des vieilles. Non mais attends ! Attends ! Tu m’as vu avec des godasses neuves ? Que j’aurais l’air de quoi avec les pieds chaussés comme mon petit-fils ? Hein ? Non ! Des chaussures hypergigasidérales futuristes star-trékées supermarché avec des fusées aux pieds ? Non, c’est pas possible ! La montagne c’est pas carnaval ! Ni la Fête des Fleurs ! J’ai encore le sens du ridicule moi ! Bon ! Au lieu de tergiverser à te perdre et perdre ton temps dans la pensée, tu l’as relacée ta godasse ou tralala ? Tralala ? Non. Allez dépêche-toi ! Plus vite ! Te fâche pas, te fâche pas ! C’est fini. Voilà ! Je me lève et je marche. Comme un automate mais je marche. Allez, avance au lieu de rechigner ! Tu ne vas pas prendre gîte dans la montagne tout de même ? Ç’aurait l’air de quoi d’avoir l’air ? Tu finirais vite gelé et même congelé !



Un trois mille de quoi ça procède ? Tu veux te faire un trois mille à ton âge ? À quoi ça a l’air ? Que y a pas d’air là-haut ! Que c’est plus de ton âge ces élucubrations, qu’il faut mettre les mains pour gravir. Qu’en plein mois d’août il se peut que la montagne sème du grésil là-haut et du verglas tout plein dans le plus pentu et exposé nord et de la neige la plus glissante. Ça s’est vu ! Ça s’est vu ! Et plus constamment qu’on ne croit ! Que ça, ça ouvre un chemin de mort toute cette immaculée glissante. Bon enfin n’exagère pas non plus ! Le mois d’août c’est plutôt la canicule que le grand hiver même à trois mille. D’abord, ton trois mille il est à peine à trois mille ! 3003 seulement, il est tout juste à trois mille ! Tu ne vas pas nous en tricoter des petits moutons ? Trois mille ? Faudrait pas jouer au héros ? Faudrait pas trop la ramener non plus ! Ça n’a rien de l’exploit ! Y a rien de plus commun que les 3000, il y en a 139 dans les Pyrénées et encore en comptant juste. Au plus près ! Sans répertorier les secondaires ni inventoriser les attenants et les aboutissants. Qu’avec les secondaires tertiaires on peut en rajouter un bon 86 de plus et si on comptabilise les dépendants adjacents, on chiffre dans les 123 en plus ! Facile, facile ! Que ça fait en tout dans les 348. Au bas mot au bas mot ! Au moins. Au mooinssse. Et encore j’ai dû en oublier encore au passage dans l’additionné. Et encore sans facturer les dérivés subordonnés tributaires. Que ça ferait dans les 500 facile ! Eh c’est pas si petit que ça les Pyrénées ! Ehtèh pardi c’est pas les Alpes mais tout de même ! Tout de même ! 600 trois mille, c’est pas rien ! Enfin faut pas trop abonder non plus ! 3.000 c’est prestigieux seulement dans les Pyrénées ! Parce qu’au Tibet, 3.000 c’est au-dessous du niveau de la mer pratiquement ! Hé si ! Enfin de toute façon à la vitesse où je les fais, que c’est loin d’être fini pour moi ! Que c’est même pas commencé, on peut dire, vu que j’en ai fait que dix ! Et encore en trichant ! Je les aurai tous montés les 3.000 de chez nous quand j’aurai 4.221 ans ! Vous voyez ? Que Mathusalem à côté c’est un bambin ! Bon, bien sûr je dénombre avec les contigus mitoyens mais quand même ! Mais je ne recense que les jouxtant limitrophes et les accolés avoisinants incidents à annexe à succursales frontalières ! Faut pas croire, faut pas croire, non ! Je suis rigoureux dans mon recensement. Enfin tous ces pics ils me sonnent l’Angélus ! Ils me moissonnent la fierté dans la tête, je veux dire. Ouè ! Parce que quand on a fait un 3.000 on est un peu plus que rien. Enfin il faudra que je fasse le grand pic un jour. Le plus grand des grands, le Néthou, que c’est le plus haut, le plus imposant puisque le plus haut. Il faudra que je me prenne le courage de me le faire. Oué. Avoir l’Anéto dans son palmarès ça fait copieux et sérieux ! J’aimerais bien. C’est pas pour dire, mais ça me flatterait l’orgueil. Seulement voilà, c’est au-dessus de moi ! Parce que monter dans des 2.500, ça va encore mais c’est autre chose que monter dans des 3.500 ! Hé oui ! Parce que l’Aneto il fait 3.404 mètres sans poussière. Jusqu’à 2.800 ça va. Enfin en gros. Le souffle tient mais après c’est la forge, le souffle court et le poitrail qui ronfle en démence et tatycardie. Dès les 2.900 que j’ai le poumon à l’enclume. C’est comme si j’avais les poumons saccagés, comme si un volcan qui me porte l’asphyxie, y baignait de cendres et de gaz en incendie mais sans lave. Et plus on grimpe plus la fournaise carbonise en crassier et vous torréfie vivant. Surtout vers les 3.000 ou c’est de l’inconscience pure de grimper. Un risque grave que je prends. Alors monter encore 404 mètres, c’est au-dessus du dessus de mes forces. C’est l’infarctus décès programmé ! L’Aneto il vous incinère vif. C’est pour ça que j’ai jamais osé, je veux pas mourir tout de suite. Mais j’aimerais bien, j’aimerais bien. Peut-être qu’avec de l’entraînement ? Qui sait ? Un jour peut-être ? J’aimerais bien. On doit toucher le soleil là-haut ! Si haut. Oui. 3.404 quand même ? C’est pas demain que je m’élèverai aussi haut. C’est que là-haut, on a la tête tout en tourments et en tourbillons, toute échevelée de vertiges. Avec éblouissement tournis la pensée affalée tourbillonnant dans le vague à imploser tournoyer. Elle porte la mort l’Anéto parce qu’elle est d’origine divine. Ça remonte au temps d’avant avant il y a très longtemps. Parce que… Hé oui ! Ça remonte à Néthor. Néthor, c’est un dieu celto-ibère qu’on célébrait en grande cérémonie de montagne ici aux temps très anciens d’avant. Oui, le Néthor qu’il s’appelait ou quelque chose comme ça ! C’est pour ça que chez nous on l’appelle le Néthou l’Anéto. Ça vient de Néthor. Mais ça n’a rien à voir avec Nestor, contrairement à ce qu’on pourrait croire à accroire. Y en a même aussi des qui disent que le Néthou c’est l’ours. Mais c’est hérésie, hérésie. Ils abusent. Parce que le Néthou on le met à toutes les sauces parce que c’est le plus haut mais faut pas exagérer non plus. À force de tout vouloir lui faire dire il ne dit plus rien du tout. Y en a même qui disent que le Néthou c’est le Nettoie-Tout. Oui. Mais on n’est pas loin du blasphème là ! Mais. Ils devraient pas. Le Néthou il pourrait se venger. Et sa vengeance pourrait être terrible, terrible. Il pourrait rayer de la carte des villages entiers, les rayer de la carte à tabla rasa entièrement. Et faire l’hécatombe à l’avalanche. Si. Si ! Ça c’est vu ! Ça c’est vu. Mais. Enfin. C’est le cercueil en direct l’Anéto, c’est si haut. C’est pas sans danger, c’est pas sans danger de la gravir. Et pas parce que c’est le plus haut. Pas seulement ! C’est pas superstition mais ça porte les forces du mal. Oui, oui ! L’Anéto c’est dans le Massif de la Maladetta. C’est même son culminant. Et la Maladetta c’est la mauvaise dette, la mauvaise date. C’est dire, c’est dire, ça peut pas porter le bonheur et des risettes au cœur avec un nom pareil ! Elle est déjà dans le nom la malédiction. Ah ? Hé oui ! Ça vous en bouche le petit coin ! Ah ? Hé oui ! Parce qu’y en a qui disent que avec le Néthou tout est doux. Mais c’est pas vrai, c’est pas vrai ! Il y a de la difficulté dans le Néthou, il y a de la difficulté technique, oui ! Si. Hé si ! Y a un passage dans les hauts pas si facile après avoir franchi le long glacier pyrénéen, je dis le long glacier pyrénéen parce que c’est le plus long et le plus grand qu’on ait dans les Pyrénées. Le seul qui ait vraiment l’air d’un glacier en fait au jour d’aujourd’hui, encore et un peu de demain, on peut dire sans chauvinisme extrême. Oui alors après le glacier quand on attaque le rocher tout nu de neige tant il connaît la verticale, dans les 3002 et quelques poussières il y a un grand saut à faire que c’est péricoloso. Le pas de Mahomet qu’il s’appelle. Le pas de Mahomet, c’est dire, c’est dire. Vous voyez si c’est dangereux, rien que le nom, rien que le nom, c’est le nom même du danger. C’est un pas plus que difficile à franchir. Avant de passer vous êtes chrétien, pendant que vous passez, vous êtes rien ou athée, enfin au moins très peureux et après vous êtes mahométan. Vous vous rendez compte ? Vous vous rendez compte ? Vous faites de la montagne comme d’autres font du ping-pong et vous vous retrouvez schismatique complètement hérétique. Juste en en faisant un pas dans la montagne, rien qu’un pas ! Faut dire aussi que ce pas il est pas innocent non plus ! Non ! Non ! Il est risqué. Vous vous retrouvez au-dessus du vide en plein. Parce que dessous c’est le vertige du vertige, il y a plus de 500 mètres de vide vide. C’est les enfers autant dire au-dessous ! Ouhhhh ! C’est pour ça qu’on l’appelle le Pas de Mahomet justement. Parce qu’il sent le mal et la chute. Et la chute pour un alpiniste y a pas plus mortel, c’est la fin même. Ce lieu de danger extrême il porte le nom même de la religion infidèle, mécréante, de la religion du diable, la religion de Mahomet, pour les croyants. C’est pour ça que je me le ferai jamais l’Anéto, j’aurais trop peur de devenir mahométan. Parce que je voudrais pas mourir mahométan. Autant dire mécréant. C’est pas que je sois un vaillant et ardent chrétien fougueux, j’aurais même une petite tendance athée qui perdure à s’enkyster. Mais même si je suis athée, je suis de culture chrétienne malgré tout, c’est ma page d’histoire en moi le christianisme, ma culture ancestrale qui m’enracine dans mes pieds et dans cette terre verticale. Et les pieds y a pas plus important quand on marche. Surtout en montagne. Je suis un athée catholique en fait. Et en rien mahométan. J’aurais même honte d’être mahométan. Ça fait vraiment trop sous-développé comme Dieu, vraiment archaïque arriéré, un Dieu qu’on adore à quatre pattes et qui relègue la femme au rang animal, qui est si grand et si miséricordieux et si haut qu’on ne le voit jamais ! Remarquez le dieu des chrétiens c’est pas mieux, c’est pire. Un Dieu qu’il faut bouffer comme aux anciens temps des sacrifices humains. Qui fait de nous des anthropophages ! C’est quand même assez exécrable. Ça vous porte la honte. Y a pas de quoi se pavaner l’esprit. L’embêtant avec Dieu c’est que l’homme c’est toujours un déchet de la divinité, pour ne pas dire de l’humanité. Oui, enfin c’est pas le Néthou qui me fera retrouver le chemin de Dieu malgré le pas du Mahomet ! Il y a toujours de la démence dans les religions. Et le religieux c’est toujours acrimonieux. Parce que c’est quand même pas tout à fait tolérable ni désirable de devenir musulman juste en passant le Pas de Mahomet en se promenant. C’est pas chrétien, du seul fait qu’on ait fait un petit saut dans le ciel, c’est pas pour ça qu’on appartient à Dieu. L’air c’est comme l’eau, il appartient à tous comme dit le hadith. Les hadiths sont comme chacun ne sait pas, les commentaires du Coran. On n’a pas envie d’être des esclaves de Dieu. Aucune envie. Le Bon Dieu qu’il reste là-haut mais ne le trimbalez pas en montagne, il pollue la montagne. Il risquerait de tomber, c’est très dangereux la montagne. Très nocif pour le Dieu unique quand on voit tous ces pics. Je le lis très étranger à la montagne moi Dieu. Très. Très. S’ils croient que je vais m’ouvrir à la fatiha parce que j’ai franchi le pas de Mahomet qui m’aurait ouvert à l’Islam, ils couchent avec les nuages ! Et se mouchent à la bave de crapaud. Je suis pas du genre à me laisser chapeauter par un tapis dirigé vers l’est. D’abord j’ai trop mal aux genoux pour m’agenouiller de Dieu. Dans quelque direction que ce soit ! La génuflexion que c’est prohibitif pour moi ! Et puis de toute façon il ne faut pas trop les multiplier les dieux, ça amène toujours le mal et la bagarre. Non vraiment je ne suis pas mûr pour Allah ! Et la chaada ce sera pour une autre vie où que j’aurai le genou plus jeune. Le : Au nom de Dieu, Clément Miséricordieux, louange à Dieu, Maître des mondes, Clément Miséricordieux, Souverain du jour… très peu pour moi ! S’ils croient que je vais entonner l’antienne en litanie cinq fois par jour, ils se foutent le goupillon au four à chaux et la carpette en moquette ! Oui. J’ai jamais eu le Dieu respectueux moi. Dieu il me donne des furoncles à l’âme rien que d’en parler. Ça me vide avant de commencer moi la prière. C’est dire ! C’est dire ! C’est tout dit. Je suis laïc, c’est ma religion.



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Paysage 860 : Corse (2009).