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Foyer à ciel ouvert de littérature contemporaine européenne

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Crocrodile

Jean Figerou

janvier 2004

2

Le temps est soleil. Des avions crucifient le ciel en Saint-André. Lumière miel sur les arbres, miel sur son corps. L’heure est à la brillance dans le ciel.

Qu’est-ce qui est bleu dans l’amour ?



Tu meubles ma tête tout le temps, tout le temps du temps, du temps à chaque instant. Je ne peux m’en défaire. D’ailleurs je n’en ai nullement envie en rien. J’arrive au bureau et tu es là. Si. Oui. Je suis au bureau dans mon fauteuil. La pile de dossiers à bâbord, le téléphone-fax et autres combines à tri, l’ordinateur central. Je bosse. La porte s’ouvre, le directeur entre et me demande je ne sais quoi. Je ne le vois pas, je ne vois plus que vous. Bien. Après la D.R.H. entre dans mon bureau. Elle me demande un papier. Magie. Mutation. Transfiguration. C’est toi. Peu à peu ses traits flous évoluent et ton visage apparaît dans son visage sans fin. Elle cause, peut toujours causer, je ne vois que toi. Je suis ailleurs. Je ne pense qu’à toi. Je ne travaille plus, tu meubles tous mes instants. Je suis incapable de travailler, de penser, tu m’habites entièrement. Je suis dans le vague, dans le vague de toi. La journée se poursuit et c’est toi qui m’accompagnes tout le temps sur l’écran de l’ordinateur. J’essaie d’écrire, de tracer des lignes, mais c’est toi que je vois tout le temps à chaque instant entre les lignes. Ce n’est pas possible. Après entre un client je ne lui réponds même pas, je suis en toi. Puis vient ma secrétaire pour me faire signer le parapheur. Elle me trouve bizarre évidemment je suis avec toi. Ce n’est pas elle c’est toi que je vois. Je lui souris béatement. Elle n’en revient pas. Elle ne dit rien mais n’en pense pas moins. Tout est comme ça, va à l’avenant et à vau-l’eau. Je vais finir par me faire virer et me retrouver chômeur. Ils m’ont déjà menacé, enfin pas menacé mais des allusions. Je ne suis plus à ce que je fais et ce que je dois faire, je ne suis qu’a toi, qu’en toi. Ca ne peut plus durer mais c’est tellement délicieux. Je vais finir par me retrouver au chômage à cause de ton amour ma vie à mort. C’est la vie. Je suis décédé au travail tant je suis en toi amour Amour.



Tu ne travailles pas rue du moulin, mais rue Jean Moulin.

Hein ?

Tu préfères c’est plus joli. Oui bien sûr tu as raison.



Je vais rencontrer ton corps. Je suis en fête, tout gorgé de bonheur. Te rencontrer, te rencontrer dans ta chair ! Enfin. Bientôt. Juste, juste là dans un instant, oh Dieu ! J’en suis tout électrocuté.



Mets-toi de profil ! Si, mets-toi de profil ! Je t’en prie. Je t’imagine ainsi à la pointe de ta beauté. Tu es plus belle de profil. Le soleil derrière se pose en auréole, tu rayonnes. Je te devine mieux. Et puis… Tais-toi, laisse moi contempler. La courbe de tes cils qui remonte au ciel. Elle te fait l’œil océan noir. Oh la pulpe de ta joue qui chante ta gloire ! La chute du nez ronde qui bombe le front comme caresse de matin. Tu es plus ronde, tu es plus belle. De face tu es belle mais de profil tu rayonnes mon amour. Oh ! Et l’ourlet de tes lèvres plus large qu’un baiser. Oh je ne m’en remettrai jamais ! Tu devrais toujours marcher de profil.

— A l’égyptienne.

— Ne te moque pas !



Le temps était pâle, l’heure anodine, la nuit encore dans l’enfance, tu marchais. Je pouvais lire toute ta vie dans ton pas. Rien que de te regarder marcher je te connaissais.



La crainte. La crainte en permanence m’habite. La crainte perpétuelle de toi, de déplaire, de te perdre, que tu me quittes, de l’éloignement, de l’habitude, de tout, de… de… La crainte complète qui me tient excitée, la crainte qui me tient inquiet. Inquiet de tout, inquiet de rien et tout meublé de petits riens qui me tiennent constamment dans la peur, tel est mon amour. L’amour est souffrance. Tu es là, j’ai la crainte de te déplaire, tu es absente et j’ai la crainte de ton absence tout habillée de tristesse. Ton manque me tient dans l’hébétude, âme écorchée. Anéanti de toi, anéanti de crainte, je suis toujours dans la crainte de ton corps mon aimée. Plus je t’aime plus je suis exacerbé de crainte. Je te vois et suis prostré interdit, tout de peur saisi, en perpétuelle alerte. Tout fouetté d’excitation pétrie d’angoisse. La crainte me fait fébrile, tout ulcéré de sève. Tu m’attires à me révulser, à me repousser en vertige d’angoisse, accroché de peur à tituber de vie. La crainte de toi est la crainte de mon amour, de ton corps, de ton corps d’amour qui est le corps de mon supplice d’amour. L’amour est la chair du danger, il vous flambe comme un incendie et vous gèle de crainte à vous consumer de douleur, déchiré d’angoisse, éperonné d’alarme. Il vous prostitue d’effroi épeuré. Il vous vide stérile, cristallisé de saisissement et pétrifié transi de malepeur.

Et toujours l’amour me fermente, j’en suis tout détérioré de cœur, tout lessivé d’espoir. Je ne vis que d’un amour de crainte comme saint Paul, en bon fils de la Bible, parle de la crainte de Dieu. Parle de. Silence. Crainte. Effroi. Toi.

Tu me dénudes toute l’âme, tu me dévêts de tout sentiment. Comme un écorché je me porte tout vibré de crainte comme certains arbres écorchés d’hiver dans la peinture chinoise, tout torturés de sève. Oui pantin, je ne suis qu’un écorché de médecine à l’amphi des désirs. Tu es le regard du monde sur mon corps.



Pleine lune, lune pleine, elle est enceinte de sa forme. Et elle ? L’aimée, corps de lune ? Est-elle enceinte de sa forme ? Elle est pleine, elle est la lune, elle est si belle, elle est pleine d’elle-même.



Embrasse-moi. Plus fort. Plus profond, plus puissant. Embrasse-moi. Encore.        Encore. Embrasse-moi. Encore. En tout. Je suis toi. Embrasse-moi. Embrasse-moi encore. Oui.        Je lis en toi. Quand tu m’embrasses très fort, très profond, je lis tes pensées. Je lis en toi et ma pensée vit en toi. On s’est tout échangé, même le dedans de la tête, le cœur des sentiments, l’âme des pensées, tout.

Embrasse-moi encore que je sois toi en ravage. Tu es ma foudre, je suis ton plaisir, tu es ma pensée.



Je pense à toi. Je pense à toi chaque seconde, à chaque souffle je pense à toi. Je ne peux pas vivre sans penser à toi mon obsession. Tu m’habites en tout, en toute ma chair, en chacun de mes gestes, je suis toi. Je n’en finis pas de ne pas en finir de penser à toi chaque instant. Et chaque fois que je pense à toi, je bande. Et comme je pense tout le temps à toi, je bande tout le temps. Et si je n’étais pas traversé par toi, par le désir de ton corps, je ne pourrais pas écrire, je ne pourrais pas t’écrire, je ne pourrais pas écrire toi. J’écris parce que je pense à toi tout le temps, pour me délivrer, pour ne pas mourir étouffé d’amour. Et j’écris parce que je bande. Tu es la forme de mes lettres. Si je ne bandais pas, je ne pourrais pas écrire vif, je ne pourrais pas écrire notre amour parce que je ne pourrais pas bander. Tu es ma flèche. Ma bitte est la chair de l’amour, la langue de ma cervelle mon amour.



*



Lundi 21 octobre. Sainte Céline, c’est la fête de ma cousine-filleule. Lune en fête en sa plénitude. Elle est en tout son corps dans le regard des hommes et des femmes. Tout est en ordre. Le soir est au soir comme on dit le matin est au matin. Le ciel dans le ciel et le soleil au couchant, il s’apaise après avoir étincelé tout le jour. Sous la coupe de son couchant les façades des immeubles se la jouent Middle West en dorures. Parfois le soleil est un cri dans le bleu. Le plaisir mûrit, l’air mûrit. Tout mûrit. En face de ma face ils refont la toiture depuis plus de trois mois. Le gris des nuages étage le ciel. Son sillage peuple le ciel.



Embrasse-moi ! Hein ? C’est pas évident au téléphone ? Mais si ! Je tends la joue droite, j’embrasse ta joue droite. Moumh ! Tu tends la joue droite, tu embrasses ma joue droite. Moumh ! Je tends la joue gauche, je t’embrasse la joue gauche. Moumh ! Tu tends ta joue gauche, tu embrasses ma joue gauche. Moumh ! Je tends ma joue droite, je t’embrasse la joue droite. Moumh ! Tu tends ta joue droite, tu m’embrasses la joue droite. Moumh ! Je tends ma joue gauche et embrasse ta joue gauche. Moumh ! Tu me tends ta joue gauche et m’embrasses la joue gauche. Moumh ! Je tends la joue droite, j’embrasse ta joue droite. Moumh ! Tu tends la joue droite et embrasses ma joue droite. Moumh ! Je tends la joue gauche, j’embrasse ta joue gauche. Moumh ! Tu tends ta joue gauche et embrasses ma joue gauche. Moumh ! Je tends la joue droite et embrasse ta joue droite. Moumh ! Tu tends la joue droite et embrasses ma joue droite. Moumh !

Hein ? C’est pas pareil. On n’a pas le contact de la peau sur la peau, la douceur soyeuse de la pression de la bouche sur la joue, le suave humide du baiser qui distille la caresse des lèvres, le toucher de l’amour, le… Oui mais on a le son. Moumh ! Moumh ! Moumh ! Moumh ! Moumh! Moumh ! Moumh ! Moumh ! Moumh ! Moumh ! Moumh ! Moumh ! Moumh ! Moumh ! C’est déjà pas mal.



Tu n’étais pas là hier à sept heures ! Je l’ai senti. Ca m’a manqué. Moi je pensais très fort à toi, très fort. Tu rayonnais dans mon ventre. Je te voyais dans ma tête, lisais ton corps en souvenir. Oui. Quand on pense très fort, très fort, très fort d’amour, on voit la personne à qui l’on pense, on la touche, on la caresse avec la mémoire. Et là j’étais là dans le souvenir. À sept heures comme chaque jour, à l’heure que l’on s’est fixée pour être ensemble et penser l’un à l’autre, l’un en l’autre à distance comme tous les jours à sept heures précises. J’étais là avec toi dans la tête et toi tu étais absente à l’heure que l’on s’est fixée pour notre rendez-vous quotidien chaque jour pour être ensemble et se vivre de caresses dans le souvenir chaque jour à heure fixe. Chaque jour, chaque jour. Tu pensais ailleurs. Tu étais pas là. Tu aurais dû être là et tu n’étais pas là. Je pensais à vide. Je le sentais, j’avais du flou dans la tête, comme un étourdissement à migraine. Comme la tête pâteuse, une sorte de gueule de bois sentimentale. Et ça me faisait glisser dans le malheureux. J’en perdais les pédales, douté de tout, je…

— Je m’excuse mais je soignais mon fils, il était malade.



Je n’arrive pas à me décider. Je n’arrive jamais à me décider. Tu m’as donné le choix entre t’embrasser sur la bouche et t’embrasser dans le cou tout à l’heure. T’embrasser sur la bouche c’est s’embrasser à deux, je veux dire, tu m’embrasses aussi avec tes lèvres, c’est un échange, un dialogue de baisers. Mais embrasser dans le cou c’est si doux. Je n’arrive vraiment pas à me décider. Il faut choisir mais j’aime pas choisir. Choisir c’est toujours se priver et je t’aime trop pour me priver de toi. Même d’un petit morceau de toi. Que faire ? Je ne sais.



Donne ! Offre-moi la clé de ton corps ! Tu es la clé de ma vie, toutes les clés de mon âme. Tu es le corps de mes sentiments. Un seul mot de toi et tu ouvres la clé de mon corps, violes toutes mes serrures, ouvres toutes mes villes, pilles toutes mes richesses. Tu es en territoire conquis. Mais, mais… Offre-moi la clé de ton cœur. C’est affreux ! Ca me ravage mais…? Grotesque. Je cause comme un roman-photo et me vis de même. Quand on aime, on vit toujours un peu en roman-photo. La langue outrepasse la mesure et bouffie de fadaises se boursoufle de ridicule. C’est le jargon naturel de l’amour. Cette manière de causer n’est farce que pour ceux qui restent au bord du chemin de l’amour, soit la quasi-totalité du monde. Il n’est burlesque que lorsque l’on n’aime point. Aimant, je revendique l’emphase.



On est plein. Ensemble. Moi en toi, et toi en moi. Un. On est dans notre totalité pleine, fondus en Dieu. Tu t’éloignes et je suis infirme. Je m’absente et tu es handicapée et je suis mutilé. On est dans la totalité du monde, on est la totalité du monde unis. Séparés, je t’ampute et tu m’estropies. Divisés on se détruit, on est la face du mal ruinée au cœur de la douleur. Irrémédiablement en perte, tourbillonné en chute, quand l’un dans l’autre, un seul corps, on portait le soleil.



*



La savane est fraîche. La jungle remugle la liane, le soleil est ouvert de nuages, humide est la feuille sous le vernis de la pluie. Il pleut. Il pleut avec indécence. Ogtomocho est couleur de cendre. Le ciel est vert. J’ai l’âme marécage. Le fleuve vibre de boue. Il porte le crocodile. Tu portes la calebasse. Céleste. Tout d’indigo vêtue, ta tête sacrée de nattes ceinte du linge blanc. Tu avances, tu avances et la savane se prosterne dans la poussière. Tu avances, tu avances et la jungle ploie sous les palmes. Tu avances, tu avances et la savane et la jungle se confondent. Tu avances, tu avances et le monde est prière. Tu avances, tu avances et ton corps est prière et ton geste offrande. Tu avances et tu portes la calebasse. Tu portes la calebasse à la calebasse. La calebasse écarlate pleine du sang de la bufflesse écorchée du martin au bois sacré sous l’arbre grand. Tu portes la calebasse en grande cérémonie. Sous chacun de tes pas la terre devient rouge à mesure que tu avances. Tu portes le sang de la terre au plus haut de la tête sur le linge blanc qui clôt ta tête que tu as tressée de sillons, comme un labour de nattes. Tu avances déesse et masque de beauté. Deux traits bleus tranchent ton front. Un trait noir flirte avec tes lèvres. Tu portes l’amour et la calebasse du sang de la terre en offrande avec un port de ciel. Tu avances. Vierge noire. Le monde est sous tes pieds. Je suis sous tes pieds. La jungle est plus large. La savane est plus moite. Tu avances et ton pas courbe le soleil. Tu avances. Tu es le lait de la terre. Tu avances et poses la paille par terre et la calebasse d’écarlate sur la paille. Tu te penches, tu te penches et tu bois la calebasse. Tu bois jusqu’à plus soif, tu bois toute la calebasse d’une seule goulée. Tu bois tout le sang de la terre. Alors le soleil se déchire en deux. Alors le soleil éclate et naît la lune au cœur de la forêt du sang de la terre dans le feu de ton regard. Tu es le soleil de la lune. Tu es le soleil et la lune.

— Mais pourquoi tu répètes toujours les phrases ?

— On dit que Dieu créa l’amour en répétant la première syllabe.



Et chaque fois que je te vois, chaque jour différent, ton corps me raconte une nouvelle histoire.



Je veux te voir. Je veux te voir. Je veux te voir. Quand je ne te vois pas, je suis orphelin du regard.

Hier j’ai visité la lune. Si ! Elle était nacre dans un murmure d’huître, elle levait la nuit dans un remous de gestes lové de glissements lapés. La nuit était pleine, la lune lui portait la lumière en reflet de diamant mirant sa face au plaisir d’argent laqué. Le bonheur était rond et lait. Aujourd’hui je voudrais visiter le soleil, tu m’aideras ? Tu m’apportes ton soleil Mamour ?



*



Oh ! Ta peau nue, ta peau nue. Encore plus nue d’être nue, sans le moindre poil. Et si lisse. Amia, Amia. Tu es encore plus vierge d’être nue de peau.



Tu es le soleil.

Tu es la lune.

Tu es le soleil et la lune. Tu es la lumière.

Sais-tu comment écrit-on lumière en chinois ?

Le soleil et la lune.

On écrit côte à côte le soleil qui est un carré noir avec un point en son centre et la lune qui est une amende ou une fente avec deux traits horizontaux et parallèles en son corps.

Tu es le soleil de la lune.



Extasy. Tu as le temps ? On peut encore parler une heure ? Enfin au moins une demi-heure ?

— Comment tu m’as appelée ?

— Extasy on est mercredi. Tu es béninoise non ? Et donc tu as un nom différent pour chaque jour de la semaine comme toutes les Béninoises. Le mercredi c’est Extasy.

— Et le jeudi ?

— Le jeudi tu t’appelles Jour.

— Et le vendredi ?

— Sardine.

— Oh !

Et elle est rire, rire en fou rire comme tambour. Il résonne en moi. L’air n’en finit pas de ricocher dans son jour.



Mardi 22 octobre. Sainte Élodie comme Mélodie. Le temps est au doux frais. L’heure au soleil. Le ciel est auréole. La terre ardente de chaud. Le soleil est dans le soleil. Un nuage serait une injure ou une virgule, une futilité inutile qui rythme le vide du bleu. Au jardin les verts sont obèses. Le bleu dilate la chaleur. Le désir se tient au plus chaud du monde. L’heure est à la lumière sous une brise câline. Le temps est au sourire et le soleil brille entre les nuages comme les lames d’un crime. Le ciel se branle de nuages comme l’on branle une chair. Le ciel maquille ses gris.



J’aime quand tu te maquilles léger après l’amour. C’est comme si tu avais la peau toute neuve après le péché de l’amour mon amour. Tu es chaque fois nouvelle.

— Comment peux-tu savoir que je me maquille en ce moment, tu ne me vois pas ?

— Je le sens. Je sens que tu es plus belle, là-bas, chez toi, de l’autre côté du jour. Il y a certaines qualités de silence qui dessinent comme des regards.



Je me demande si le soleil se lève toujours à la même heure au Bénin depuis que tu es partie ? Et toujours de bonne humeur ?



*



Vous venez, vous… Pardon. T’aimes pas. T’aimes pas quoi ? Hein ? Ah bon ! Silence. Mais. Au contraire tu es dans le tort. Si je vous vouvoie c’est par respect. Absolument. Non. Non. Non. Non, l’intimité ne doit pas massacrer le respect. Non. Aujourd’hui tout le monde se tutoie, tout le monde s’embrasse. C’en est même devenu indécent. Se vouvoyer c’est justement faire la différence, marquer son amour, le différencier des autres rapports. Non mais c’est vrai, tu connais pas quelqu’un que déjà il t’embrasse. Tu sais même pas son nom que déjà il t’embrasse sur les quatre joues. Vrai. C’est trop énorme non ? Quand même ? Ca me répugne cette intimité obligée, obligatoire et politiquement trop correcte pour être honnête. Indécent. Je te vouvoie pour honorer l’objet de mon amour et mon amour. C’est clair non ? Pour moi c’est d’évidence. J’aime pas embrasser à l’abattage, j’aime pas tutoyer à la chaîne. Je suis snob peut-être mais je suis snob d’amour.



C’est marrant. Tes cheveux me font rire. Hi ! Hi ! Arrête ! Hi ! Ils me tricotent le ventre de rigolade. A-t-on idée de cheveux pareils ! Hi ! Arrête. Tu fais des tresses de ficelles croisées de couleurs en délire comme étoupe en tourbillons ou fauberts d’amadou en cul de truie à tête d’aï. Hi ! On dirait que tu vas calfater ton corps ! Hi ! Ou foutre le feu au monde d’amour mon amour ! Et puis je ne te l’ai jamais dit mais ça me fait sourire toutes ces nattes tressées de fils. Ca me fait penser au rideau en plastique que les gens mettent dans le midi devant leur porte pour chasser les mouches en rideau tue-mouche. Non, non ne fais pas maussade. Excuse-moi ! Excuse-moi ! Pardon, pardon, pardon, à mille genoux et dix mille courbettes et cent dix mille contritions. Culpa mea !

— Raciste !

— Absolument je n’aime que les noires.

Non. Non, non, ne fais pas la tête ! Ne fais pas la tête ! Promis juré craché, jamais je ne recommencerai. Jamais. C’est trop méchant. Mais pardonne-moi encore. Ca se voulait un compliment.

Non mais vraiment, je ne peux pas me retenir. Et puis en haut, hi ! Ils te labourent la tête. Ils font comme un labour, un gros sillon de motte sur ton crâne à nu comme dans la terre. Tu as les cheveux de la terre. Tu es les cheveux de la terre et tu es belle comme la terre. Tu es si noire. Si belle. Excuse-moi ! Excuse-moi ! Je me tais ! Je me tais ! Je m’en vais, je m’en vais. Mais c’était compliment. Je te jure. Je voulais pas… C’était tout. Je m’en vais. J’insiste pas. Je suis rage.



Ouh là là ! Qu’est-ce qu’elle dégouline la colère ! Qu’est-ce que j’ai pas dit aussi ! Quel bâtard de l’intelligence je fais !



Le temps pleurniche dans les coins. L’appeler et elle portera le soleil. C’est ça. C’est tout maussade. L’appeler. Elle fera le temps beau. Elle est si belle.



*



Allô ? Tu. Je… Allô ! C’est toi ? Oui. Oui. Je voulais te dire. Tu es toujours aussi belle ? Hein ? Oui. Merci. Tu. L’heure est tôt ? Oui. Je ne sais. Je ne comprends. Comment une noire peut porter autant de lumière ? Comme un phare. Lumière noire. Comment le noir qui est la lumière du diable, le corps des profondeurs abyssales aux grottes de la terre, comment le noir qui est le corps de la terre et la chair douloureuse du mal, peut-elle porter la lumière aussi fort ? Comment peux-tu être aussi lumineuse ? Comment une noire peut-elle être aussi dorée ? Tu es le mystère de la lumière.       Et puis lumière noire, la beauté du vice. Soulages de tendresse.



La première. La première fois que je t’ai vue. Un sursaut. Ca ne m’était jamais arrivé. Je ne pouvais plus respirer. Incroyable. Ca ne m’était jamais arrivé. Je n’avais jamais aimé comme ça. En démangeaison. Non vraiment. C’était comme un gouffre en chute sans fin sans fin en vertige, je cramais sur place tout démangé. C’est quand j’ai vu tes mains qui volaient. Tes mains en auréole qui dansaient tout autour de ta personne. Tu étais le corps de la grâce. Non avant ça je ne savais pas que la grâce avait un corps. Oh ! Tes mains papillons ! Qui volaient qui volaient. Et moi qui brûlais. Je ne savais pas que tant de beauté pouvait exister. Non je ne savais pas. Tu es la grâce. Non mais c’est vrai. Elle est la grâce. Toi. Tu. C’est un peu… oui. Comme en adoration. C’est ça, exactement ça. J’étais tombé physiquement en adoration. Boum ! D’un coup. Vous savez. C’est ça, je vous vénérais. Absolument fondu d’amour. L’adoration. Les fidèles qui tombent en adoration devant Dieu. C’est exactement ça. Tu étais déesse et je suis tombé en adoration devant ton corps miracle. Absolument, totalement, intrinsèquement, complètement. Je ne savais pas que ça pouvait être aussi physique. Et je pouvais toucher la grâce. Je pouvais la toucher avec les yeux. Avec la main j’aurais pas osé. C’aurait été profaner. Oh ! Un sacrilège sur ta personne. Impossible. Ne pas toucher, il est des amours qui prostituent.

Merveille ça a marché ! Le soleil pointe. Elle fait le temps beau. L’heure est soleil. Tu es miracle. Vous êtes prodige.

— Hein ?

— Non. Ca fait rien, ça fait rien. Mais tu es un temps d’amour.

— Hein ?

Qu’est-ce que ça veut dire ? Ca veut dire que tu fais la pluie et le beau temps et l’amour au jour. Tu portes le soleil.

Je suis fou. Oui bien sûr. Mais à qui la faute Mamour ? À qui ?



*



Dimanche 27 octobre. Jour et heure de messe. Le soir respire plus clair sous son chant. Le ciel est pieux et la vallée écho de sainteté. Sainte Émeline. Le nuage pleurniche l’air grognon. Les toits geignent. Le brouillard cotonne l’air qui électrocute l’âme. Le ciel tord ses gris jusqu’aux noirs. En deuil de joie. Le temps est si maussade que l’air déprime. L’air pépie des étincelles d’éclairs défunts. Le silence n’en finit pas de s’épuiser. Le chaud se couche au corps du soleil. La terre boit le soleil et craquelle de tonnerre. Elle. La foudroyer d’amour. Elle est la lame du désir. Le ciel est pieux, il crucifie Dieu de nuages. Lune corpulente et huître, le jour après demain elle courtisera son dernier quart.



Parle, parle, parle. Tu sais on peut être amoureux d’une voix. La première fois que j’ai entendu ta voix dans le magasin. Boum ! Assassiné d’amour. Je connaissais l’orage en foudre.



*



Je t’appelle pour être sûr. Tu avais disparu. Parce que je ne t’ai pas vu tout à l’heure. Tu avançais à contre-jour et je ne te voyais pas. Je ne savais pas si c’était toi. Le soleil te mangeait. Avec ta peau noire il n’y avait pas de relief, aucune ombre, la lumière refusée, tout noir, rien ne se distinguait. Tout était uniforme. Juste en silhouette. Tu existais couronnée de soleil. Je ne te voyais pas et j’en étais tout en malaise. Alors c’est bête mais je te téléphone pour me rassurer. J’en suis resté en manque de toi.



Non vraiment, je ne savais pas qu’on pouvait autant aimer.       Et que ça portait autant de souffrance.



Amia. Amia. Amia. Amia. Amia. Amia. Amia. Amia. Amia. Amia. Amia. Amia. Amia. Amia. Amia. Amia. Amia. Amia. Amia. Amia. Amia. Amia. Amia. Je répète et répète ton nom pour mieux te connaître, te connaître complètement.



*



Quand on t’a connu, quand on t’a aimé, on est différent. Tu es si noire de beauté, si noire de lumière. Et si noire d’amour. On te regarde et on est pris à vie. Mais après, après on sait. On sait que l’on ne pourra jamais plus sortir avec une femme blanche. Jamais. Elles sont trop fades et si proches de nous. Je me sentirais pédé d’aimer une blanche. Ce serait comme m’aimer moi-même. Et si pâle que ça appelle le dégoût. Et l’ennui. Tu es si belle, tu es si noire. Oui qu’après toi aimer une blanche, donne l’impression d’être homosexuel. Tu es Vierge Noire, mon cœur d’ébène, Marie, Marie. Depuis cette découverte je n’ose pas sortir, je n’ose pas aimer du blanc. Si jamais je l’avouais à une blanche, je me ferais lyncher. Les jours seraient plus courts.

Fais-moi l’amour, fais-moi l’amour ! Commande la caresse. Dirige le baiser. J’aimerais tant que tu aies un orgasme d’homme. Amia, Amiia mon amour !



Je me suis pas lavé pour porter ton odeur. Te sentir sur mon corps comme si tu me caressais encore, que tu vivais sur ma peau, dans ma chair. Être encore un peu avec toi. Être ton odeur. Encore et encore. Te respirer tout le temps du temps. Être ta sueur. Je ne me laverai pas pendant trois jours au moins, au moins, au moins. Que ton corps soit mon corps.

Je t’embrasse tout partout.



*



Le bonheur est dans mes mains. Monte la sève, pas trop tôt. Monte. Caresse. Descendre sur le ventre. Roucouler de bonheur. Descendre encore la main, en tube. Elle régale mon sexe. L’arrondit de bonheur. La caresse, la caresse. Monte, monte la main sur mon sexe. Elle est loin. L’appeler. Pas encore. Attendre. Ma main baptise mon ventre. Branler le manche. Branler la chose. Se porter le plaisir. Encore et encore. Les doigts en tube sur le godet du sexe. Monter et descendre en chœur en rythme pour se porter le plaisir. Et elle là-bas dans sa maison se porte le bonheur, ses doigts soyeux pressent et repressent son sexe et le pourlèchent de bonheur. Elle s’introduit au cœur de son ventre. Petite reine. Toute seule elle se fait l’amour et s’enchante de bonheur. La main se caresse, la main la caresse et chantourne son petit bouton qui glousse le plaisir, humide, humide en goût de jungle tressé de marigot son petit clito clito enfle de bonheur sous la caresse de sa main qui se fait plus dure pour grossir le plaisir. Elle se caresse de tendresse. Elle s’aime. Je l’aime. Je l’aime de s’aimer. Je m’aime et me caresse. On s’aime. On s’aime à distance, chacun dans son corps. Chacun se porte le bonheur à défaut de pouvoir le donner à l’autre. C’est égoïste mais on communie. Enfin on va communier ensemble. C’est dur de vivre ensemble éloignés. Ses doigts décomposent et recomposent sa vulve. Ses lèvres entrouvertes de râles elle se fait le bonheur. Elle est toute liquide de murmures. Et moi en même temps au même moment je m’encense le sexe, je me le suce le bonheur. Monte, monte la sève royale. Je me pétris la verge, me branle en rythme. Mais pas trop vite. Attendre. Ne pas précipiter. Qu’elle soit prête, qu’elle s’abandonne juste au bon moment. Ca va y être. Ca y est. La sève monte. Elle bouillonne. Prendre le téléphone, lui dire. Lui. Apport… Allô, allô ? Chérie Chérie ? Ca y est, il faut que tu viennes, je suis prêt, et toi ça vient ? Es-tu prête ? Oui ? Oui ? C’est bon. On va glisser de plaisir, on va glisser le plaisir. J’ai le bonheur qui monte dans mon sexe. Je vais jouir de toi dans mes mains mon amour aimé. Es-tu au bord du bonheur ma chatte ? Es-tu ? Oui. Caresse-toi plus dru, je vais venir. Et toi viens ? Oui. Bientôt ? Oui. D’accord. Je t’aime. Je pense à toi. Je m’aime en ne pensant que toi. Oui. On va éclater, on va jouir ensemble mon amour. L’un de l’autre mais au loin l’un de l’autre mon aimée. Tu es prête ? Oui, tu murmures bonheur. Oui ! Ahhhh ! Lâche les vannes. Ohh ! Le bonheur est dans la main. Déflagration. Enfle le souffle qui s’effondre. Il pompe le bonheur infini. Mille paillettes me crucifient de jouissances. Jouir ensemble en même temps quel bonheur ! Tu es ma jouissance mon amour amour. Je t’aime. Tu es mon arc-en-ciel. J’ai ta marque dans mes doigts. On a allumé le ciel ensemble. Tu as joui, tu as joui ?

Oh ! Je me suis éjaculé de moi-même et lui offre mon bonheur solitaire. Ensemble.

Allô ! Allô !



Très fier que la première fois qu’ils se sont aimés corps contre corps pressés d’amour et de mains, c’est elle qui a joui la première. La première fois qu’ils se sont aimés, c’est elle qui a rencontré le bonheur la première. Il en est bouffi d’orgueil. Je me souviens. C’était… Vous ne compreniez pas que je ne sois pas sauvage. Mais qu’au contraire je vous amène au plaisir lentement. Sans penser à moi. Ou plutôt sans penser à moi en direct, en premier. Mais que je connaisse l’amour par ricochet par votre intermédiaire d’une certaine manière, en passant par votre corps en retour. Vous n’aviez pas l’habitude. J’étais caresse et caresse et encore caresse, que caresses. Je n’en finissais pas de lécher votre corps jusqu’au plus secret de votre chair, au plus intime de tous vos méats. Encore et encore la langue en inquisition, vous étiez essoufflée de plaisir jusqu’à vous répandre liquide, liqueur. Et moi qui n’en finissais pas de vous malaxer de baisers jusqu’au bonheur, jusqu’à satiété, en overdose, à ne plus pouvoir comme éjaculée de soi-même tu étais sous la caresse. Puis le doux, le doux sauvage est monté et t’a envahie. La houle puissante et fleurie d’épines de l’orgasme par vagues et par vagues comme un grand fleuve granuleux, sans fin, sans fin. Vous n’étiez que frisson. Tu buvais le monde dans le bonheur du plaisir ma mie ma mie aimée, Amiia Amia. J’étais votre corps, j’étais votre bonheur. Je me rappelle, vous avez sifflé de jouissance quand l’orgasme vous a délivré de bonheur. Vous étiez tout en soupirs de désir, toute révélée et livrée de trouble à enfanter le monde. Et moi je vous contemplais inondée de votre joie. Jamais le jour ne fut aussi clair. Tout votre corps n’était que murmure, murmure d’amour mon aimée adorée.



Et toi ma vierge noire quand prendras-tu corps dans mon corps ? Quand ?

Pas racine oh non ! Mais chair.



*



Chaque fois que je me réveille la nuit, tu es là, c’est toi qui me réveilles. Je pense si fort à toi avant le sommeil et pendant le sommeil, tout le temps, si fort, si intensément qu’au milieu de la nuit ça me réveille. Et tu es là dans mon rêve, chaque fois, chaque fois. Tu ne m’as pas quitté une seule seconde de la nuit, je le sais, je le sens, meublant tous mes rêves tout le temps en permanence. Je me réveille le corps en pont. Oh Dieu prodige tout arqué d’amour tendu à rompre les veines en saillie à ne plus pouvoir, si tendu comme éjaculé de moi-même ! Vous me tenez à mort, vous me tenez à tordre et briser Amia Amiia aimée ! Oh au nu du drap, voûté comme un pont, bandé comme un arc je jouis de toi, de toi, de vous, je n’en puis plus ! Je suis votre sève aimée. Vous êtes dans mon corps même au plus profond de mon sommeil et me buvez lorsque je me réveille. Toujours tout le temps, toute la nuit même à mon réveil vous m’habitez Mamour. Dix fois, mille fois je me réveille pour penser à vous, être vous totalement, vous en votre corps mon aimée.



Oh ! Je ne sais comment vous dire. Mais je deviens splendide quand tu jouis, je jouis de votre jouissance. Quand sous la caresse, sous la caresse, tu n’y tiens plus, je n’y tiens plus. Quand sous mes doigts tu t’arques de bonheur. Oh ! Oh ! Ce n’est pas possible tant de plaisir ! Non vraiment ! Je te caresse, je te caresse, tu te dissous liquide. Je te suce, je te lèche et d’un bond tu gicles de toi-même. Tu te retournes et tu te dresses à l’envers, enceinte de bonheur. Je n’ai jamais vu jamais tant de beauté en tension. Ta tête sur le lit, renversée, tes deux pieds ancrés sur le lit, tout ton corps arqué, bandé comme un arc, tu fais le pont. Mama mia ! Oh splendide ! La courbe parfaite de ton corps appelle la jouissance. Je te caresse. Tu es le pont de l’amour. Tu es l’archet de mon bonheur. Et ton râle, ton râle n’en finit pas de me combler de jouissance. Ta plainte, ta plainte qui s’éternise de bonheur et prolonge sans fin le jour. Je succombe. Surtout, surtout, voir votre dos renversé de s’offrir raidi de tremblés, abraqué de souffrance. Et votre ventre offert tendu de frissons qui fait le pont, je me noie. C’est comme l’auréole de Dieu, je jouis au son de votre bonheur. Toucher Dieu.



Tu ne m’appelles jamais, j’ai l’âme en sang.



Tu sais, j’ai encore des choses à dire à ton corps.



Je ne vais pas ver ver vir vrillage entre dire. Oh excusez-moi je suis si troublé que… ! J’en suis tout chamboulé.

Respire un bon coup et reprends triple couille !

Je suis si chaviré que je bouleverse la langue ! Je ne sais si ça, si ça…Excusez-moi ! Si ça te fait plaisir mais tu m’ouvres l’Afrique.        Et ton corps la jungle.



Donne-moi ta main. C’est difficile par téléphone ? Oui bien sûr. Mais pas tellement, il suffit de l’apiquer le long du combiné. Tu as des mains si longues de noir, si fines, comme des anguilles de ciel, toujours elles papillonnent, allongent le jour et le plaisir. Elles parlent. Comment les oublier ? J’ai jamais vu des mains aussi bavardes de jeunesse et d’amour. Elles sont copieuses de rire. Tu sais, je connais bien tes mains, je les ai tant embrassées. On ne connaît bien une personne qu’en connaissant ses mains. Moi je les vois ligne par ligne, empreinte par empreinte gravées au par cœur de ma mémoire.



Parle, parle, parle ! Ta parole me hante.



Les gens croient que l’amour c’est souverain, céleste, paradis, champagne et arc-en-ciel, c’est souterrain l’amour. C’est une longue, longue descente en cave, mais une descente qui est montée.



Il y a une caverne, le noir, l’ennui qui suinte, le quotidien qui vous encrasse. Et ça bondit en flamme. Le noir plus noir. Et une boîte d’allumettes d’un coup. On craque l’allumette. Crac ! Et l’amour vous incendie d’un coup. Crac ! Brûlés vifs, arasés, sonnés, victimes à vif du bonheur. C’est ça. Je t’ai vue et ça a été une révolution dans mon crâne. J’en suis cramé.
— Oh le grand brûlé de l’amour remets-toi !

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Assommé d’amour, fier, ému, lucide et enfantin, le narrateur veut être à la hauteur : il pense à sa belle, la célèbre, l’imagine en son absence, s’impatiente de la retrouver, n’en revient pas, explique pourquoi il est parti précipitamment. Inspiré (et rageant de ne pas l’être assez), il ressasse, drôle et déterminé, en un grand gribouillis d’amour interminable.

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Paysage 852 : Bruyère, Corse (2009).