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Essais pour temps critiques

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Essais : nouvelle collection de Hache pour temps critiques

Mercredi 14 mars 2007

Hache démarre ce jour une nouvelle collection Essais.

Plutôt que de partir de zéro, nous reprenons le fonds, ou plutôt le fil du site Transition [en fait seulement quelques textes clés]. Transition, créé il y a 4 ans jour pour jour, s’intéressait au développement technique et à son impact présent et à venir sur nos sociétés. Du pamphlet primitiviste-révolutionnaire de Theodore Kaczynski au manifeste hyper-progressiste du mouvement extropien, un petit nombre de textes clés d’inspirations diverses ont été publiés, souvent dans des traductions originales. Des perspectives extrêmes, telles que l’immortalité physique ou la « Singularité » (explosion supposée d’intelligence artificielle), ont été envisagées.

Alors que Transition se concentrait sur le développement technique accéléré et les ruptures que celui-ci fait craindre ou souhaiter, la collection Essais de Hache élargit son champ de réflexion, tout en conservant l’idée de crise au cœur de son constat et de ses préoccupations.

En matière de crise la « hache » nous servira aussi bien que la « transition », si on se rappelle que la crise est « décision » (grec krisis) et décider « trancher » (latin decidere)…

Crises

Redoutable du point de vue de l’ordre provisoirement établi, mais pas nécessairement négative d’un point de vue surplombant, la crise est le moment décisif où un ordre se défait et où, dans la contradiction, la confusion, parfois la souffrance, un autre ordre se prépare. C’est le temps des décisions et des actes fondateurs ; c’est aussi le temps de la résolution des problèmes « par leur absence de solution », dans un retour du réel qui tranche lui-même les contradictions.

La crise se présente d’abord à l’esprit sous la forme de « premières fois » inattendues indiquant une rupture d’équilibre. Le 11 septembre 2001 vient à l’esprit, mais on pourrait aussi bien mentionner, plus près de nous, le second tour inédit de la présidentielle de 2002, l’arrêt par le peuple du processus d’intégration européenne démarré 50 ans plus tôt, les émeutes des banlieues prenant pour la première fois une dimension nationale, ou même l’élection présidentielle à venir dans un mois, avec pas moins de 4 présidentiables et qui se réclament tous de la rupture.

Un effort modeste d’interprétation permet de dégager, à partir de ces événements et de beaucoup d’autres, des crises multiples, partiellement interdépendantes, sur différents espaces et échelles de temps : crise culturelle (adhésion problématique aux idées de progrès, de modernité, au « modèle occidental »), crise spirituelle (effondrement du christianisme, évanouissement des fins dans la rationalisation des moyens, contexte égalitariste et marchand prévalant sur les idéaux traditionnels d’élévation et de dépassement), crise politique française (crise de la représentation, crise de la responsabilité, de l’autorité, de la légitimité, faiblesse face aux intérêts économiques, abandon de souveraineté au profit d’une UE trouvée floue et dangereusement impuissante), crise politique mondiale (fin de l’ordre mondial bipolaire après désintégration de l’Union soviétique, montée de l’islam, guerre d’Irak, contestation multiple de la domination américaine), crise économique locale et menace de crise financière, menace de crise écologique (changement climatique et épuisement des ressources), crise démographique européenne et flux migratoires vers l’Europe, crise sociale (atomisation sociale, multiculturalisme et communautarisation, montée des phénomènes d’émeute, des atteintes aux personnes et de la violence « gratuite »), crise identitaire (colonisation et décolonisation, brassage des populations, perte des repères traditionnels, déculturation).

Nous vivons aussi des crises qui ne nous apparaissent pas comme telles, à cause de leur très grande échelle de temps et du fait que nous n’avons jamais connu autre chose, mais qui s’éclairent quand on les reconnaît comme crises : explosion cognitive et sociale de l’hominisation, prise de conscience par l’homme de sa mortalité, sédentarisation, dualisme monothéiste séparant l’homme de la nature, essor culturel et technoscientifique, urbanisation, industrialisation, informatisation, perspectives de l’autotransformation et de l’autodestruction, transformation par l’homme de son environnement au point qu’il se retrouve, parfois, étranger et inadapté à lui.

Ligne éditoriale

Alors, nous voici, souriants et perplexes, un peu distraits mais pas trop quand même, plongés dans la confusion post-moderne depuis notre naissance, modérément inspirés par la génération qui nous a précédés, et doutant que tout cela puisse continuer ainsi encore très longtemps.

Les essais que Hache publiera fourniront chacun un point de repère possible d’un chemin en construction au travers et au-delà de cette grande zone critique, sans dogmatisme ni souci excessif de « correction politique », avec l’ouverture, la rigueur, l’intelligence et la clarté qu’on peut.

 

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Paysage 816 : Balagne, Corse (2009).