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Critiques de lecteurs

Cette page accueille une slection de commentaires critiques sur des textes publis par Hache. Vos commentaires sont les bienvenus.

Humain, mais pas trop

Sur Mon grand-pre, immigr fasciste raciste anti-franais de Jean-Louis Costes, par Andr Murcie, Bucphale, n4

. . . Un vieux con de rac qui ne bouge de sa tl que pour aller cogner sur sa bonne femme, l-bas au fin fond d'une banlieue cradingue. Une espce d'chapp de Mort crdit, non ne rougis pas Cline. Du classique en quelque sorte : ah qu'elle tait noire mon enfance ! J'en vois dj qui sortent le mouchoir et qui prparent les belles phrases consolatrices.

Erreur d'aiguillage, tout le monde descend du mtro. Frissons et aventures garantis, faut prendre le transsibrien sur le quai d'en face. Ca commence, mal en Armnie, en 1915. La maman du pp ne survit pas au gnocide. En 1917 c'est l'Arme rouge qui dbarque et quand la mer se retire l'on ne compte plus les morts, papa et soeurette n'en ont pas rchapp. . .

Pour le pp, pas de problme, il a enfin une excuse pour har l'humanit, il court s'engager chez les Coasques de Denikine, y viva la muerte ! Plaine, ma plaine, la chevauche fantastique, la horde sauvage. . . Bien sr aprs deux mille ans de christianisme, a nous rpugne le coeur, on en dgobillerait de dgot. Et Costes lui-mme n'est pas le dernier l'asticoter le vieux facho bern. Lui passe pas grand chose, et ne lui pardonne rien. Tout juste s'il ne vous le fait pas traduire devant un tribunal international pour crimes de guerre et gnocide le pp. Il n'y a vraisemblablement qu'une chose qui l'ait retenu au dernier moment : la certitude que les juges qui prononceraient la sentence avec des trmolos d'indignation dans la voix ne vaudraient gure mieux... et peut-tre moins. Car le pp s'il a tremp ses mains dans bien des horreurs, il n'a jamais connu la peur des bien-pensants ni partag l'hypocrite moraline des pleutres et des petits-bourgeois revanchards. . .

De toutes les manires Mon grand-pre, immigr fasciste raciste anti-franais est en mme temps un livre de toute violence et de grande tendresse. Humain. Mais pas trop.

Poignant de chute

Sur Politically correct de Bernard Saulnier, par

. . .C'est poignant de chute, de douleur, d'humanit dchire. Relents de couloirs et salles d'HP. La dtresse et la prire cyclique, chante . . .

Visite guide dans les en-bas

Sur Voyages en Hyperbore de Stephane Ilinski, par

Une vraie merveille... Dans le droit fil de la visite guide dans les en-bas de Dante et du Voyage au centre de la terre de Jules Verne (enfin pour ma part je pense surtout au film de Henry Levin), avec ces pointes et ces accents qui ne peuvent pas ne pas rappeler les explorations verbales d'un Cline (un autre grand Voyageur celui-ci...). Du pur Ilinski, quoi.

Mieux que le cinma

Sur Spitzberg (7) de Jean Figerou, par

Figerou toujours aussi ptulant de lyrisme. Le spectacle est dans le texte. Le paysage est l, dans l'acte de lire, d'couter dire, plus qu' l'extrieur, plus que dans ce quoi il est fait rfrence. C'est un paysage vcu, clabouss par tous les pores de peau. Impossible de dcrire le paysage o Figerou nous fait voyager. Aucune photo de reportage, de beau livre, ne peut rendre a. C'est du ressenti, filtr, transpos. Figerou et la littrature, sont totalement comptitifs face au film, au son, l'image... face mme au "vrai" voyage.

Anamorphose

Sur Mduses d'Antoine Brea, par

La surface de l'eau, dans la mer ou dans un bassin, le miroitement, tout ce chahut du mme lment avec le seul soleil, ces bosses, ces creux qui se repoussent et s'attirent une vitesse imperceptible pour l'il, qu'on ne pourrait figer que dans un arrt sur image, ces artes tincelantes qui sombrent l'instant d'aprs, il y a aussi les taches d'ombre au fond, rondes et nimbes comme des amibes, et des reflets violents qui nous surprennent comme on imagine qu'ils blouissent les pileptiques. Entre glissent les mduses. On se fait chatouiller par des choses ondulantes, les phrases s'allongent dans des mots parfois plus longs qu'on ne les attend puis se rtractent soudain par l'embranchement d'un presque monosyllabe. L'espace et le temps se tordent autour de ce "je" comme l'approche de l'il d'un tourbillon, les phrases croisent le trouble de plusieurs eaux, chevauchent plusieurs registres, plusieurs tons. Beaucoup d'humour, parfois a parat grave ce qu'il se passe mais le pathos est vir coups de pieds au cul. L'anamorphose rgne, vieille complice de l'usage de quelques substance illicites, il faut avoir le bon filtre (ou philtre) et l'image apparat sous toutes ses trames et toutes ses frames. L'image valable dans un milieu peut devenir incomprhensible lorsqu'elle en sort, exactement la diffrence qu'il y a entre une mduse voluant dans l'eau et la mme choue sur une plage. Ballott dans le "je", ou men en bateau par lui ; fluide ("j'ai eu du mal refluer des enfers") et fluides (sueurs, paroles), au cur d'un homme nous sommes aussi au cur de l'humain, dans tout un systme de perception, une chambre noire, "Dans la rue, c'est le dsert, les temps de pose sont longs", au cur d'un corps qui enfile les instants, passe des guerres et habille la mort comme pour Jimmy Namiasz qui se rvle lentement un personnage cl. On entendait il n'y a pas si longtemps aux nouvelles que les tortues mouraient car elles avalaient des sacs en plastique flottant sous la surface croyant qu'elles chassaient des mduses.

Juste

Sur L'Amie de Bernard Saulnier, par

. . .Un des plus beaux textes de Saulnier, a tire les larmes sans dconner. . . Les phrases sont parfaites, doses bien comme il faut, pures et sobres, moins hystriques que des fois. Ca sonne vraiment juste.

Dlire vrai

Sur Balades porno la conscience tranquille de Stephane Ilinski, par Jean Sbastien Loygue

Cest assez dlicieux, cet homme qui se parle tout seul. Et, curieusement, dialogue cependant avec vous ses croquis. Comment fait-il pour jubiler perso, Stephane Ilinski, et qu la fois on se rapproche de lui, on se sente complice et ami, prt changer des impromptus et des habitudes, dans des bistros, des librairies...

Eh bien cela tient deux choses : dabord le dlire descriptif de Stephane Ilinski est en permanence musicien, une valse certains moments, un tango dautres. Alors, on se balance dun bonheur dexpression, dun bonheur de sens et de son un autre, avec lui.

Ensuite, sur le fond de ce qui pourrait ntre que de leuphonie, surprenante, certes, car avec des couacs voulus qui vitent que lon se berce jusqu fermer les yeux, ensuite, donc, sur ce fond malicieux, jamais cruel, et, somme toute, de bonne compagnie, sur ce fond, les raccourcis sont vrais, les personnages aussi, les situations dvidence...

On assiste une rencontre miraculeuse o le rapprochement de sonorits qui font le bonheur de loreille, se met nous faire de lil et bientt du sens !

Etrange rencontre du rcit dlirant, de lassociation dides surgie du hasard, de la jonglerie jubilatoire, pour aboutir finalement une scne et des caractres parfaitement vraisemblables...

Oui, on se dit quil doit tre merveilleux en face face, Stephane Ilinski, dans un lieu calme, un peu chic, en ce sens quil y aurait de la place et pas trop de bruit, et on passerait avec lui du temps dlirer gentiment. Il y a si peu de personnes en qui ce rgal attend.

Horrible esprance

Sur Mon grand-pre, immigr fasciste raciste anti-franais de Jean-Louis Costes, par Jean Sbastien Loygue

Hache n'a pas choisi son nom d'diteur par hasard. Il donne la parole des auteurs qui ont la rage. En publiant Jean-Louis Costes, Mon grand-pre, immigr fasciste raciste anti-franais, on rpond ds les premires lignes la question : "O est l'honntet du mordant ?" Son droit de dire que l'auteur a mal ? En d'autres termes : "Suffit-il de gmir pour faire lire ?"

L'honntet est ici incontestable. Comme le devoir de tmoigner. L'histoire est superbement crite et construite. Un enfant meurt de ne pouvoir aimer son grand-pre - sa source. Las, horrible esprance, Jean-Louis Costes est le petit-fils d'un homme dont la vie fut nourrie d'horrible : gorgements d'impies, dcollement de rebelles au Tzar, assassin et violeur enrl par mille armes. Depuis avant 1900, dans des pays de blizzard, jusqu'en l'Algrie. Aprs quoi, spadassin puis, il finit en France, par tuer sa honte devant sa tl. . .

Un mme ct de lui. Qui aimerait aimer un "bon-papa qui pique". Qui lui demande le sens de sa vie lui, le descendant... Qui puise aux sources. Jean-Louis Costes refait donc la route de l'histoire horrible d'un anctre qui se tait. Il en apprend l'horreur en silence...

Il fait, de sa dcouverte de la sauvagerie, un pome lancinant, imprcateur, hallucinant. . .

Une ouverture de coque

Sur Spitzberg (8) de Jean Figerou, par Jean Sbastien Loygue

Depuis le septime pisode, le sentiment d'une ouverture de coque. Comme si quelqu'un s'tait pench, avec son haleine inspirant la chance, sur l'paule de Jean Figerou. . .

Jean Figerou et Nicolas Bouvier

Sur Spitzberg (7) de Jean Figerou, par Jean Sbastien Loygue

Il y a quelque chose qui fait psalmodier Jean Figerou. Le parler c'est le citer. L'enrouler sa bercerie du sens. A sa qute. A sa palinodie. A sa fivre qui fait se balancer l'absence... Jusqu' ce qu'on le retrouve nouveau, le relise...

Il y a en Jean Figerou ce que l'on avait dj dcouvert, sur terre, dans les voyages de Nicolas Bouvier : des orgues de perfection, des rutilement sonores de l'me, des chos o l'homme disparat et nat... Une onde. Et, comme le bonze ne se lasse pas de cogner sa cloche, de frotter son psaume emmanch, on revient la houle qu'un homme parle en nous.

Des gongs

Sur Spitzberg (3) de Jean Figerou, par Jean Sbastien Loygue

Il y a beaucoup d'acier dans ces glaciers. Ils tranchent l'homme. On esprait de la tranquillit. On a l'hostilit. . . Il en sort une posie extrme, comme il y a des sports extrmes. Et le contraire du paysage. Je veux dire la guerre de la solitude, alors que banquise s'en branle. La paranoa de la parole sans cho dans la glace. . . C'est du "ta gueule !", la nature qui fait la bouche sche de commentaire lire Jean Figerou. . . Il y a des mots d'ternit dans ce texte de l'ultime soi. Des gongs ! Alors, on vibre, on honore, on se tait. Au nu des cimes arides de neige, il neige... (La neige) vous recouvre comme on couve... La nuit est pleine du jour... L'heure est au cru... La mer porte le temps...

La note Cuir

Sur Le Jour o on a tu Margot de Sbastien D. Gendron, par Jean Sbastien Loygue

. . .Prcis, court, plein d'tonnements lire : des coups de freins qui obligent (quel dlice) partager de l'intelligence ; et des survols qui font le lecteur complice du rcit. Permanent clin d'il elliptique. Bonne compagnie d'un auteur qui russit merveille crer une intimit singulire avec son lecteur. Sans main sur notre genou, sans un seul "nous", sans mou.

La "note Cuir" en parfumerie est ne avec "Bandit", s'est accomplie avec "Chanel 5". Il s'agit d'une pigmentation olfactive agressive, saisissante, irritante, acier ou suie : addictive ! Sbastien D. Gendron est un crivain "Cuir" (comme beaucoup d'auteurs dits chez Hache) Par diffrence avec les nouvellistes "Tubreuse". Avec "Tubreuse", on fond en larmes ; ici on sche ses lames. . .

La particularit de la "note Cuir" est qu'une fois nos papilles nasales impactes, nous pouvons changer de lieu, rien n'y fait : ds que nous inspirons, notre muqueuse ranime la molcule. Mme loin du flacon d'o ce foutu petit gnie est sorti pour nous percuter le nez.

 

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