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Archives : 2003-2004

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Lundi 29 novembre 2004 - Paul Kodama : "La Nuit du chômeur"

A. Suivez un petit chemin de terre puis traversez les allées de béton éclairées faiblement par des lampadaires grésillants. Songez à l'école, quand vêtu d'un short kaki et de grosses chaussures inusables, vous jouiez au ballon dans la cour en bitume. Comme gardien de but, vous étiez plutôt médiocre, non ?

De Paul Kodama (Bolivie), Hache publie LA NUIT DU CHÔMEUR, une histoire dont vous êtes le héros...

Lundi 25 octobre 2004 - Jean Figerou : "Promenade promenée"

Elle répond pas. Elle doit être de la campagne. Elle est sûrement de la campagne. Les femmes de la campagne font les bonnes compagnes. Elle est de la campagne oui. Pas de la brousse brousse mais de la brousse élégante. Sûrement. Sûrement. Elle a tellement de chic. Et elle sent tellement le soleil. Je me demande s'ils ont le lait noir en Afrique ? Tu crois ? Peut-être ? En tous les cas ils ont le sperme noir. Sûrement. Puisqu'ils ont la queue noire. Ah ! Elle téléphone.

Arrêtons-nous. Ne pas la laisser s'échapper. Se retirer un peu quand même. Ne pas faire l'indiscret. Mais pas trop loin pour ne pas la perdre. Et puis quand même si je pouvais entendre quelques bribes de conversation, ça serait pas pour me déplaire. Ca me renseignerait même un peu sur elle. Et après je pourrais m'en servir pour la séduire peut-être. On sait jamais. Qui c'est ? Ah ! Elles parlent du pays, du Togo. C'est où ça le Togo ? Sous le Congo ? Ah ! Ca va mieux, y a la paix ! C'est curieux en général en Afrique ça va toujours mal, ils s'entretuent en boucherie avec hystérie, délice et bon plaisir. Comme à Conakry. Ah bon ! Il y a des petits sacs jolis qui sont arrivés à la Maroquinerie de Paris ! Ah bon ! Et il y a Sanofi qui couche avec L'Oréal sur trois niveaux dans la nouvelle galerie marchande au Mall du Petit Marigot ! Bien ! Bien !

Bien ! Et chez Exquis y a du nouveau whisky grande marque. Enfin c'est pas trop tôt ! Elle vient bientôt à Paris Liliane et justement elle voulait savoir si elle pouvait venir dormir chez elle. Ah tant mieux, tant mieux c'est gentil ! Elle la remercie beaucoup, beaucoup Liliane, c'est vraiment trop gentil, vraiment. Vraiment. Vraiment vraiment. Vraiment. Elle ne sait comment la remercier. C'est infiniment gentil de sa part. Elle est vraiment trop aimable et infiniment bonne. La bonté même. Un délice. Oui elle apportera du foutou et du froufrou de banane. Oui. Merci encore. Elle se fera toute petite petite comme petite souris pour pas la gêner du tout, du tout. Elle est vraiment désolée de venir ainsi s'incruster chez elle mais elle a pas beaucoup d'argent et vraiment ça la dépanne immensément présentement qu'elle l'invite à coucher. Et peut-être même à manger. Et peut-être même pour deux nuits. Oh vraiment tu es trop gentille, vraiment ! Euh ? Euh... Elle viendra pas seule, non, si ça ne l'ennuie pas trop, elle viendra avec sa fille. Et son fils. Si ça ne l'ennuie pas. Oui. Si. Et sa belle-fille aussi. Bien. Et avec le chat aussi. Non pas le chat ? Pas le chat d'accord, d'accord, pas le chat. Oui oui, elle comprend, elle comprend tout à fait, elle comprend parfaitement, absolument, y a pas de problème. Elle lui amènera une parure de tête en surtout d'atours avec noeuds dénoués de nattes en perles et jeux de tresses en verre. C'est la dernière dernière mode. Ca c'est gentil. Elle sera somptueuse avec. Sûr !

Hache publie PROMENADE PROMENÉE, un thriller sexuel de Jean Figerou (La Vache, 2002, et Crocrodile, 2004).

Dans un parc, une femme se promène avec son bébé. Un homme la suit, et se prépare à l'abordage.

C'est souverain de fraîcheur et de vérité, -- pas-intelligent, pas-dense, pas-poétique, sans-mystère, -- gai, vivant, désarmant.

27 septembre 2004

Fraterniser et s'acagnarder, tels n'étaient pas les buts de la mission.

Hache publie LA RONDE DU MONDE de Christan ZORKA (27 ans, New York).

Un texte bref et agile, qui revient sur quelques événements majeurs.

30 juin 2004

Je clame dans le désert des arcanes de l'État, que la morale de la communauté me tient encore debout, vrai homme, et dans mon corps la lucidité redonne à la morale sa parole et sa vivacité.

Je ne resterai pas le centre abandonné d'un monde qui meurt dans la joie.

Je décide de ne plus tenir seul dans le silence. Je décide d'agir pour la libération de ma parole. Je décide, pour ma sérénité, d'entrer dans le Royaume de la Paix.

Suite et fin du ROYAUME DE LA PAIX de Frédéric Moitel.

22 juin 2004

Je suis un appareil d'yeux, d'oreilles, de nez, de langue, et de peau et de mains pour toucher, pour goûter, pour sentir, pour entendre et pour voir. Je suis un homme, je suis une femme, je suis un corps doté d'un esprit, un esprit accouplé à un corps qui se meurt.

Je suis ce corps que je touche, que je sens, que j'entends quand son coeur se met à battre, et que je vois quand je regarde les mains qui partent de mon corps et le prolongent vers les autres.

Je suis ce corps que je porte sur la Terre qui abrite la vie dans l'espace sans vie. Je suis ce corps et cet esprit, qui se sont assemblés pour me donner la vie et pour la protéger.

Hache publie aujourd'hui deux nouveaux épisodes du ROYAUME DE LA PAIX de Frédéric Moitel : la fin de la première partie, "Dissolution", et le début de la seconde, "Renaissance".

L'évocation d'une journée qui constitue la première partie se conclut ici sur la nuit (Paris, la nuit...), le week-end, les vacances.

Au "il" incertain de la première partie succède, dans la seconde partie, le "je" résolu, dans une composition singulière qui construit, à partir d'énoncés de faits simples, un tableau général du narrateur et de sa situation dans le monde (l'individu, la communauté, l'économie, la technique, etc.), sur un mode lyrique, parallèle et immédiat plutôt que discursif.

Fin de la première partie
Début de la seconde partie

14 juin 2004

Il plaisante à son tour, dans la détresse qui est la sienne, du manque de temps qui le sidère, du manque d'argent qui l'oblige chaque matin à se déplacer, et des hommes comme lui, que l'amour n'a pas encore touchés. Il lui faudrait des idées pour vivre, il lui faudrait un livre contenant un univers, un descriptif de la réalité telle qu'elle n'a jamais été, et dans ses yeux une nouvelle certitude, dans son esprit l'avis libéré d'un homme intègre, un journaliste, un philosophe, un écrivain à l'éloquence entendue, reconnue et si usée qu'elle s'effondre sur elle-même et sur ses vomissures.

Suite du Royaume de la paix de Frédéric Moitel, avec aujourd'hui les épisodes 5 et 6 (sur 10 en tout). Peut-être les plus belles pages du texte.

Épisode 5
23. Exemples
24. Le travail ne le libère pas
25. Une route barrée vers l'enfance
26. Grandir est une affaire ratée
27. Une fin provisoire

Épisode 6
28. Un passage hors du temps
29. Un recommencement
30. Retour sur un passage oublié
31. Un rêve
32. Intrusion dans la réalité

7 juin 2004

Il se sait seul à regarder les choses autour de lui sous l'angle de l'étrangeté, et de l'absence de renouvellement.

Suite du ROYAUME DE LA PAIX de Frédéric Moitel : d'une absence d'expression qui exprime la tristesse, "dans une pensée" comme on dit "dans un souffle", froid et rapide comme un train.

31 mai 2004

Il ne sert à rien d'indiquer, par des adjectifs ou des adverbes, la qualité, la taille, la beauté de l'environnement de l'homme : décrire l'église, la rue, les gens et les voitures ; parler de la chaleur ou du vent ; évoquer l'histoire de Paris. Ils n'ont pas l'importance qu'on leur prête, ils ne reflètent en rien le caractère inhabituel et pourtant si commun de cet homme.

Nouvel auteur, nouveau texte de grand format, Hache publie LE ROYAUME DE LA PAIX de Frédéric Moitel (28 ans, ingénieur, Paris).

Le texte, en deux parties, raconte dans sa première partie la journée d'un personnage paradigmatique, dans ce qu'elle a de plus concret en même temps que dans ses tenants et aboutissants socio-existentiels. La deuxième partie, rompant avec ce fil, est analytique et lyrique. Tout au long, simplicité, pureté, pas de grimace ni de boursouflure. Sensibilité, modestie, hauteur.

Ce qui nous donne :

I. DISSOLUTION

1. Prologue
2. Un début
3. La vie de famille
4. Un couple
5. On continue
6. Dans la rue
7. Dans le Métropolitain
8. Dans la voiture
9. Réflexion sur un objet quotidien
10. L'arrivée
11. Exercice de sympathie
12. Dans la campagne
13. Sortir libre et fragile
14. Reconquête
15. Suppositions
16. Une communauté
17. La distinction
18. Dialogues 1
19. Dialogues 2
20. D'autres jours
21. Revenir
22. Une certaine idée de son comportement
23. Exemples
24. Le travail ne le libère pas
25. Une route barrée vers l'enfance
26. Grandir est une affaire ratée
27. Une fin provisoire
28. Un passage hors du temps
29. Un recommencement
30. Retour sur un passage oublié
31. Un rêve
32. Intrusion dans la réalité
33. La nuit
34. Et dans un monde nouveau
35. La nouvelle année

II. RENAISSANCE

1. à 11.

Le texte a été divisé en 10 épisodes, dont 2 nouveaux seront donnés chaque lundi. Les 2 publiés aujourd'hui nous amèneront à l'orée de la "campagne" du chapitre 12.

Le Royaume de la paix - Épisode 1
Le Royaume de la paix - Épisode 2
Bio Frédéric Moitel

11 mai 2004

-- C'est la difficulté de parler qui conduit à l'écriture ?
-- Non, absolument pas.

Juste pour vous signaler qu'on a mis la main sur l'interview de Ludovic Bablon réalisée par Alain Veinstein sur France Culture l'été dernier, à propos d'Histoire du jeune homme bouleversé en marche vers la totalité du réel (Hache 2003). Accessible en RealAudio depuis la page :

Ici, tout sur Histoire du jeune homme

En attendant la prochain publication sur Hache, sur laquelle on travaille.

21 avril 2004

pourquoi ne pas me laisser continuer cette expérience, elle peut se révéler utile à la race humaine

BAIN PROLONGÉ de Jean-François Magre, cinquième et dernier chapitre, en deux tableaux : dans le premier, le narrateur monologue silencieusement au volant de sa voiture, se défendant de toute prise en charge thérapeutique, et envisageant une sortie de route ; le second donne son titre à l'ensemble.

13 avril 2004

Je t'écris pour te dire que je suis là, amoureux, non pas radieux mais clandestinement luminescent, émettant un rayon unique qui tourne en rond dans sa cage, tu as agité ma mer septentrionale, tout au long de ses rivages pâles et lisses les villages de pêcheurs croulent sous les cellules malades qu'ils remontent des profondeurs

Ce soir, quatrième chapitre de BAIN PROLONGÉ de Jean-François Magre : "Lettre à Christine", d'un lyrisme sombre et doux.

7 avril 2004

La tentation du dehors, quelques provisions encore, un bourgeon d'appétit, mon corps en est tout ému, je n'ai plus les volets clos des dépressifs, l'anti-cyclone me fait de l'oeil, c'est sûr je fais une NLE, une near life experience comme je dis, pendant deux jours je ne verrai pas Christine, le temps de consulter mes sentiments.

3e chapitre (sur 5) de BAIN PROLONGÉ de Jean-François Magre. Plus délicat d'accès que les autres, on y plonge dans l'intériorité tourmentée du narrateur, qui cherche, mais en vain, à s'appuyer sur un compagnon issu de l'imagination de son enfance.

Bain prolongé, chapitre 3 (Jean-François Magre).

30 mars 2004

C'est le même effroi lorsqu'à chaque fois qu'elle retire le drap elle aperçoit son matelas encore un peu plus griffé au niveau de sa tête.

Deuxième des six tableaux, qui d'ailleurs ne se fondront pas totalement en un tout, composant BAIN PROLONGÉ, de Jean-François Magre : le narrateur flotte un peu dans la douceur d'un matin ensoleillé avec une jeune femme, Christine, et sa mère. Elle boit du jus d'orange, il l'observe et l'évoque. Description délicate, où le narrateur passe au second plan, et qui rappelle par endroits certaines pages d'Histoire du jeune homme.

Bain prolongé : Christine (Jean-François Magre)

23 mars 2004

Je serais prêt à vivre dans la plus sévère dictature, à ce que l'État s'occupe de régler ma vie dans ses moindres détails, d'organiser les activités de mon corps pour que je ne sois plus à m'en occuper comme de mon bien propre, je pourrais supplier le diable de me posséder sans rien lui demander en échange, je ne désire plus l'indépendance, je ne saurais plus quoi en faire maintenant, la liberté est viscéralement une ennemie bien que je trouve toujours l'idée belle, seulement inaccessible, j'ai perdu le sens de la révolte, je suis immunisé à la fois contre les convictions et la dépression, je ne veux ni repartir de zéro ni en finir, le dernier qui a parlé a raison, je ne me sens plus qu'une conscience attribuée arbitrairement.

Nouveau texte, nouvel auteur, Hache publie BAIN PROLONGÉ de Jean-François Magre (31 ans, Toulouse). Bref roman en cinq chapitre (et six tableaux), on en donne aujourd'hui le premier chapitre, "Le poids". Ca rigole pas, mais on est pas là pour rigoler.

Bain prolongé - Le poids (Jean-François Magre)

7 février 2004

Elle a pris l'ascenseur. Tes cheveux en auréole tout autour, tout autour batifolaient encore d'amour. C'est idiot mais. Mais à mesure que tu descendais, je savais que notre amour chutait. Que c'était la dernière fois que tu m'aimais, que je t'aimais, je veux dire physiquement. Et toi qui descendais et qui descendais, magnifique, incandescente de beauté... Oh Dieu ! C'était atroce de délices, je portais déjà le deuil de ton corps. Et toi tout de blanc vêtue. Toi la noire qui descendais dans un grand et ample manteau immaculé qui t'enveloppait jusqu'aux pieds et te baptisait blanche. Je n'avais jamais rencontré Dieu, je ne l'avais jamais touché mais je le voyais. Il était ton corps. Déesse.

C'était l'hiver. Et toi la noire d'ébène et de jungle, toi la noire noire, tu portais la neige. J'étais malade d'amour. Je savais que c'était notre dernier regard. D'ailleurs tu étais déjà partie, tu avais mis des cheveux neufs. Oui, des cheveux ourlés de boucles en diadème, tissés de frissons en auréole et griffés de petits noeuds qui butinaient ta tête comme lucioles. Noirs, noirs, tout noirs de boucles toutes laquées des soins appliqués de tes mains, toutes huilées des caresses lustrées de tes doigts qui rutilaient sur l'immaculé du manteau. Cela tenait de l'ivresse. Ce...

Son manteau tout blanc n'arrêtait pas de descendre et illustrait un corps de noire. Il lui portait la neige au coeur de l'hiver qui descendait. C'était la féerie du monde et en même temps ridicule comme image d'Épinal. Non pire ! Pire ! Comme Las Vegas strass chez Macdonald. Comme une Blanche Neige caraïbe Walt Disney. Du mauvais goût le plus souverain. Mais celui qui lève le désir en démesure. En orgie.

La noire, l'immaculée du manteau au corps noir de neige descendait. Mais c'était la fin. Tu n'arrêtais pas de descendre dans l'ascenseur et de partir. En vertige. Elle est partie. Elle est pas revenue. Le temps s'est arrêté. Je suis petite mort.

CROCRODILE de Jean Figerou, cinquième et dernière partie...

1er février 2004

Je viens de lire "La Mer" de Michelet page 120 elle nous dit que l'amour est l'effort de la vie pour être au-delà de son être et pouvoir plus que sa puissance. Il dit beaucoup Michelet.

ou

Tu étais écrue. Je veux dire couleur crème sauvage et un peu rêche lors du jour de notre première rencontre. Tu t'en souviens pas ? Si ? Tu portais un chandail en grosse laine écrue dans un blanc gris mais chaud, un gris armé d'ocre doux qui se délitait. Oui, ton chandail à gros grains qui donne l'impression de s'effilocher en boulochant ! J'ai été fasciné. C'est comme si tu portais un mouton pour couvrir ton corps. Tu étais ma brebis. Moi je portais un chandail bleu pâli de ciel, un bleu tendre qui appelle la caresse. Tu as posé ta main sur ma manche droite la première fois. Je n'ai rien changé, je n'ai rien bougé. Je l'ai gardé comme une icône. Je vais le découper juste au-dessus du coude là où tu m'as touché où tu as effleuré ma laine la première fois.

ou

L'amour c'est l'inceste. Non excuse-moi, excuse-moi, je déraille, je déraille !

ou

On était debout dans ta chambre. Le ciel était rouge par la fenêtre. Il avait passé depuis longtemps l'incendie. Non, il était rouge comme un crépuscule ou le cou du toucan de jungle. On était central. Tu te tenais au coeur de la pièce, moi j'étais ton auréole. Et notre amour qui fait un seul corps, en bloc, qui fait un seul bloc. On se promenait tout autour et l'entretenait comme on nourrit les canards au Jardin Public. On se promenait tout autour et dedans.

ou

Depuis combien de temps on s'est pas vu, on s'est pas touché, on s'est pas senti ? J'en suis tout en maladie et en malaise de sentiment, tout penaud d'humeur. Pourquoi n'a-t-on pas pu se toucher depuis si longtemps ? Bon se téléphoner, s'écrire, c'est bien. Mais se toucher ? Je ne me lave plus depuis quinze jours. À quoi bon se laver puisque tu ne me touches plus ? Que veux-tu, je mets mon corps en deuil puisqu'il ne sert à rien ! Autant garder les dernières traces des dernières traces des dernières bribes du dernier soupçon de la dernière réminiscence de ta présence, de l'infime vestige du dernier lambeau de ton odeur sur ma peau. Pour te vivre un peu, ne serait-ce que dans le souvenir. Mais le souvenir ça fait mal. Je supporte plus. Ca souligne l'absence comme un couteau.

ou

J'aimerais faire une promenade à l'intérieur de l'amour Amia. Et pas seulement dans ton corps et pas seulement dans ton âme, mais là où tout palpite et gire en fournaise de prairie déroulée. Dans le ventre du bonheur.

ou

Je t'ai regardée, mes yeux se sont couchés sur ton visage. Mes yeux comme une lampe qui fouille, des bougies qui caressent, des mains qui touchent, des lèvres qui baisent en mille feux, des yeux qui fouaillent ta chair en surtension. Ils te fixaient et coulaient à la fois projetant le faisceau d'amour si fort que tu t'es arquée comme un pont. Tu t'es soulevée et tu t'es sentie tout habillée de mon regard. On brûlait. J'ai dû détourner les yeux tant je suffoquais. Je te regardais, tu me regardais, je te regardais me regarder et tu me regardais comme on tranche. Je t'enveloppais toute entière en toute ta chair. Et chaque regard était un éclair qui nous électrocutait. On entrait l'un dans l'autre dans l'un à chaque regard, au plus profond, au plus loin des sens à s'écorcher de bonheur crucifiés de passion. On chevauchait chaque fois l'infini du ciel et les prairies de la mer et les houles des steppes et le nu des gouffres à cru, martyrisés par la violence de l'échange. Je ne savais pas qu'un regard pouvait être incendie. Oui le regard échangé d'amour échange la chair et crée un état neuf, un monde furie. L'entre-regard d'amour trace un chemin de flammes en nos corps et engendre un faisceau si neuf qu'il engendre le monde, mais un monde retourné et pétrifié en son retournement, un monde qui est l'incandescence même de nos corps en pâmoison des passions. L'heure sentait le thé.

ou

Tu l'as aimé ? Hein ? Tu l'as aimé mon cadeau ? Le foulard que je t'ai donné ! Tu l'as mis ? Hein ? Il te va bien ? C'est ton foulard, mais c'est mon foulard. Quand il te touche, c'est un peu moi qui te touche. Il caresse tes cheveux, c'est mes mains qui caressent ta tête. Il cache ta tête, c'est ton visage qui est entre mes mains. J'étais tellement excité quand je te l'ai acheté, c'est comme si je faisais deux cadeaux à la fois. Un à moi et l'un à toi. Deux cadeaux en un. Tu l'as aimé ? Le foulard ! Je te l'ai pas dit, mais je l'ai mis et même remis et même reremis plein de fois avant, je l'ai porté avant pour voir comment il t'irait, comment il te caresserait de sa soie rose. Et puis te caresser aussi un peu à travers. Je ne sais pas si tu l'aimes mais c'est un objet de tendresse. Je suis mon foulard, pardon, ton foulard. Tu le mettras hein la prochaine fois que l'on se verra ? Hein ? Comme ça il me racontera tout. Il me dira comment était ton corps toute cette semaine, comment il t'a caressée ? Si tu savais comme il m'a fait jouir ce foulard ! Ce sera notre fétiche. C'est une troisième peau. Tu vas toucher ce que j'ai touché. Je te donne d'ailleurs pas tant un foulard que le fait de le porter, un peu comme si tu me portais. Il sera notre tabernacle.

ou

Je me demande parfois, enfin souvent, enfin plusieurs fois depuis que je te connais si notre amour n'existait pas avant qu'on se connaisse. S'il n'existait pas de toute éternité. S'il n'était pas premier. Avant que nos corps ne naissent, avant qu'ils ne se rencontrent, il y avait notre amour. Et puis nos corps sont nés au monde, l'amour qui existait déjà, s'y est greffé. Et nous a allumés d'amour. Je me demande si ce n'est pas comme ça que ça c'est passé. Je me demande.

ou

Je t'aime tant que parfois je n'arrive plus à respirer. Je m'étouffe par bouffées.

ou

Et puis. Hi ! La première fois, le premier rendez-vous je m'étais bichonné bien propre et tout lavé de part en part pour être tout ripoliné, tout neuf de bout en bout, au plus beau de mon éclat. J'avais mis des habits neufs pour un amour neuf. J'ai mis trois heures pour faire ma toilette. Si ! J'étais maladroit, je n'arrêtais pas de penser à toi. J'ai bichonné, embaumé, vernissé, enjolivé mon corps pour mériter ton amour à venir, le forcer et le justifier. J'étais briqué comme une femme. Hihi ! Et aussi paré, parfumé comme on embaume un mort. Aimer c'est vivre à petite mort. Hihi ! Je me faisais beau pour rencontrer la beauté.

ou

Le crabe a la tête dans son ventre, il pense avec sa digestion qui lui tient lieu de cervelle. Tu me retournes d'amour. Je mue de moi-même comme le crabe et le homard je m'arrache à ma carapace en toi, tout tourmenté, infirme, mollet et précaire de naître et je te bois et tu me bois, tu me fais éclore de ma nouvelle naissance mon amour. Absent de moi-même.

Hache publie le 4e épisode de CROCRODILE, de Jean Figerou. L'évocation se fait plus abstraite, les repères temporels disparaissent, une absence de l'aimée est évoquée. Pic avant le dénouement du dernier épisode (à venir).

Crocrodile (4/5), de Jean Figerou

22 janvier 2004

Brinquebalé, porté dans ton dos tout le jour, je dors d'amour ancré en ton dos mon amour.

Troisième épisode de Crocrodile de Jean Figerou :

http://www.dtext.com/hache/figerou/figerou4.html

14 janvier 2004

Tu m'attires à me révulser, à me repousser en vertige d'angoisse, accroché de peur à tituber de vie. La crainte de toi est la crainte de mon amour, de ton corps, de ton corps d'amour qui est le corps de mon supplice d'amour. L'amour est la chair du danger, il vous flambe comme un incendie et vous gèle de crainte à vous consumer de douleur, déchiré d'angoisse, éperonné d'alarme. Il vous prostitue d'effroi épeuré. Il vous vide stérile, cristallisé de saisissement et pétrifié transi de malepeur.

Crocrodile de Jean Figerou, suite !

http://www.dtext.com/hache/figerou/figerou3.html

7 janvier 2004

Ouvre la bouche.
En grand.
En plus grand.
Encore.
En très grand.
Voilà.
Écarte les dents.
Encore.
Lève la tête.
Oui.
Tire la langue.
En grand.
En très grand.
Oui.
Encore.
Tire encore la langue.
Oui.
Monte bien la langue.
Attends !
J'introduis la cuillère.
J'appuie.
Fais Ah !
Fais Ah !
Tu portes la fièvre.
Oui. C'est bien ce que je croyais, tu as la maladie d'amour.

Hache célèbre l'amour, mais vu la sorte d'amour et la sorte de célébration, on a laissé passer Noël et on a attendu la pleine lune.

Hache publie CROCRODILE, de Jean Figerou -- dont on avait déjà publié La Vache en octobre 2002.

Un narrateur assommé d'amour, fier, ému, lucide et enfantin, qui veut être à la hauteur. Il pense à elle, l'élabore, l'imagine en son absence, s'impatiente de la retrouver, n'en revient pas, explique pourquoi il est parti précipitamment.

Inspiré (et rageant de ne pas l'être assez), il ressasse, drôle et déterminé : grand gribouillis d'amour, dont on donne ce soir la première livraison (les autres suivront ces prochaines semaines).

Ne vous laissez pas tromper par l'apparente facilité, ça fonctionne sur la durée et c'est réellement original.

http://dtext.com/hache/figerou/figerou2.html

J'en profite pour vous signaler que les textes de Hache sont désormais donnés aussi en version PDF imprimable. Compact pour économiser le papier, en deux colonnes pour être plus agréables à lire, vous pouvez ainsi les lire tranquillement installé n'importe où, canapé, café, métro. Vous pouvez aussi les envoyer par e-mail à qui vous voudrez par le biais du site (lien "Envoyer ce texte" en haut à gauche ; ils seront mis en forme comme il faut pour l'e-mail).

Et enfin, si c'est couvert chez vous ou si vous trouvez ce message trop tard, la voici, fraîche d'il y a un quart d'heure et floue de mon sale appareil, en exclusivité pour les lecteurs de Hache.

7 novembre 2003

Nu et propre derrière mon bureau, j'écris. J'éprouve cette calme fureur qui m'avait précipité dans le fleuve, autrefois, un jour d'hiver qu'un homme connu comme mon père m'avait expliqué qui j'étais. J'ai ouvert une bouteille en plastique pour me servir un verre d'eau de volcan et j'écris des mots du bout d'un stylographe sur du papier en arbre. (...) J'écris et je me vide de mon encre en position assise parce que la station debout m'est insupportable. Je pense à la mort. Je me prépare à la guerre. Je ne peux pas fixer trop longtemps les objets.

Hache publie un quatrième et remarquable (et dernier pour l'instant) extrait de Sphinx d'Antoine Brea (travail en cours).

Une autre jeune fille, retour et sortie définitive du double dévasté du narrateur, des images épaisses et morbides ; la vie prend le dessus quand même. Dense, tendu, et toujours joueur en même temps.

http://dtext.com/hache/brea/brea9.html

30 octobre 2003

De façon générale je ne parlais à personne, je n'avais pas le temps ; de façon générale j'étais trop occupé à t'écrire des lettres que je cuisinais et mangeais cuites à l'eau. J'avais perdu plus ou moins seize kilos. Je me nourrissais pour l'essentiel à base de mort froide, de désastre sous vide, de petits enfers individuels déjà tout préparés. On était de bons amis, assez proches qui se disaient tout, on ne se voyait pas régulièrement mais rien n'eût su entamer notre mutuel attachement. En passant, tu avais fait de moi de la viande bonne pour la vermine ; après quoi, tu m'avais rappelé et puis cessé de rappeler. Au total, tu avais cessé de rappeler, on m'avait conduit aux urgences, on m'avait recousu, donné des cachets, en revenant de la morgue où l'on m'avait autopsié j'avais commencé d'aller mieux. Cela faisait maintenant sept ou huit siècles, je me rétablissais de mon décès grave, je recommençais d'apprendre à survivre, parfois j'allais fleurir ma tombe sur laquelle ne poussaient que des tags et de l'herbe vivace.

Troisième extrait, plus long, plus substantiel et fouillé de Sphinx d'Antoine Brea.

Point de départ : nouvelle évocation par le narrateur de son avoir-été-quitté, puis inopinément elle l'appelle, il résiste un peu puis va, très ému, la trouver.

Matière : émotion de la retrouver, douleur du dommage d'avoir été quitté, jalousie sourde mais violente, toujours l'inadéquation des sentiments.

Forme : répétition décalée, cadrage et recadrage, approfondissement et rebonds. Imparfait, plus-que-parfait ; imparfait du subjonctif ; "on" dans le sens pluriel accordé au singulier quand même.

http://dtext.com/hache/brea/brea8.html

23 octobre 2003

La fille disait amère que je ne valais rien, pas un clou, pas mon poids de galets, la corde pour me pendre, qu'elle était amoureuse de moi peut-être. J'avais du mal à comprendre ce qu'elle racontait, il eût fallu que je me concentrasse perpétuellement, que je la battisse sans discontinuer, c'était fatigant. La fille et moi, nous n'étions pas réellement dans un agir communicationnel idéal.

Deuxième extrait du travail en cours SPHINX d'Antoine Brea. Une vie dévastée, des relations sans suite presque toujours amères et qui ne contiennent que du sexe, une description répétitive, parfois incohérente, la piêtre excuse d'une mauvaise mémoire, tout cela en fine dentelle et à l'imparfait du subjonctif, qui fait ainsi son entrée chez Hache : qui l'eût cru ?

http://www.dtext.com/hache/brea/brea7.html

17 octobre 2003

Tu m'avais interrogé au sujet de ton nouveau manteau acheté dernièrement dans une braderie : est-ce que je le trouvais beau ? Je trouvais étrange et difficile cette énigme à propos de ton vieux manteau tout neuf ; n'était-ce pas là un moyen féminin et étudié de m'enseigner que tu m'aimais ? J'avais du mal à me faire une idée précise, occupé que j'étais à mûrir l'assassinat de l'autre que tu avais repris. J'avais répondu oui très beau après m'être vaguement moqué de ses allures de peignoir en solde. Tu m'avais traité de connard en riant et tu paraissais contente de nous. Ta main à ce moment-là avait frôlé la mienne et je pensais que j'opterais probablement pour un coup de couteau dans la panse sous le porche de son immeuble.

Hache publie aujourd'hui un premier extrait du roman en cours de fabrication SPHINX d'Antoine Brea (Papillon, Hache 2000, et Fauv, Hache 2001).

Petite mécanique intimiste et affutée s'insérant dans un assemblage inventif qu'on découvrira progressivement au fil des prochains extraits publiés, le passage publié aujourd'hui met en scène un narrateur quitté qui retrouve provisoirement sa compagne. Il y a bien quelque chose entre eux mais peut-être pas exactement ce qu'il faudrait.

http://dtext.com/hache/brea/brea6.html

On est contents de reprendre ce faisant le fil de nos publications en ligne. Notre incursion hors web, qui nous aura attiré des attentions médiatiques diverses, et fait un peu connaître au-delà du cercle habituel, nous a intéressé et fait réfléchir. Le volet hors web existe désormais et sera relancé régulièrement, mais notre base arrière, notre vrai ancrage et notre lieu essentiel et premier de publication, reste résolument (et, nous semble-t-il, évidemment) le web. À la semaine prochaine.

7 juillet 03 - Manger le monde par le milieu

J'avais donc 22 ans, ce qui est certes un peu jeune pour écrire une autobiographie au sens classique, mais qui convient tout à fait pour mon projet propre : la vie tout court est ma vie, les bibliothèques sont donc ma biographie personnelle, l'histoire du sujet général que je suis.

Où l'on reparle du jeune homme...

4 mai 03 - Lectures

5 auteurs de Hache (dont LB) prêtent leur voix au roman de Ludovic Bablon récemment publié par Hache, et vous proposent d'écouter une série de lectures.

Chaque extrait est situé dans l'ensemble, et la page offre du même coup un petit synopsis du livre.

L'aspect technique a été soigné, avec des lectures d'une bonne qualité sonore offertes dans différents formats, s'adaptant à votre connexion et à vos logiciels.

Retrouvez toutes les lectures à :

http://dtext.com/hache/histoire-lectures.html

6 avril 03 - Histoire du jeune homme

J'ai la joie de vous annoncer la parution du livre de Ludovic Bablon Histoire du jeune homme bouleversé en marche vers la totalité du réel, dont ceux qui suivaient déjà Hache en 2001 ont pu suivre la publication originale en ligne, chapitre après chapitre.

Un important travail de parachèvement du texte a été conduit depuis, auquel s'est bien sûr ajouté le travail inhérent à la publication en volume d'un texte de cette ampleur.

J'en ai profité pour présenter plus en profondeur cette oeuvre exceptionnelle, que nous allons tâcher de faire connaître au-delà du cercle actuel, et ses différentes facettes, dans une page qui contient également quelques photos :

http://dtext.com/hache/histoire.html

Je reproduis aussi ci-dessous un extrait de circonstance, où le narrateur-auteur s'adresse au lecteur.

Vous pouvez bien sûr acquérir le livre sur le site, et j'espère que vous serez nombreux à le faire.

Je cherche à vous plaire et, ce faisant, je n'aime pas votre bouche. Ce qui m'énerve le plus en elle c'est sa mobilité. Beaucoup de gens, dont je suis, imitent le rire et le mouvement des lèvres dans la vie de tous les jours, ou si l'on veut, dans la survie du lundi, mardi, mercredi, la sous-vie du week-end, et je n'aime pas qu'on puisse vivre comme ça. Pianiste espoir de la nouvelle génération, je voudrais vous raconter une nuit de famille indienne qui provoquât en vous quelque sourire sostenuto, permanent, sans bémol, dépourvu de toute limite de temps et variation d'intensité. Je voudrais que vous ayez mal à l'heure où le père de famille rentre du champ. Il me faudrait la garantie que vous ne pourriez pas vous sortir du plaisir causé par le récit de leurs premiers échanges verbaux banals. Je me tuerais de savoir que vous n'allez pas voir votre coeur saigner et vos yeux larmoyer à flots hors de toute perspective métaphorique quand la femme portera la troisième bouchée de riz à sa bouche. Je n' accepte pas ces métaphores. Je souffre quand vous arrêtez de lire, et les instants qui un à un me rapprochent de la mort trouvent une à une leur origine en vous, et vous seuls. Vos repas m'affaiblissent et vos fêtes m'exténuent, que dire alors de vos départs en voiture. Si vous vouliez me faire une place je monterais dans le coffre pour vous parler des amis que je me suis faits dans l'avenir. J'ai fui l'Europe et j'habite à New York. Les cheveux teints en noir et assistant à un concert de free jazz, j'ai connu Beth qui a de courtes bottines violettes. Nous nous sommes promenés dans Manhattan et sur le coup de minuit nous avons bu une bonne bière irlandaise dans un bar. Mais voilà, c' était l'avenir alors ; vous êtes parti et n'avez pas voulu me suivre. Il est trois heures et quart du mat et, sans vous dans la pièce vide, je me tourne vers la fenêtre et oui je meurs encore.

4 février 03 - Lecture de la Vraie Vie

Ca commence calme, un peu méfiant, pas totalement dépourvu d'affectation, puis ça se focalise, ça prend force et ça se libère et avant qu'on ait compris ce qui nous arrivait on se retrouve plié en plusieurs par ce qui s'avère, en fait, un grand texte comique.

C'est Alban Lefranc qui lit son texte LA VRAIE VIE, ça dure 47 minutes, c'est en MP3 compressé à bloc, et en RealAudio, pour que même si vous avez toujours un modem vous puissiez l'écouter en temps réel (sans téléchargement préalable), et c'est à

http://dtext.com/hache/lefranc/lefranc3.html

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